21.09.21
11:24

La Russie tenue "responsable" de l'assassinat de Litvinenko à Londres en 2006

La Cour européenne des Droits de l'homme (CEDH) a jugé mardi la Russie "responsable" de l'assassinat de l'ex-espion Alexandre Litvinenko, empoisonné au polonium-210 en 2006 au Royaume-Uni.

Dans un communiqué, la Cour estime qu'il existe "une forte présomption" que les auteurs de l'empoisonnement, désignés par une enquête britannique, "aient agi en qualité d'agents de l'État russe". Elle souligne également que Moscou n'a pas fourni d'explication alternative "satisfaisante et convaincante", "ni réfuté les conclusions de l'enquête publique britannique".

Les magistrats européens pointent enfin que les autorités russes n'ont "pas mené d'enquête interne effective" qui aurait permis d'identifier et de juger les personnes "responsables du meurtre". Ils ont donc estimé la Russie coupable de violations de l'article 2 de la Convention européenne des Droits de l'Homme, qui garantit le droit à la vie, et de l'article 38, qui oblige les Etats à fournir à la CEDH toutes les pièces nécessaires à l'examen d'une affaire.

La Russie a été condamnée à verser 100.000 euros pour préjudice moral à la veuve d'Alexandre Litvinenko, une somme particulièrement élevée au regard de la jurisprudence de la Cour. Le juge russe a pour sa part exprimé une "opinion dissidente" sur la violation du droit à la vie. Ancien agent du KGB puis du FSB, Alexandre Litvinenko avait été renvoyé des services de sécurité russes après avoir fait état d'un travail d'étude sur la possibilité d'assassiner un riche homme d'affaire, rappelle la CEDH.

Il avait obtenu l'asile au Royaume-Uni en 2001, et avait alors dénoncé la corruption et les liens présumés des services de renseignements russes avec le crime organisé. Alexandre Litvinenko est mort le 23 novembre 2006 à la suite d'un empoisonnement au polonium-210, une substance radioactive extrêmement toxique. Alors qu'il agonisait, il avait pointé du doigt la responsabilité du président russe Vladimir Poutine.

Dans un rapport d'enquête publié en 2016, les autorités britanniques ont désigné Dimitri Kovtoun et Andreï Lougovoï comme les auteurs de son assassinat. Moscou a toujours refusé de les extrader.

Jugement "infondé"

La Russie a annoncé mardi ne pas reconnaître le jugement "infondé" de la Cour européenne des Droits de l'homme (CEDH), qui a estimé que Moscou était "responsable" de l'assassinat de l'ex-espion Alexandre Litvinenko en 2006.

"Jusqu'à présent, l'enquête n'a apporté aucun résultat, donc lancer de telles allégations est au minimum infondé. Nous ne sommes pas prêts à reconnaître une telle décision", a déclaré aux journalistes le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Il est peu probable que la CEDH ait les pouvoirs ou les capacités techniques" pour faire la lumière sur cette affaire, a estimé M. Peskov.

De son côté, M. Lougovoï a dénoncé mardi auprès de l'agence Interfax la décision de la CEDH comme "illégale" et "politiquement motivée", estimant par ailleurs que la Russie avait "tout fait pour établir la vérité" mais que la justice britannique n'avait pas donné suite à ses demandes.

Interrogé par l'AFP en juillet, M. Lougovoï avait assuré que cette affaire "restera un mystère couvert de ténèbres" et mis en cause les services secrets britanniques qui "font tout leur possible pour que nous ne connaissions jamais la vérité".

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