25.09.21
14:30

Crack à Paris: les toxicomanes déplacés à l'abri des regards

Pour empêcher que les consommateurs de crack d'accéder à un pont reliant Pantin (Seine-Saint-Denis) à Paris, un double mur en parpaings a été mis en chantier.

Ils ont été déplacés de moins de 2 km : les toxicomanes ont été évacués vendredi du quartier des jardins d'Eole, haut lieu de consommation de crack à Paris, soulageant les riverains, mais sans apporter de solution pérenne à cet épineux problème.

Fortement encadrée par la police, l'évacuation s'est déroulée dans le calme et s'est achevée vers 11H30, a constaté un journaliste de l'AFP. 

Une cinquantaine de toxicomanes ont été transportés en cars vers le nord-est parisien, à la lisière d'Aubervilliers et Pantin (Seine-Saint-Denis), lors de cette opération menée par la préfecture de police (PP) sur instruction du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin. 

"Nous avons pris nos responsabilités", a déclaré M. Darmanin à BFM Paris.

En milieu d'après-midi, le maire PS de Pantin, Bertrand Kern, s'est ému de l'arrivée des toxicomanes près de sa commune. "Je suis furieux car la maire d'Aubervilliers et moi-même avons été mis devant le fait accompli", a-t-il dit à l'AFP. "On vient rajouter 150 crackeux aux Quatre chemins, qui est déjà une poche de misère". 

Un tunnel sépare Paris de Pantin à cet endroit. Pour empêcher que les consommateurs de crack ne l'empruntent pour aller en Seine-Saint-Denis, un double mur en parpaings était en cours de construction vendredi après-midi.

M. Kern a affirmé que c'était le préfet de police de Paris, Didier Lallement qui l'avait décidé. Ce qui a été confirmé de source policière. On a fait valoir, de même source, qu'outre la nécessité de bloquer cet accès direct à Pantin, il s'agissait aussi de sécuriser le tunnel.

 

 

Passe d'armes entre Paris et Beauvau

 

Engagée depuis plusieurs mois dans une passe d'armes avec Beauvau, la mairie de Paris a regretté d'avoir été mise devant le fait accompli, tout en saluant cette décision, qui soulage les habitants du quartier.

"J’ai eu la maire de Paris il y a 48 heures", a répliqué Gérald Darmanin, en affirmant que la maire PS de Paris Anne Hidalgo, par ailleurs candidate à la présidentielle, lui avait demandé cette nouvelle évacuation.

Depuis le 30 juin et l'évacuation, décidée par Anne Hidalgo, des toxicomanes de l'intérieur des jardins d'Eole s'étaient regroupés en bordure nord du parc, au coin des rues Riquet et d'Aubervilliers.

Dans des conditions précaires, un petit campement de vendeurs et d'accros au crack - dérivé fumable, bon marché et très addictif de la cocaïne - s'est ainsi constitué à ciel ouvert, entraînant dégradation de l'espace public et fortes nuisances pour les habitants.

Cette fois, aucun logement ne se situe à proximité immédiate du square de la porte de la Villette (XIXe arr.) où ils ont été regroupés, pas loin du périphérique, a constaté un journaliste de l'AFP.

 

"Déplacer le problème" 

 

Emmanuel Grégoire, premier adjoint à la mairie de Paris, a souligné le "risque réel" que cette évacuation ne fasse que "déplacer le problème".

"Nous aurions préféré une évacuation mieux coordonnée avec mise à l'abri de type +prise en charge humanitaire+. D'ailleurs nous demandons une réunion urgente des pouvoirs publics compétents (PP, mairie de Paris, préfecture de région, Agence régionale de santé, NDLR) pour faire en sorte que le déplacement de la scène ne reconstitue pas une +colline du crack+ ailleurs", a-t-il ajouté.

Le président du département de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, "n’accepte pas la méthode choisie qui consiste à simplement déplacer le problème aux portes de la Seine-Saint-Denis!".

"La colline du crack", terrain vague près de la porte de la Chapelle, était devenue le point de fixation des consommateurs et vendeurs de crack de la capitale, avant d'être évacué en 2019. 

Les toxicomanes s'étaient ensuite déplacés vers la place Stalingrad, puis, de nouveau chassés, dans les jardins d'Eole.

Les riverains et Emmanuel Grégoire appellent donc à "apporter une solution pérenne" à ce problème, qui affecte le nord-est de Paris depuis des décennies.

Dans un communiqué, le préfet de police Didier Lallement a estimé que l'évacuation, "nécessaire", ne représentait qu'une solution "temporaire". Depuis Amiens, Gérald Darmanin a lui aussi  estimé que "le temporaire ne doit pas durer".

La mairie de Paris souhaite la création de lieux médico-sociaux et de repos pour accompagner les usagers de crack vers le sevrage et la réinsertion. 

Elle s'était engagée à en ouvrir un avant l'automne et a reçu le feu vert de Matignon le 15 septembre, après des mois d'impasse. Le gouvernement a validé la création de ces lieux, sous réserve d'une offre et d'une localisation adaptées, et sans mentionner la possibilité de consommer sur place.

Matignon a également arbitré en faveur de la prorogation des salles de consommation à moindre risque (SCMR), dites "salles de shoot", au-delà de 2022. Deux existent actuellement en France, l'une à Paris, l'autre à Strasbourg.

Images : @RemyBuisine

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