26.05.21
12:31

"Pas au courant": Dedonder s'explique en commission

La ministre de la Défense est sous pression ce mercredi en commission Défense. Elle s'est expliquée sur les ratés dans le suivi du militaire en fuite Jürgen Conings, toujours dans la nature. Et ce qui ressort, c'est la circulation défaillante des informations entre les différents services. Ce qui n'a pas manqué de provoquer la surprise chez les députés.

Dossier très chaud en commission Défense aujourd'hui. La ministre compétente Ludivine Dedonder a répondu aux questions brûlantes des députés sur l'affaire Jürgen Conings et son suivi. Des nouveaux éléments démontrent que le militaire en cavale n'était pas un inconnu des services de renseignements.

"Jürgen Conings fait partie des 28 militaires fichés mais je n'étais pas au courant de son inscription sur la liste de l'OCAM (Organe de coordination pour l'analyse de la menace)," a -t-elle affirmé, ajoutant que c'était le "premier et seul militaire sur la liste."

Les 27 autres militaires sont actuellement fichés pour sympathie avec l'extrême droite mais pas pour violences. Onze d'entre eux se sont néanmoins vus retirer leur habilitation sécurité et d'autres devraient suivre prochainement.

"Une plainte pour racisme a été classée sans suite par le parquet en 2020," a rappelé la ministre. Une peine disciplinaire de quatre jours d’arrêt lui a été infligée en 2020 et il a été muté la même année dans une fonction de support.

"Après les menaces à l'encontre de Marc Van Ranst, une enquête a été ouverte mais nous ne disposions pas des informations du pouvoir judiciaire. Le SGRS (Service général du renseignement et de la sécurité) a retiré en août 2020 son habilitation de sécurité suite aux menaces sur Facebook, avant le retrait effectif en novembre 2020. L'information sur le fichage de Conings a été transmise par l'OCAM au SGRS le 17 février 2021, qui a traité l'info mais sans la remonter plus haut alors que Conings était déjà classé au niveau 3 de menace en 2020." Le chef du SGRS dit ne pas en avoir été informé.

"Je ne sais pas pourquoi le SGRS n'a pas réagi. Les informations concernant un projet d'attentat visant une mosquée ont été traitées par le SGRS mais mon cabinet n'en n'avait pas connaissance. La circulation de l'information a été lacunaire, en ce compris que Jürgen Conings était fiché par l'OCAM. Le SGRS aurait dû ajuster les mesures prises et réévaluer les décisions. C'est une situation anormale qui ne peut pas se reproduire."

 

Le vol des armes

Concernant le vol d'armes, un rapport intermédiaire a été fourni hier soir, a déclaré Ludivine Dedonder. "Conings était un collaborateur logistique et donc responsable de la préparation logistique des séances de tirs. Il avait donc accès à l'armurerie et aux dépôts de munitions. Conings a récupéré les munitions avec un véhicule militaire puis les a transférés dans son véhicule propre. Il a abusé de la confiance d'un militaire présent. Le lendemain, le vol a été constaté."

"Il faut prendre des mesures pour un meilleur contrôle et équiper les armureries de caméras de surveillance. Le rapport de l'Inspection générale est attendu pour le 15 juin. Une enquête judiciaire devra éclaircir le vol et une enquête interne vérifier la procédure pour les personnes soupçonnées d'extrémisme et violence. Pouvoir réorienter des personnes et les suivre de près, sans accès aux armes ni lieux sensibles."

"Soyez rassurés. L'État-major pourra adapter ou proposer des mesures pour les militaires listés. Cela dépendra de chaque cas individuel. S'il s'agit d'infractions pénales avérées, il faut la démission d'office. Ce qui se passe sur les médias sociaux est inquiétant et j'ai demandé au SGRS de suivre cela de près (notamment les groupes de soutien, ndlr). Je veux un screening pour les militaires et les civils pour l'accès aux armes et aux sites dangereux, durant toute la carrière. Il y a déjà des mesures prises. Et une enquête interne à la Défense, ainsi qu'une enquête externe par le Comité R pour le 30 juin".

La ministre et la hiérarchie militaire vont travailler à une réforme de la procédure disciplinaire.

 

Le patron du SGRS auditionné?

Les députés se sont montrés interloqués par les réponses de la ministre de la Défense, jugeant très interpellants le manque d'informations dont elle disposait, et le déficit de circulation de l'information entre les services de renseignement. La N-VA réclame par ailleurs l'audition du patron du SGRS.

 

Signalons encore que pour le "coût" des importantes opérations de recherche, Ludivine Dedonder affirme qu'il n'est pas encore connu mais qu'on "fait cela pour sauver des vies. La Défense collabore pleinement avec la police et le pays reste au niveau 2 de la menace." Elle a également tenu à préciser qu'il n'y avait pas de "permis de tuer" Jürgen Conings, en référence à ce qu'on peut lire sur les réseaux sociaux.

 

Romuald La Morté

Partager cet article

Partager cet article

En lien avec l'article