28.05.21
08:59

Le cas Marc Van Ranst

Le virologue Marc Van Ranst, menacé de mort, dégaine les commentaires et les tweets comme Lucky Luke joue de la gâchette. Il est allé titiller et provoquer les partisans de Jürgen Conings jusque dans leur tanière. Alors que les services de sécurité font  tout pour le protéger. Explications avec Martin Buxant dans La Matinale. 

Marc Van Ranst est partout, sur tous les réseaux sociaux, alors qu’il ne devrait être nulle part et se cacher. Menacé de mort et mis à l’abri dans une résidence secrète, protégé par toutes les polices de Belgique, il est plus présent que jamais dans le débat public et sur les réseaux sociaux.

Préambule à cette chronique : évidemment, qu’il est une victime et que les menaces de mort à son encontre sont complètement inadmissibles… Il n’en reste pas moins qu’il est particulier de le voir intervenir à tout bout de champ et sur tous les sujets depuis sa cachette secrète. 

Pour poser le personnage, virologue à la KUL et ultra-populaire en Flandre car archi-médiatique, plaçons que Marc Van Ranst n’a jamais eu sa langue en poche. Il est très, très, assertif peu importe le domaine sur lequel il s’exprime. Et c’est là que les choses peuvent devenir étonnantes. Van Ranst qui s’exprime évidemment très souvent également via les réseaux sociaux, Twitter notamment, ne se contente pas de donner son avis sur le virus et son développement – là où se trouve son champ d’expertise.

Ses tweets rageurs s’en prennent fréquemment à l’extrême droite, voire aux politiques qu’il juge à côté de la plaque. Il ne se contente pas de commenter la politique sanitaire mais délivre des opinions en matière politique, sur le sport ou encore sur la chasse à l’homme en cours pour retrouver l’auteur des menaces de mort à son encontre. Marc Van Ranst est à Twitter ce que Lucky Luke est au revolver, il dégaine ses tweets plus vite que son ombre.

 

"Ce n’est pas  parce que je suis caché que je dois me taire", a-t-il d’ailleurs tweeté hier. Et l’affaire prend une autre dimension depuis ce jeudi. Marc Van Ranst a en effet trouvé un nouveau terrain de jeu: Telegram. Alors qu’est-ce que c’est Telegram? C’est une messagerie sécurisée – une sorte de WhatsApp mais avec davantage de barrières cryptées – qui fonctionne donc avec des groupes de discussion. Van Ranst a intégré le groupe de soutien à Jürgen Conings qui compte plus d’un millier de membres. Et qu’a fait Van Ranst? Il s’est moqué des participants à ce forum en leur expliquant notamment combien ils étaient bêtes, étant donné le nombre de fautes d’orthographe qu’ils commettaient dans leurs différents messages.

 

C’est drôle mais c’est évidemment très dangereux. C’est cocasse parce qu’on imagine la tête de ces militants d’extrême droite confrontés à l’homme qu’il détestent le plus, mais c’est dangereux parce que cette provocation à bon compte ne fait évidemment que les remonter davantage contre lui, voire contre d’autres cibles potentielles. Et c’est là que le bât blesse: hier, une source des services de sécurité nous indiquait combien leur crainte était de voir émerger des copycats. C'est-à-dire des imitateurs, admirateurs de Conings qui eux aussi se mettraient à menacer de mort des virologues ou autres. Il est imaginable que les blagues de Marc Van Ranst soient de nature à les encourager. Lui se défend encore une fois en indiquant que la liberté d’expression ne lui a pas été ôtée quand on l’a mis dans sa cachette secrète.

 

D’autant que Jürgen Conings demeure introuvable. C’est l’autre volet du jour: le militaire d’extrême droite reste complètement invisible et introuvable. Les secondes fouilles dans le parc de Haute Campine, hier, se sont soldées par un échec malgré les moyens déployés. Le parquet fédéral, qui coordonne les recherches, a indiqué hier qu’il ne pensait pas que Jürgen Conings soit décédé et qu’on recherchait un militaire vivant, mais en disant cela, on laisse quand même flotter l’hypothèse que Conings est aux abonnés absents pour une longue durée et qu’on risque de ne jamais le retrouver…

Partager cet article