09.09.21
12:35

Huit choses à savoir sur l'utilisation du bitcoin au Salvador

Le Salvador est devenu mardi le premier pays à faire du bitcoin une monnaie légale pour effectuer toute transaction, à côté du dollar qui a remplacé la monnaie nationale, le colon, il y a 20 ans.

Mais comment cela marche-t-il concrètement ? Voici les huit choses à savoir sur le dispositif voulu par le président salvadorien Nayib Bukele :

 

1. Qu'est-ce que le porte-monnaie virtuel "Chivo"? 

Etant donné que le bitcoin n'existe pas comme monnaie sonnante et trébuchante, ses utilisateurs mettent leurs bitcoins, ou plutôt en général des fractions de celui-ci (un bitcoin évolue actuellement entre 40.000 et 50.000 dollars), dans des applications numériques qui se téléchargent sur un smartphone et qui servent de porte-monnaie électronique.

Au Salvador, ce porte-monnaie a été baptisé "Chivo" ("super", "génial", en langage familier) et seuls les détenteurs d'un document d'identité salvadorien peuvent s'en servir.

L'utilisateur peut configurer son "Chivo" pour faire automatiquement le change en dollars américains : ainsi, il recevra directement des dollars, même si le paiement s'est fait en bitcoin.

Deux cents bornes, appelées "Points Chivo", ont été installées par le gouvernement dans tout le pays pour pouvoir procéder à des dépôts et retraits en dollars ou en bitcoin, les deux monnaies ayant cours légal.

 

2. L'utilisation du bitcoin est-elle obligatoire?

La loi stipule que "tout acteur économique devra accepter le bitcoin comme moyen de paiement" de biens ou de service.

Mais si le vendeur ne veut pas recevoir de bitcoin sur son compte, le montant sera immédiatement converti, au cours en vigueur à l'instant "T", et viré en dollars grâce à l'application "Chivo".

Pour effectuer les transactions, les deux parties doivent donc disposer d'un porte-monnaie électronique salvadorien.

 

3. Que peut-on payer en bitcoin?

Avec le "Chivo" on peut acheter des services, acheter et vendre des biens et faire des virements sur des comptes bancaires, sans devoir payer des frais ou commissions.

Et même "toutes les obligations en dollars antérieures à l'entrée en vigueur de la loi pourront être liquidées en bitcoin", précise la loi.

 

4. Combien cela coûte-t-il à l'Etat?

Le gouvernement salvadorien a investi 203 millions de dollars de fonds publics pour mettre en place le dispositif et encourager l'usage du bitcoin.

Dans cette enveloppe, 150 millions de dollars sont consacrés à un fonds garantissant la convertibilité du bitcoin en dollars, 23,3 millions pour financer la mise en oeuvre du projet, et 30 millions pour donner l'équivalent de 30 dollars en cryptomonnaie comme cadeau de bienvenue à ceux qui téléchargent l'application Chivo.

 

5. Qu'en pensent les Salvadoriens?

Selon un sondage de l'Université Centroaméricaine (UCA) "sept Salvadoriens  sur dix ne sont pas d'accord, ou pas du tout d'accord".

En outre, 82,8% des personnes interrogées ont déclaré ne pas avoir confiance dans la cryptomonnaie, tandis 65,2% ont assuré ne pas avoir l'intention de télécharger le porte-monnaie virtuel.

Le gouvernement n'a pas communiqué quel a été le nombre de téléchargements du "Chivo" mardi, au premier jour du lancement, affecté il est vrai par des problèmes techniques.

 

6. Que dit le président Bukele?

Le chef de l'Etat, à l'origine de la réforme monétaire, assure que l'adoption du bitcoin comme monnaie légale permettra un meilleur accès de la population aux services bancaires et permettra d'économiser 400 millions de frais bancaires sur les envois d'argent au pays par les émigrés.

Ces transferts d'argent depuis l'étranger, notamment par la diaspora installée aux Etats-Unis, représentent 22% du PIB du Salvador.

 

7. Et qu'en pensent économistes et organismes internationaux ?

Le Fonds Monétaire International (FMI) a averti le Salvador dès le mois de juin que "l'adoption du bitcoin comme monnaie de cours légal pose une série de problèmes macroéconomiques, financiers et légaux qui requièrent d'être analysés très soigneusement".

La Banque Mondiale et la Banque Interaméricaine de Développement (BID) ont également exprimé leur scepticisme et mis en garde le Salvador sur les risques de l'opération.

Le Salvador ressent déjà "l'impact de la volatilité du prix du bitcoin" qui creuse encore plus "les très fortes inégalités (en termes) de pauvreté, chômage, migration et violence" s'inquiète l'ancien président de la Banque centrale du Salvador, Oscar Cabrera pour qui le bitcoin, c'est un "Titanic que personne ne gouverne".

 

8. Qu'en disent les partisans du bitcoin ?

Le bitcoin "c'est comme de l'or numérique : c'est pour garder de l'argent pour un moment difficile à l'avenir, c'est un compte d'épargne", explique à l'AFP Brock Pierce, un multimillionnaire en cryptomonnaie.

Par contre, dit-il, "je ne conseille pas de l'utiliser pour faire des achats quotidiens, pour acheter les choses dont vous avez besoin, pour acheter la nourriture à mettre sur la table ou pour payer le loyer".

"Malheureusement, c'est un sujet qui s'est un peu politisé, mais ce que les gens doivent savoir c'est que s'ils ne veulent pas utiliser le bitcoin, ils ne sont pas obligés. C'est seulement une possibilité supplémentaire", commente Mike Peterson, un pionnier du bitcoin au Salvador.

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