19.08.21
13:26

En Martinique, un confinement plutôt respecté mais "difficile"

"D'habitude, elle est bondée": Mais au dixième jour de confinement strict, la plage de sable blanc de l'Anse Mitan, aux Trois Ilets, paraît bien vide, les Martiniquais respectant bon gré mal gré les mesures imposées pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 qui flambe aux Antilles.

"Avec la limite du kilométrage, il n'y a personne", savoure Jean-Christophe, Parisien de 26 ans, qui déambule nonchalamment, les pieds dans l'eau, le long de la plage située à l'entrée de la presqu'île de la Pointe-du bout, au sud-est de la Martinique.

Pour tenter de freiner une épidémie galopante qui se traduit par une explosion des formes graves et une saturation des hôpitaux, le préfet de Martinique a renforcé depuis le 10 août le confinement qui existait déjà: les plages sont interdites, les déplacements limités à un kilomètre autour du domicile, les commerces non-alimentaires fermés, et les touristes, notamment les plus vulnérables, ont été invités à quitter l'île.

Sur cette longe bande de sable fin, en face de la baie de Fort-de-France, quelques nageurs ont bravé l'interdiction et profitent des eaux turquoises, s'exposant à une contravention s'ils sont surpris par la police.

"On respecte quand même, on va pas prendre des risques et aller tous dans l'eau", rassure Jean-Christophe, venu rendre visite à sa famille qui habite au bord de la plage. "Généralement, si les gens vont dans l'eau, c'est pour une trempette d'une minute", raconte le jeune homme.

Assis à l'ombre d'un arbre, Marie-Joseph Pinville lit la presse locale. Ce consultant de 64 ans fait une pause "à moins d'un kilomètre de mon domicile", avertit-il.

"Lorsqu'on voit le nombre de cas et la mortalité qui est celle d'aujourd'hui, il faut respecter un certain nombre de choses", estime-t-il, même si "oui, ça pèse".

"Il faut continuer à vivre et ça, c'est le plus difficile, continuer à vivre avec une pandémie qui n'est pas encore totalement maîtrisée", assène-t-il. 

Mercredi, le taux d'incidence était de 1.148 cas pour 100.000 habitants, 727 nouveaux cas ont été confirmés en 24 heures, et 253 morts recensés à l'hôpital depuis le début de l'épidémie.   

 

"Perplexe" 

Marie-Christine, qui se promène sur la plage en maillot de bain fleuri, accompagnée de sa fille et de son petit-fils, espère "qu'il y aura une prise de conscience. C'est vrai que c'est très contrasté entre le chaos de la situation hospitalière et sanitaire et un environnement absolument incroyable".

Cette résidente de l'Anse-Mitan avoue qu'elle aurait volontiers "partagé" l'endroit. "C'est, on ne peut pas dire déprimant, on a un spectacle absolument vertigineux, mais on est un peu perplexe."

Pour Yolande, retraitée de 64 ans, le confinement est "nécessaire" mais "très difficile". "Je vis seule, rester tout le temps chez moi c'est compliqué", explique-t-elle, assise sur la terrasse déserte d'un restaurant de plage. 

Elle n'a "pas mis un doigt de pied dans l'eau" depuis l'annonce du préfet, mais "hier", le stress de la situation l'a rendue malade. "Je me suis dit: +il faut que je mette mes baskets et que je sorte+".

"Même si la plupart des gens essayent de respecter tout ça, on est obligé d'avoir un peu de tolérance quand même", estime-t-elle, "parce qu'il fait chaud et ici, l'activité essentielle, c'est la plage, c'est la mer."

Près du ponton, le restaurant de plage le Ti Taurus est resté ouvert mais ne propose plus que de la vente à emporter. Au menu, accras, balaous (poissons, ndlr) frits marinés, ou encore ouassous (écrevisses, ndlr) flambés au rhum vieux. 

Alex, le barman espère que les trois semaines de confinement ne seront pas prolongées. 

"Avant, avec la limite de 10 km, on avait la navette de Fort-de-France et quelques familles qui pouvaient venir faire du sport et se promener. Mais tout ça c'est terminé, on n'a plus du tout de clients", se désole-t-il. 

Résultat, le chiffre d'affaire a plongé, alors qu'il était bien remonté "depuis le début de la saison". "On prend notre mal en patience." 

AFP

Partager cet article