26.05.21
07:19

Des militaires radicalisés étaient affectés au Parlement

Selon nos informations, deux membres de la police militaire, fichés comme radicalisés à l’extrême droite par nos services de renseignement, étaient affectés à la surveillance du Parlement fédéral et du Parlement wallon.

C’est une information pour le moins embarrassante que nous exposons ce matin. Cela pourrait être intitulé “La suite des aventures de la 7e compagnie en Belgique”, sauf qu’à ce stade de l’incompétence, cela ne fait plus rire grand-monde.

Rétroactes: on a un militaire fiché par les services de renseignement comme radicalisé, à l’extrême droite -Jürgen Conings-, qui a pu s’emparer d’armes et, notamment, de lance roquette dans un dépôt de l’armée où il était instructeur. On a une partie de cache-cache géant qui mobilise des centaines de policiers et de militaires depuis une semaine pour retrouver ledit Conings qui se solde jusqu’ici par un fiasco. Mais, accrochez-vous, voici donc le nouvel épisode: des militaires suivis par nos services de renseignements et fichés comme proches de l'extrême-droite étaient affectés à la protection de nos parlementaires…

L’information  confidentielle a été révélée, hier mardi, dans une réunion où siégeaient quelques parlementaires, la présidente du Parlement ainsi que des représentants des services de renseignements. Il apparaît, selon nos informations, que deux militaires, en fait deux MP, c’est la police militaire, celle qui est chargée de la protection de certaines institutions et endroits sensibles, deux MP étaient fichés par les services de renseignement pour leur proximité avec l’extrême droite.

Or ces deux policiers militaires étaient affectés à la surveillance et la protection du Parlement fédéral et du Parlement wallon. Une enquête a été ouverte à la demande de la présidente du Parlement fédéral Eliane Tillieux. Nul doute qu'à Namur, le président du Parlement wallon Jean-Claude Marcourt voudra également faire la lumière là-dessus.

À ce stade, on ne dispose pas d’information sur la longueur de l’affectation auprès des députés de ces militaires fichés par les renseignements. Quand sont-ils entrés en charge? Quand ont-ils été sortis de charge? Quelles étaient leurs missions précises auprès des parlementaires? Autant de questions auxquelles il va falloir des réponses sous peine de miner encore davantage la crédibilité de la Défense.

Il est, cependant, difficile de pointer clairement une responsabilité. Il semblerait à chaque fois que l’Ocam et les services de renseignement effectuent un suivi valable des personnes radicalisées, mais que ce suivi bute sur une non décision de réaffectation ou sur une mauvaise réaffectation – comme ce fut le cas avec Jürgen Conings envoyé comme logisticien dans des dépôts militaires. Il faut rappeler que lui aussi était MP, policier militaire auparavant. Dans le cas des militaires radicalisés affectés au Parlement fédéral et au Parlement wallon, il faut également attendre des précisions sur la période: était-ce Philippe Goffin qui était ministre de la Défense ou déjà sa remplaçante Ludivine Dedonder, actuellement en poste? Contactée par nos soins, la ministre de la Défense n'a pas souhaité infirmer ou confirmer cette information. Une enquête a toutefois été ouverte, à la demande d'Eliane Tillieux, présidente de la Chambre

Une commission parlementaire Défense doit avoir lieu ce mercredi matin. En tout état de cause, laisser des militaires fichés extrême droite dans un Parlement, centre névralgique de la démocratie, où toutes les opinions s’expriment, c’est comme laisser courir des renards dans un poulailler. Ça ne se termine généralement pas bien. 

 

Martin Buxant

 

Partager cet article

En lien avec l'article