17.09.21
03:52

Vivaldi: y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Un nouveau sujet tend les relations déjà pourries entre partis de gauche et de droite au sein de la coalition fédérale: les libéraux veulent remettre de l’ordre dans les finances de l'État en économisant là où socialistes et écologistes insistent pour investir et dépenser. Alexander De Croo est dos au mur.

 

C’est l’histoire d’une coalition qui ne tient plus qu’à un fil, la coalition Vivaldi.

Ce fil, c’est le fil sanitaire, la seule corde qui relie encore les alpinistes des sept partis du gouvernement fédéral entre eux, et comme c’est jour de Codeco, on va voir droit a une jolie conférence de presse où ils nous montreront que - quand même – le fédéral sait encore travailler ensemble, et même s’accorder avec les régions, par exemple sur le port du masque…

Parce qu’en vérité, sur les autres sujets, c’est la foire d’empoigne permanente…

On vous a déjà listé, ici, les désaccords sur la réforme des pensions proposée par la socialiste Karine Lalieux, sur la sortie du nucléaire que demande les partis ecologistes, sur la réforme du marché du travail, le cheval de bataille des libéraux, sur la régularisation des sans papiers, qu’ont voulu socialistes et ecologistes, il n’y a qu'à se baisser pour ramasser les polémiques.

Et comme si tout cela n’était pas suffisant, voilà un tout nouvel objet de dissensions entre les partenaires – mais peut-on encore les appeler comme ça – : le budget.

À dire vrai, on le voyait venir depuis longtemps, les libéraux, aile droite de ce gouvernement, ont mordu sur leur chique à ce sujet durant le plus fort de la crise sanitaire en autorisant des aides assez larges et un soutien public aux victimes socio-économiques de la pandémie, ils n’avaient guère le choix puisque même la très orthodoxe Commission européenne a lâché du lest a ce niveau là, mais aujourd’hui le vent tourne et les libéraux retrouvent leur cheval de bataille "classique" : il faut remettre de l’ordre dans les finances de l’Etat.

C'est une interview  de la secrétaire d’Etat Eva De bleecker qui a mis le feu au poudre.

Hier dans le journal le Soir, Mme De Bleecker qu’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam côté francophone mais qui pourtant tient les cordons de la bourse belgo-belge, y est allée avec de gros sabots, en indiquant que le temps des dépenses était terminé, qu’il fallait ramener le budget de 7,8 points de déficit à 3,3 d’ici la fin de la législature, et que grosso modo ça signifiait un effort supplémentaire de l’ordre de 3 milliards d’euros pour le gouvernement fédéral.

Naturellement, ça ne plaît pas aux socialistes et aux écologistes. C’est précisément l’exact inverse de ce qu’ils disent depuis le début de ce gouvernement : la relance de l’économie doit passer par de la dépense publique et de l’investissement, mais c’est également en investissement dans le renouvelable qu’on va pouvoir lutter efficacement contre le changement climatique. 

Bref, d’un côté, on veut dépenser, de l’autre pas, c’est un clivage quasiment aussi vieux que la politique…

Il doit ici être arbitré par un Premier ministre très à cheval sur la rigueur budgétaire. Derrière Alexander de Croo, c’est toute une tradition de ligne dure budgétaire, il est l’héritier des Guy Verhofstadt et cie, qu’on appelait baby Thatcher tellement il serrait les dépenses de l’Etat.

On l’a encore entendu avec son président de parti Egbert Lachaert cette semaine : la fête aux dépenses est finie, et on voudrait donc voir comment De Croo va arbitrer ce débat entre l’aile gauche et l’aile droite de sa coalition. Ça risque d’être très sportif.

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