07.10.21
20:55

Procès du 13 novembre: "Ce n’est pas son visage d’avant, elle en a un nouveau maintenant"

Depuis ce midi, la cour d’assises spéciale de Paris se plonge dans l’horreur du Bataclan. Les témoignages des victimes ont débuté la semaine dernière. Pendant une semaine, les survivants et les proches de personnes décédées lors des attaques du Stade de France et des terrasses sont venus témoigner.

Depuis hier, les victimes du Bataclan prennent la parole devant la cour. Des témoignages particulièrement bouleversants.

Le 13 novembre, Pierre n’aurait pas dû se trouver au Bataclan. « Nous étions en couple depuis deux mois avec Hélène, se souvient cet homme de 48 ans au moment des faits. Je devais la retrouver après le concert. Mais son amie s’est désistée et j’y suis allée à sa place. »

A 20h11, le couple passe les portes de la salle, prend des bières et rigole car « c’est la journée internationale de la gentillesse ce jour-là. »

Des claquements assourdissants, que Pierre reconnait tout de suite comme des tirs grâce à son service militaire, interrompent le spectacle. Les deux amants se planquent pour fuir « le déluge de balles ». Ils se réfugient, face contre terre, près de la régie son. Les terroristes exécutent les otages au sol. « J’ai vu un tir. Une gerbe de sang sur la tête d’Hélène, raconte le quadragénaire. J’ai ensuite pris une balle à mon tour. Ça a été comme un énorme flash. L’impression que ma tête s’ouvrait en deux. C’était l’horreur. Hélène n’avait plus de nez. Il y avait un trou. Son œil droit avait explosé, en dessous il y avait un trou. Je lui ai dit : "ce n’est rien". Je voulais juste la rassurer. »

 

Au cœur du charnier

Quelques minutes s’écoulent, Pierre parvient alors à relever sa compagne. Il la porte à bout de bras. « L’effet de l’adrénaline, analyse-t-il, 6 ans plus tard. Là, j’ai vu le carnage. Une lumière aveuglante m’a frappée. J’ai vu une pile de corps, sur plus d’un mètre de haut. Toute la fosse était un charnier indescriptible. Une image incompréhensible. J’étais dans une salle de concert et j’avais un charnier sous les yeux. On était dans l’urgence. Il fallait traverser. Il y avait un tapis de corps, des gens étendus. Il fallait passer par-là. Donc on a enjambé les corps, mais c’était impossible. Il fallait marcher sur les gens. »

12 minutes après le début des tirs, Pierre et Hélène émergent de ce tombeau. Ils passent d’un poste de secours à l’autre. « Les pompiers étaient très, très jeunes. Des gamins de moins de 25 ans. Ils tremblaient en me faisant un pansement. Mais, ils étaient là. »

Pierre raconte ensuite à la cour sa prise en charge à l’hôpital, ses premières opérations et son visage recousu sur plusieurs centimètres. Les balles de kalachnikovs délabrent, brulent, meurtrissent les chaires et les os. Il apprend alors enfin que sa compagne vivra. « Une balle est entrée par la tempe droite d’Hélène, décrit-il. Elle est ressortie sur 8,5 cm en arrachant tout. C’est un petit miracle. »

 

La lumière au bout du tunnel

Au fil des interventions chirurgicales, les médecins pansent les plaies du couple. Défigurée, Hélène retrouve aussi un visage. « 5 ans après, insiste Pierre.  Elle peut évoluer à découvert. Ce n’est pas son visage d’origine, mais elle a de nouveau un visage. Ce n’est pas encore fini. Il reste encore des opérations. Maintenant il faut attendre. On commence a voir une petite lumière. On a fait notre chemin. »

L’attaque du Bataclan a causé la mort de 90 personnes. Des centaines d’autres ont été blessées.

Pol Loncin, envoyé spécial à Paris

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