14.07.21
12:43

Manifestations à Cuba: ce que l'on sait

Depuis dimanche dernier, des manifestations à Cuba ont fait un mort et plus d’une centaine d'arrestations. Il s’agit de l’une des plus grandes révoltes populaires anti-gouvernementales depuis des décennies. D'autres rassemblements se sont produits dans le monde pour soutenir la cause. Pourquoi un tel soulèvement? Quelles sont les postures adoptées par les autres pays? LN24 fait le point.

Criant “A bas la dictature !” et “Qu’ils s’en aillent” !, des milliers de Cubains ont protesté dans la rue dans quarante villes du pays contre l'oppression et l’économie instable de l’île. La pandémie de Covid-19 et les mesures économiques prises par le gouvernement n’ont pas facilité la vie des Cubains avec, en tête des conséquences, une pénurie de médicaments et de denrées alimentaires. 

Les manifestations ont irrité le gouvernement communiste. Lundi, le président Diaz-Canel a mis en garde les personnes qui allaient à l'encontre de la révolution. 

Depuis dimanche, plus d’une centaine de personnes ont été arbitrairement arrêtées faisant, dans la foulée, un mort lundi dans le quartier de Güinera, situé en périphérie de La Havane. 

A Miami et à Washington, des américano-cubains se sont rassemblés pour soutenir la cause des manifestants. Des rassemblements de solidarité plus restreints se sont également tenus au Brésil, en Equateur en Uruguay et en Espagne.

 

Postures mitigées 

 

Etats-Unis

Depuis que l’accès à l’Internet mobile a été coupé dimanche à Cuba, les Etats-Unis ont exhorté le gouvernement cubain à le rétablir, et ont exigé la libération des protestataires détenus, tandis que l’Iran accuse les Etats-Unis d'”ingérence” dans les affaires intérieures de Cuba. 

Lundi, Washington avait déjà mis en garde Cuba contre tout usage de la violence à l’encontre des milliers de manifestants de ces derniers jours. Jake Sullivan, le conseiller américain à la sécurité nationale a tweeté :

"Les Etats-Unis soutiennent la liberté d’expression et d’assemblée à Cuba, et condamneraient fermement tout acte de violence ou qui viserait à prendre pour cible les manifestants pacifiques qui exercent leurs droits universels".

De même, le président américain Joe Biden a invité “le régime cubain à entendre son peuple” et soutient l’“appel vibrant à la liberté”. 

Le gouvernement de La Havane affirme que ces manifestations sont l'œuvre de contre-révolutionnaires soutenus par Washington pour déstabiliser Cuba. "Que cherchent-ils? Provoquer des troubles sociaux", mais aussi “le fameux changement de régime”, a-t-il dénoncé.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a qualifié ces accusations de “grave erreur”, ce qu’a riposté le chef de la diplomatie cubaine Bruno Rodriguez. 

En dépit d’une brève réconciliation entre 2014-2016, les relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis sont au point mort depuis le mandat de Donald Trump, qui a renforcé l’embargo en vigueur depuis 1962 pour des violations des droits de l’homme et le soutien de La Havane au gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela. 

 

Union européenne

Même ton adopté par l'Union européenne, dont le chef de la diplomatie Josep Borrell a demandé lundi aux autorités cubaines d’autoriser les manifestations et "d’écouter" la colère de la population. 

L’Espagne a même réclamé mardi aux autorités cubaines la libération “immédiate” de la journaliste cubaine Camila Acosta, qui collabore avec le quotidien ABC. 

“Arrêter une journaliste d’un média espagnol, ABC, me semble inapproprié”, a déclaré le Premier ministre Pedro Sanchez à la télévision privée Telecinco qui l’interrogeait sur cette arrestation lors d’un entretien. 

 

Venezuela

En revanche, le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a officiellement déclaré lundi apporter “tout son soutien” à son homologue Miguel Diaz-Canel, “au peuple de Cuba” et “au gouvernement révolutionnaire de Cuba”.

Nicolas Maduro, qui a été formé à Cuba, a dit que, “depuis ici, au Venezuela, (nous sommes) frères dans les bons et mauvais moments. Cuba s’en sortira (…) On nous a infligé la même méthode”. “On applique à Cuba la même méthode d’asphyxie, de persécution depuis 60 ans. Maintenant, l’Empire nord-américain vient dire des stupidités. Si les Etats-Unis et les opposants extrémistes veulent pour de vrai (…) aider le peuple cubain, qu’ils lèvent immédiatement les sanctions et le blocus contre le peuple de Cuba”, a poursuivi le président vénézuélien lors d’une intervention à la télévision publique.

Le Venezuela et Cuba entretiennent des relations minces depuis l’arrivée au pouvoir au Venezuela de Hugo Chavez (1999- 2013) qui qualifiait Fidel Castro comme son père spirituel. Suite à la mise en place des sanctions américaines, La Havane aide Caracas. 

 

Et maintenant? 

La Russie, qui avait mis en garde lundi contre toute ingérence étrangère dans la crise à Cuba, est persuadée que le gouvernement cubain va rétablir l’ordre public. 

“Nous sommes convaincus que les autorités cubaines prennent toutes les mesures nécessaires pour rétablir l’ordre public dans l’intérêt des citoyens du pays”, a ajouté Moscou, disant “suivre de près l’évolution de la situation à Cuba et aux alentours”.

En effet, la Russie avait raison car mercredi, le gouvernement cubain a annoncé une première salve de mesures pour apaiser la population, en facilitant notamment l'entrée sur l'île d'aliments et médicaments, trois jours après des manifestations historiques dont il a reconnu devoir "tirer des enseignements".

"C'est une mesure que nous prenons jusqu'au 31 décembre", a-t-il dit. 

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