02.06.21
16:37

Fusion des réseaux hospitaliers: la colère gronde chez des médecins bruxellois

Si en Wallonie et en Flandre la fusion des réseaux hospitaliers ne fait plus débat, le sujet suscite toujours des tensions en Région bruxelloise. En cause: la création d’un "super réseau" de taille XL (à la place de deux), qui mélangerait privé et public. Les médecins de l’hôpital Brugmann et Saint Pierre y sont opposés et furieux, c’est un euphémisme, sur les autorités politiques de la Ville. Ils ont le sentiment de ne pas être assez écoutés ni respectés. Une grève est envisagée pour début juillet si le contentieux n’est pas résolu d’ici là. Une action est déjà prévue demain devant l’hôpital Saint-Pierre.

Pour bien comprendre ce dossier, il faut se replonger deux ans en arrière. Le 14 février 2019, jour de la Saint Valentin, Maggie De Block, alors Ministre de la Santé pour l’Open VLD, annonce un accord sur la fusion et la création de 25 réseaux (1 réseau par minimum de 400.000 habitants) hospitaliers sur l’ensemble du territoire belge. L’objectif de la réforme, implémentée dès le 1er janvier 2020, est de permettre des économies d’échelle et un meilleur partage des tâches de soins spécialisés (loco-régionaux) entre institutions hospitalières. Une réforme qui aura d’ailleurs dans les faits pris plus de temps à se concrétiser, la crise Covid passant par là.

13 réseaux sont créés en Flandre, 8 en Wallonie (avec un peu de retard) et 4 sont prévus à Bruxelles. 2 ont pour le moment effectivement vu le jour. Le premier organisé autour de l’UCL et le second de la VUB. 2 autres sont donc encore attendus. Et c’est là que cela coince.

 

"Le Public n’est pas le Privé"

Les autorités politiques, et en particulier le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Philippe Close (PS), seraient selon nos informations, hautement partisans de créer un seul réseau unique avec les institutions hospitalières restantes. Ce qui est loin d’être au goût des médecins des hôpitaux Brugmann et Saint Pierre.

"On nous vend un seul réseau de taille XL (dont la future dénomination serait CORUS), avec plus de 4.000 lits pour 7 hôpitaux et 18 sites. Un réseau qui mélange le public et le privé. Ce qui est problématique. Notamment pour nos activités de recherche. On tente d’unifier des mondes pas toujours hyper conciliables", s’insurge Jacques Jani, président du conseil médical de l’hôpital Brugmann.

 

Un réseau qui met du temps à se créer

Le professeur Vincent Ninane, président du conseil médical de l’hôpital Saint Pierre, ne dit pas autre chose: "Un réseau de cette ampleur compliquerait la gestion quotidienne. Et mélangerait des acteurs dont l’ADN est sensiblement différente. Le public n’est pas le privé. On s’occupe tous de la même chose, à savoir la santé des patients, mais pas toujours de la même façon".

Selon lui, ce projet est d’ailleurs bien trop complexe. "Pour preuve, c’est le seul toujours non finalisé. Et on parle même de le sous-diviser en 3. Expliquez-moi la logique de tout rassembler en un pour après le fragmenter encore plus".

Plusieurs médecins d’autres institutions seraient également d’accord avec les critiques formulées par leurs collègues de Brugmann et Saint Pierre.

 

"La pression politique dans ce dossier est titanesque"

La concertation entre les différents acteurs se serait d’ailleurs terminée hier soir dans une ambiance morose. "On tente de nous faire croire qu’on suit notre avis. Ce qui est archi-faux. Sur les derniers mois, nous avons eu sept grosses réunions et les lignes n’ont pas vraiment bougé d’un pouce. On est en plein dans une pièce de théâtre et on n’envisage pas d’autres options. Or, la loi prévoyait bien la création de 25 réseaux", souligne Jacques Jani.

"Et les politiques nous disent qu’il n’est pas concevable de séparer les hôpitaux publics bruxellois en 2 réseaux alors que dans les faits, cette séparation a déjà eu lieu", abonde Vincent Ninane.

Les différents intervenants réclament désormais de recevoir un texte précis et définitif afin de pouvoir acter leur position officielle. Même s’ils ne semblent guère optimistes. "On sent que la pression politique est immense, intense. On tente de balayer l’avis des médecins. Tout est cadenassé", affirme Jacques Jani.

 

Une manifestation ce jeudi avant une grève en juillet ?

Une décision est normalement attendue pour la fin juin. Si elle ne recueille pas l’assentiment des médecins, ceux-ci se disent prêts à s’engager dans un mouvement de grève "intelligent" dès le 1er juillet. Une action symbolique est dans tous les cas déjà prévue ce jeudi devant l’hôpital Saint Pierre. Un premier acte qui pourrait donc être annonciateur d’autres turbulences si la situation ne change pas.

Si la procédure de fusion en un seul réseau devait aboutir, les intervenants rencontrés n'excluent pas de saisir le Conseil d'Etat et de solliciter le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke pour qu'il se saisisse du dossier.

NB : Nous avons tenté, sans succès, de joindre le cabinet du bourgmestre de Bruxelles.

 

Romuald La Morté

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