29.07.21
11:45

Naomi Osaka, Simone Biles... Et si leur craquage était un "wake up call"?

Les sportifs de haut niveau ont longtemps gardé leurs tourments pour eux, avant de les révéler une fois leur carrière terminée. Mais, à l’image de la joueuse de tennis Naomi Osaka et depuis mardi en pleins JO de Tokyo, de la superstar de la gymnastique Simon Biles, ils n’hésitent plus à dévoiler leurs maux intérieurs.

La pandémie a causé plus de stress que d’habitude dans la vie des gens. Les athlètes olympiques ne font pas exception. Leurs entraînements ont été perturbés pour se préparer au mieux pour les Jeux Olympiques de Tokyo cet été.

"Une lourde année en stress engendre forcément des craquages”, nous explique Philippe Godin, psychologue du sport à l’UCLouvain.

Les Jeux Olympiques sont l’occasion de voir des athlètes internationaux mais "ces athlètes de haut niveau sont des êtres humains”, nous raconte le psychologue. “Derrière les performances se cachent des hommes et des femmes fragiles. Ils ont eux aussi vécu l’isolement et l’incertitude à cause du coronavirus”. Ainsi, les athlètes olympiques sont vulnérables, enclins à céder mentalement. C’est le cas de Simon Biles et Naomi Osaka. 

 

Des stars qui craquent

Remplie de doutes durant les épreuves par équipe en gymnastique artistique, Biles s’est révélée contrariée. Invoquant des problèmes de santé mentale, "sa décision de se retirer de la finale féminine par équipe aux JO n’est pas étonnante si on analyse son parcours”, pointe Philippe Godin. “Elle n’est pas une machine. Le coronavirus, la fatigue et la pression fréquente s’ajoutent aux ingrédients négatifs du quotidien de la gymnaste”, conclut-il. Loin de sa famille aussi, Biles semble avoir perdu tous ses repères. 

Toutefois, Biles reste la plus grande gymnaste de tous les temps. Jamais, avant elle, une gymnaste n'avait coiffé cinq couronnes mondiales au concours général. "Parfois, je me demande comment je fais, j'aimerais pouvoir m'extraire de mon corps pour me voir de mes propres yeux", avait-elle dit. 

Depuis l'annonce de son retrait, la gymnaste a reçu plus de soutiens qu'elle ne l'avait espéré. Elle a reçu de nombreux messages émanant du monde sportif mais pas seulement, à l'instar du soutien de Michèle Obama ou encore celui du porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki.

Quant à Naomi Osaka, déjà déstabilisée ces derniers mois, son élimination prématurée au troisième tour du tournoi de tennis n’est pas surprenante non plus. Elle avait renoncé à Roland-Garros en mai dernier à cause d’une pression médiatique ingérable. 

Selon Philippe Godin, “Naomi avait vécu différentes sortes de pressions, et sa préparation pour Roland-Garros et les JO en a été fortement chamboulée".

Ce n’est pas en quelques semaines qu’on règle une forme de burn-out”, insiste-t-il. 

 

“Le monde du sport est un milieu de non-dits”

Les raisons de leur craquage peuvent être multiples: manque de plaisir, stress, pression et fatigue. Le résultat est le même. La santé mentale d’un sportif de haut niveau est tout aussi importante, peu importe son sexe ou sa nationalité. “Depuis leur plus jeune âge, ces athlètes vivent sous un degré monumental de stress, d’exigences pour atteindre leurs objectifs”, explique Philippe Godin. 

Encore plus aux JO. En effet, l'Américain Caeleb Dressel, sacré champion olympique du 100 m à Tokyo jeudi, reconnaît qu'il "avait sur les épaules ce poids" d'obtenir un premier titre olympique individuel.

Malheureusement, il n’y a pas de solution pour éviter cette forme de saturation des athlètes. En revanche, il y a moyen de diminuer ce type d'occurrences par un suivi psychologique. “Ce suivi ne doit pas se faire uniquement en fonction des échecs ou des réussites du sportif. Il s’agit de faire un vrai travail sur soi-même pour retrouver une harmonie au quotidien et ce, à long terme”. 

Le côté affectif (famille, éducation, relations) joue un rôle important dans le processus. “Ce qu'il s’est passé avec Simone Biles et Naomi Osaka va probablement déboucher sur un effet boule de neige. Le monde du sport est un milieu de non-dits et cela va d’une manière ou d’une autre signaler aux gens que les sportifs de haut niveau sont eux-aussi humains”, affirme le psychologue.

Un "wake-up call" qui pourrait bien changer les mentalités dans le monde sportif. 

 

Charlotte Pijnaker 

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