Daniel James
24.06.21
12:02

La loi hongroise contre les LGBT au coeur du sommet européen

La loi hongroise dénoncée par une majorité des pays de l'UE comme discriminatoire envers les personnes LGBT devrait s'inviter jeudi au sommet des Vingt-Sept, qui abordera aussi les épineux sujets de la migration et des relations avec Ankara et Moscou.

Les dirigeants de 17 pays de l'UE, dont la Belgique, la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, ont interpellé jeudi dans une lettre commune les chefs des institutions européennes et de l'ONU sur la nécessité de faire respecter les droits des personnes LGBT, après l'adoption d'une loi controversée par le Parlement hongrois. 

Le ton est monté d'un cran mercredi quand la présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen, a qualifié de "honte" cette loi interdisant la promotion de l'homosexualité auprès des mineurs, une déclaration à son tour fustigée comme une "honte" par Budapest. La polémique a gagné le terrain sportif, avec le refus décrié de l'UEFA d'autoriser l'illumination du stade de Munich aux couleurs de l'arc-en-ciel à l'occasion du match de l'Euro Allemagne-Hongrie.  Elle devrait figurer en bonne place au dîner jeudi soir entre les chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles jusqu'à vendredi, selon des diplomates.

Le courrier, diffusé sur les réseaux sociaux, est signé par seize dirigeants mais un 17e, le Premier ministre autrichien Sebastian Kurz, s'est ensuite rallié au groupe, selon l'un des dirigeants.

Sans mentionner la Hongrie --membre de l'Union européenne-- ni son Premier ministre Viktor Orban, la lettre déplore des "menaces contre les droits fondamentaux et en particulier le principe de non-discrimination en raison de l'orientation sexuelle" et rappelle l'"attachement à nos valeurs fondamentales communes, consacrées par l'article 2 du traité de l'UE".

"Nous devons continuer à lutter contre les discriminations envers la communauté LGBTI en réaffirmant notre défense de leurs droits fondamentaux. Le respect et la tolérance sont au cœur du projet européen", poursuit le texte. Il a été publié quelques heures avant un sommet européen à Bruxelles où ce sujet devrait s'inviter à la table des discussions.

La lettre, adressée aux chefs de l'UE Charles Michel (président du Conseil européen, représentant les 27) et Ursula von der Leyen (Commission) ainsi qu'au secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, fait suite à une déclaration similaire publiée mardi à l'initiative de la Belgique, à l'occasion d'une réunion des ministres des Affaires européennes des 27 à Luxembourg.

Cette déclaration exprimait la "profonde inquiétude quant à l'adoption, par le Parlement hongrois, d'amendements discriminatoires à l'égard des personnes LGBTQI et violant le droit à la liberté d'expression sous prétexte de protéger les enfants". Elle a été soutenue par 17 capitales au total, selon un dernier décompte mercredi soir.

Les signataires du courrier de jeudi sont les dirigeants des pays suivants: Belgique, Danemark, Allemagne, Estonie, Irlande, Grèce, Espagne, France, Italie, Chypre, Lettonie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Finlande et Suède. Il manque le Premier ministre autrichien mais son homologue luxembourgeois Xavier Bettel a affirmé sur Twitter que Sebastian Kurz "nous a également rejoints ce matin avec sa signature".

La loi hongroise prévoit que "la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans". Le ministre hongrois des Affaires étrangères Peter Szijjarto a rejeté mardi les critiques européennes et dénoncé des "fake news". Il a affirmé que cette loi "n'était dirigée contre aucune communauté en Hongrie (mais) seulement contre les pédophiles".

 

Poutine "est partisan" d'un renforcement du dialogue

Réunis en sommet à Bruxelles, les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Sept doivent aussi discuter de leurs relations avec la Russie et du format du dialogue à mener avec le président russe. Une semaine après la rencontre entre Joe Biden et Vladimir Poutine, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron jugent nécessaire d'organiser des rencontres avec le maître du Kremlin pour traiter des sujets d'intérêt majeur pour l'UE, ont indiqué des sources européennes.

Mme Merkel a estimé que l'Union européenne devait nouer un "contact direct" avec la Russie et M. Poutine et "créer des mécanismes" pour répondre aux "provocations" et "attaques hybrides" de Moscou. "L'initiative de Merkel est soutenue par le président Macron. Mais la discussion (à Bruxelles) aura lieu avec d'autres pays et nous devons savoir s'il y aura un accord à ce sujet ou non", a indiqué le porte-parole du Kremlin.

Le président Vladimir Poutine soutient la proposition franco-allemande, a indiqué jeudi le porte-parole du Kremlin.  "Nous percevons positivement cette initiative. Poutine est partisan de la création d'un mécanisme pour un dialogue et des contacts entre Bruxelles et Moscou", a affirmé Dmitri Peskov à la presse. "Bruxelles et Moscou ont besoin de ce dialogue", a-t-il ajouté.

Partager cet article