12.07.21
16:02

Le président cubain accuse les Etats-Unis de vouloir provoquer "des troubles sociaux"

Le président cubain Miguel Diaz-Canel a accusé lundi le gouvernement américain de mener "une politique d'asphyxie économique pour provoquer des troubles sociaux" et "un changement de régime" sur l'île, au lendemain de manifestations historiques contre le gouvernement. Joe Biden a répliqué de son côté.

Dans une allocution retransmise à la télévision et à la radio, le dirigeant communiste, entouré de plusieurs de ses ministres, a assuré que son gouvernement essaie d'"affronter et de vaincre" les difficultés face aux sanctions américaines, renforcées depuis le mandat de Donald Trump.

L'internet mobile, arrivé fin 2018 à Cuba et qui a permis dimanche la diffusion en direct d'une quarantaine de manifestations anti-gouvernement à travers l'île, restait coupé lundi matin. Les rues de La Havane étaient encore sous forte présence policière et militaire, ont constaté des journalistes de l'AFP, mais le calme était revenu après les échauffourées de la veille qui ont conduit à plusieurs dizaines d'arrestations.

Excédés par la crise économique, qui a aggravé les pénuries d'aliments et de médicaments et poussé le gouvernement à couper l'électricité plusieurs heures par jour, des milliers de Cubains étaient sortis spontanément dimanche dans les rues de dizaines de villes et villages du pays, aux cris de "Nous avons faim", "Liberté" et "A bas la dictature".

Une mobilisation inédite à Cuba où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du Parti communiste (PCC, unique). S'il a reconnu "l'insatisfaction" que peuvent ressentir certains Cubains, Miguel Diaz-Canel a également accusé l'ennemi de toujours, Washington, d'être à la manoeuvre. "Il y a un groupe de personnes, contre-révolutionnaires, mercenaires, payées par le gouvernement américain, de façon indirecte à travers des agences du gouvernement américain, pour organiser ce genre de manifestations", a-t-il affirmé, donnant aux révolutionnaires "l'ordre de combattre" ces rassemblements dans la rue.

Pour Biden, Cuba doit entendre son peuple

Le président américain Joe Biden "appelle le régime cubain à entendre son peuple" et son "appel vibrant à la liberté", dans un communiqué diffusé lundi par la Maison Blanche, au lendemain de manifestations historiques à Cuba. "Les Etats-Unis appellent le régime cubain à entendre son peuple et à répondre à ses besoins en ce moment crucial, plutôt que de s'enrichir", déclare Joe Biden.

"Nous nous tenons aux côtés du peuple cubain, et de son appel vibrant à la liberté ainsi qu'à être délivrés de la dramatique emprise de la pandémie, et des décennies de répression et de souffrance économique imposées par le régime autoritaire" de Cuba, affirme le président démocrate dans ce communiqué.

Une mobilisation inédite à Cuba où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du Parti communiste (PCC, unique). "Les Cubains affirment avec courage leurs droits fondamentaux universels. Il faut respecter ces droits, y compris le droit à manifester pacifiquement et le droit à décider librement de son avenir", fait encore savoir Joe Biden.

Moscou contre toute "ingérence"

Grand soutien des autorités cubaines depuis l'époque soviétique, la Russie a mis en garde lundi contre toute "ingérence étrangère" dans cette crise. "Nous considérons comme inacceptable toute ingérence étrangère dans les affaires intérieures d'un État souverain et toute autre action destructrice qui favoriserait la déstabilisation de la situation sur l'île", a indiqué dans un communiqué le ministère russe des Affaires étrangères.

"Nous sommes convaincus que les autorités cubaines prennent toutes les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre public dans l'intérêt des citoyens du pays", a ajouté Moscou, disant "suivre de près l'évolution de la situation à Cuba et aux alentours". Le gouvernement américain avait, lui, réagi dès dimanche en mettant en garde les autorités cubaines contre tout usage de la violence à l'encontre de "manifestants pacifiques".

"Les Etats-unis soutiennent la liberté d'expression et d'assemblée à Cuba, et condamneraient fermement tout acte de violence ou qui viserait à prendre pour cible les manifestants pacifiques qui exercent leurs droits universels", a tweeté le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan.

"Blocus génocidaire"

"Le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison Blanche n'a pas l'autorité politique ni morale pour parler de Cuba", a réagi lundi le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez, sur Twitter.

 

"Son gouvernement a consacré des centaines de millions de dollars pour la subversion dans notre pays et il impose un blocus génocidaire, principal responsable des carences économiques", a-t-il ajouté.

Les relations diplomatiques entre Cuba les Etats-Unis, après une brève réconciliation entre 2014 et 2016, sont au plus bas depuis le mandat de Donald Trump qui a renforcé l'embargo en vigueur depuis 1962, dénonçant des violations des droits de l'homme et le soutien de La Havane au gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela. Ces sanctions, ainsi que l'absence de touristes due à la pandémie, ont plongé Cuba dans une profonde crise économique et généré un fort malaise social, suivi de près à Washington et sur le continent américain.

Les manifestations sont par ailleurs survenues dans un contexte de forte hausse des cas de coronavirus sur l'île, avec chaque jour de nouveaux records de contaminations, pour un total de 238.491 cas dont 1.537 décès, pour 11,2 millions d'habitants. Une situation qui a poussé de nombreux Cubains à utiliser le mot-clé #SOSCuba sur les réseaux sociaux, pour demander qu'une aide humanitaire de l'extérieur soit autorisée par le gouvernement.

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