06.09.21
08:26

Attentats de Paris: après la terreur et le choc, l'heure des polémiques

Au lendemain des attaques qui ont fait 130 morts à Saint-Denis et à Paris, la France se réveille sonnée et en colère.

L'union sacrée sera de courte durée. Sitôt envolées les ultimes notes de la Marseillaise entonnée par les parlementaires sous les ors du château de Versailles, les attentats du 13 novembre 2015 vont devenir, eux aussi, un sujet d'empoignades politiques.

Dans l'urgence de la nuit, l'exécutif a ordonné l'état d'urgence et la fermeture des frontières. Mais comment répondre à l'horreur ? Une évidence s'impose, pas question de refaire le coup du grand rassemblement populaire qui avait suivi les attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher en janvier.

"Quand la ville de Paris a été prise pour cible, comment organiser une manifestation en donnant à tous les participants une sécurité absolue ? Impossible", résume aujourd'hui l'ancien président François Hollande. "Comment organiser la résilience du pays, comment faire en sorte que la République une et indivisible, sous la violence des terroristes, ne vacille pas, ne se lézarde pas ?", s'interroge alors lui aussi son ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

L'idée s'impose d'un discours solennel du chef de l’État devant députés et sénateurs réunis en Congrès.

Trois jours après l'horreur, François Hollande y dénonce "l'acte de guerre" de "lâches assassins", qu'il jure de "détruire" dans leurs bases de Syrie et d'Irak. Pêle-mêle, il promet effectifs et moyens aux forces de sécurité et un durcissement de la répression des "fanatiques" de l'islam.

"Ma seule préoccupation en ce temps-là, c’était d'unir les Français", assure l'ex-président, "je savais que ça ne durerait pas longtemps".

Controverses de tous bords

Dès le lendemain, la droite se déchaîne contre la gauche, accusée de faiblesse face à la menace jihadiste.

"Il faut mettre les terroristes en puissance hors d'état de nuire", tonne Laurent Wauquiez. "Qu'avez-vous fait depuis janvier ?", "on va attendre combien de morts encore ?", interpellent ses collègues Pierre Lellouche et Guy Geoffroy.

"La France n'est plus en sécurité", regrette Marine Le Pen dans les médias, exigeant "l'arrêt immédiat" de l'accueil des migrants. Nicolas Sarkozy requiert lui "des inflexions majeures".

La majorité aussi se déchire, autour d'une mesure empruntée par le chef de l’État... à la droite: inscrire dans la Constitution la possibilité de déchoir de sa nationalité française un individu binational, même né français, condamné pour des faits de terrorisme.

La gauche grogne et se déchire. Le Premier ministre Manuel Valls soutient le projet, sa garde des Sceaux Christiane Taubira n'en veut pas et claque la porte du gouvernement en janvier. François Hollande finira par y renoncer pour calmer les esprits.

"Ce fut une erreur funeste", juge aujourd'hui Bernard Cazeneuve. "La mesure était soutenue à 80 ou 85% par l'opinion (...) je suis resté le seul à la défendre", maugrée encore Manuel Valls. Quant à l'ex-président, il concède s'être trompé: "dès lors qu'il y avait une incompréhension, une polémique, ce n'était pas une bonne initiative".

Le débat sur les "ratés" de l’État se poursuit devant la commission d'enquête parlementaire, présidée par le député de droite Georges Fenech, mais dans un climat plus apaisé.

Après six mois de travaux et près de 200 auditions, son rapport met le doigt sur une série de failles.

Rancunes

Les patrons du renseignement extérieur (DGSE) et intérieur (DGSI) ont concédé devant elles un "échec". La commission insiste en dénonçant le "manque de coordination" de leurs services et "l'absence de coordination" européenne qui a permis aux commandos de passer entre les mailles du filet.

Elle regrette aussi le refus des autorités d'engager les militaires de l'opération Sentinelle présents autour du Bataclan ou la décision d'y avoir fait intervenir la Brigade de recherche et d'intervention (BRI) parisienne plutôt que les unités d'élite du Raid ou du GIGN.

Sévèrement critiqué à l'époque, Bernard Cazeneuve en garde une rancune féroce à l'endroit de ses adversaires.

"La droite m'a donné des leçons à l'Assemblée (...) alors que j'avais entre les mains le résultat de leur politique", fulmine-t-il en fustigeant une réforme de 2008, sous Nicolas Sarkozy, qui "a abouti à vider de leur substance" le renseignement territorial. Sur les faiblesses relevées par les députés, les leçons ont été tirées, reconnaît aujourd'hui Georges Fenech.

"Nous n'étions pas prêts en 2015 (...) mais on a vraiment beaucoup progressé sur la qualité de nos services de renseignements", juge l'ancien député, "et les protocoles d'intervention (des forces de l'ordre) ont changé". Depuis le 13-Novembre, cinq nouvelles lois ont durci l'arsenal antiterroriste en France. Au prix, à chaque fois, de vifs débats entre la droite et la gauche, entre tenants de "la sécurité d'abord" et défenseurs des libertés publiques.

"Chaque fois qu'il y a un attentat, les mêmes polémiques reviennent. Elles font partie du jeu démocratique", note François Hollande, qui témoignera lors du procès.

"Cette nuit-là, les décisions qui ont été prises, je les assume entièrement, elles ont été appropriées. C'est tout à fait le droit des familles de victimes de demander des comptes. Un des enjeux du procès, c'est qu'elles aient des réponses".

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