10.06.21
08:20

Gifle à la France, loin d'être une première

Cette gifle continue de faire parler chez nos voisins français. On va voir que l’enquête avance et surtout qu’Emmanuel Macron n’est pas le premier à se faire agresser par le public.

L’enquête avance, on en apprend un plus sur les deux suspects. D’abord sur l’agresseur: Damien Tarel. On savait déjà qu’il aimait les arts martiaux, les jeux vidéos, le Moyen-Âge et les mangas. On apprend aujourd’hui qu’il a été proche des gilets jaunes et qu’il partage des idées d’extrême droite.

Petit point sur les perquisitions: chez le second suspect, qui a filmé la scène, on a retrouvé plusieurs armes. Des armes d’épaule, des armes de poing. Et plus interpellant encore, un exemplaire de Mein Kampf ainsi qu’un drapeau de l’URSS. Un homme donc qui semble adepte de régimes d’extrême droite et de régimes totalitaires.

Et alors qu’ils avaient été placés directement en garde à vue, celle-ci a été prolongée. Les deux hommes parlent, ils collaborent avec la justice. Et quand les enquêteurs ont demandé à Damien Tarel pourquoi il avait giflé le président, il a répondu qu’il avait agi sans réfléchir, par instinct. De manière spontanée. Pour exprimer son mécontentement. 

L’auteur de la gifle sera jugé en comparution immédiate aujourd’hui. Son camarade, lui, devra répondre de ses actes en lien avec les armes détenues illégalement chez lui: quelle est la nature de ces armes et avait-il un permis ? 

Pas la première agression envers un politique français 

“Casse toi pauvre con” 

C’était en juin 2011, alors qu’il était président, Nicolas Sarkozy avait été attrapé par le col dans le lot et Garonne alors qu’il saluait la foule. Son agresseur avait été directement maîtrisé par les forces de sécurité. Il avait ensuite expliqué qu’il ne voulait pas vraiment mettre un poing dans la gueule du président, mais plutôt pousser un coup de gueule (la nuance est là) pour dire au président qu’il fallait écouter les gens qui l’ont élu.

Il avait écopé d’une peine de 6 mois de prison avec sursis et d’un stage de citoyenneté de deux jours.

Et puis, Sarkozy n’en était pas à sa première altercation. On le connaît bien sûr pour ses insultes. Celles qu’il a prononcées, mais aussi celles qu’il a reçues. Par exemple, lors de sa visite chez des pêcheurs en 2007, certains n’hésitent pas à l’insulter et à le menacer de coup de boule.

“Abra ca da brantesque” 

C'est sans doute la plus grave de ces attaques. En 2002, quelques mois après s’être fait cracher dessus, Jacques Chirac fait son traditionnel défilé sur les Champs Elysées le 14 juillet. Et là, un jeune de 25 ans, Maxime Brunerie tente de lui tirer dessus. A la télévision, on voit Chirac se tenir debout, on entend les coups de feu mais lui, ne semble pas s’en rendre compte. Le tir est dévié par un spectateur et ne touche donc pas le président. L’homme est arrêté et condamné à 10 ans de réclusion criminelle. 

"Je voulais faire quelque chose d'historique", avait-il expliqué pour justifier son geste.

Le cas Manuel Valls

C’était en 2017, alors qu’il était candidat à la primaire de la gauche. En déplacement pour sa campagne, il avait été d’abord en fariné puis un mois plus tard, giflé par un jeune homme de 18 ans. Qui a dû sans doute regretter son geste car, à peine avait-il effleuré le visage de Valls, qu’il avait été très vite maîtrisé et plaqué au sol par les agents de sécurité. L’agresseur avait été condamné à 3 mois de prison avec sursis. Ce qui risque bien d’être le cas du gifleur de la Drôme. 

Qu’est-ce que ça dit des services de sécurité des présidents ? 

C’est vrai que quand on voit toutes ces bousculades, enfarinages et agressions que subissent les présidents. On est en droit de se poser la question. Pourquoi n’y avait-il pas de gendarmes ou d’agents de sécurité pour le protéger de la foule ? 

Par ce qu’en France, contrairement aux USA, c’est le protocole qui décide et les services de sécurité qui s’adaptent. Puis il faut aussi dire qu’il ne leur rendent pas forcément la tâche facile. On se souvient de Chirac à Jérusalem, qui ne voulait pas entendre parler de filet de sécurité pour avoir l’air d’un président citoyen qui se présente au public. 

Ici aussi, on voit sur ces images, Emmanuel Macron courir au devant de la foule et, dirait-on, surprendre son équipe de sécurité. Mais alors que certaines rumeurs disaient que le président avait été prévenu de la dangerosité du rassemblement. Gabriel Attal a démenti. “Il n’y a pas eu d’alerte particulière”, explique-t-il. 

Et ce n’est pas une gifle qui devrait l’arrêter puisqu’il a ensuite affirmé. "Évidemment le président de la République, comme les membres du gouvernement, va continuer d'aller au contact, sans filtre, avec les Français".

Bain de foule plutôt que sécurité, donc.

Julia Vanderborght

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