08.09.21
18:53

Paroles d'avocats, au premier jour du procès du 13-Novembre

Leurs clients sont "en quête de vérité" ou veulent "s'expliquer": paroles d'avocats des deux côtés du prétoire mercredi, en marge du procès historique des attentats du 13 Novembre 2015, qui s'ouvre à Paris.

Quête de vérité

"Il y a vraie quête de vérité", estime Delphine Meillet, avocate d'un couple et de leur amie, présents au Bataclan.

"En discutant les uns, les autres, ils se rendent compte qu’ils ont chacun une version différente, qu’ils n’ont pas vécu la même chose (...) Ce qu’il recherchent à la fin de cette audience, c’est savoir exactement comment se sont passées les choses, de manière factuelle, pour les confronter à leur propre ressenti."

"Ils n’ont pas envie, en tout cas, d’être considérés comme des victimes, que toute leur vie on leur rappelle qu’ils sont victimes d'une situation aussi dramatique que celle-ci."

Être entendus

Me Laurent Ivaldi représente les proches d'une jeune femme décédée dans la salle de spectacles. Sa sœur veut témoigner "de sa douleur, de son quotidien".

Dans cette famille, il y a "le désir de justice, l'incompréhension de perdre son enfant qui assistait à un concert". "Ce qu'ils veulent, c'est être entendus et surtout qu'on sache qui était cette jeune femme, qui aimait la vie, la photo, la musique, les terrasses de Paris".

Des actes monstrueux et des hommes

"Les actes criminels qui sont reprochés aux accusés sont monstrueux, mais les hommes qui sont jugés sont des hommes", déclare Olivier Morice, avocat de 40 parties civiles. "Il leur appartient d'expliquer la nature de ces actes monstrueux. S'ils refusent de s'expliquer, ils resteront enfermés dans leur lâcheté".

"Les familles auront bien évidemment la parole qui leur sera donnée. Nous sommes aussi là pour porter cette parole, parce que certaines personnes qui ont été blessées ou qui ont perdu un proche ne souhaitent pas nécessairement s'exprimer. Pourquoi ? Parce que la souffrance est indicible, elle est inexprimable, mais ce qu'elles attendent, c'est une justice particulièrement ferme."

Psychologiquement extrêmement dur

"Je ne suis pas sûr qu'ils attendent grand-chose de (Salah) Abdeslam et des autres accusés. Il ne faut pas venir avec trop d'attentes à ce genre d'audiences", prévient Me Abed Bendjador, conseil d'un Argentin et d'un Espagnol d'une quarantaine d'années, présents au Bataclan.

Ses clients seront absents "les premiers jours parce qu'il y a cette forme d'appréhension - toute l'organisation, la sécurité, le regard posé sur eux - et psychologiquement, c'est extrêmement dur". 

"Ils souhaitent laisser passer quelques semaines d'audience avant d'envisager de se présenter, voire de prendre la parole". 

Pas un procès d'exception

Me Adrien Sorrentino est l'avocat de l'accusé Abdellah Chouaa, Belgo-Marocain de 40 ans, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, soupçonné d'avoir apporté un soutien logistique aux auteurs. 

Cet accusé est "impatient" d'être entendu pour "pouvoir donner sa vérité, être compris, entendu, acquitté", dit l'avocat.

"C’est un procès dont l’organisation est exceptionnelle, mais ce n’est pas un procès d'exception."

Que chacun ait sa place

"L'architecture de ce procès permet que toute la première partie soit consacrée à l'écoute des victimes, c'est fondamental", souligne Me Xavier Nogueras, avocat de Mohammed Amri, chauffeur de Salah Abdeslam le soir des attentats. "C'est peut-être long mais je pense que c'est bien organisé pour que tout monde puisse avoir sa place dans ce débat".

Son client "veut parler, il veut s'expliquer et contester cette participation à cette association de malfaiteurs terroriste".

"La défense de tous, c'est un concept absolument non-négociable", soutient-il. Sinon, "vous déséquilibrez le procès. Et même la réponse qui sera rendue pour les victimes ne sera pas satisfaisante".

Crainte que l'excès remplace la raison

Marie Violleau assure la défense de Mohamed Abrini, "l'homme au chapeau" de l'aéroport de Bruxelles, et "aborde ce procès dans le sérieux, le calme et la sérénité".

"Il est acquis que tout individu, quoi qu’il lui soit reproché, doit être défendu et que l’institution judiciaire française a les moyens de répondre sereinement et justement à tout comportement humain."

"Ma seule crainte est que l’excès remplace la raison. Nous serons particulièrement attentifs à cela".

AFP

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