20.05.21
15:33

"Jurgen Conings aurait dû ne plus avoir accès à des armes"

Jurgen Conings, 46 ans, soupçonné de vouloir s'en prendre à l'Etat belge et au virologue Marc Van Ranst, reste introuvable depuis la découverte mardi en fin d'après-midi de sa voiture en bordure d'un parc national dans la province néerlandophone du Limbourg. Il pourrait s'être retranché dans le parc national de la Haute Campine, vaste espace de 12.000 hectares de forêts et de landes, où depuis mercredi quelque 300 policiers et militaires ont été déployés pour le traquer. Les recherches se concentrent notamment près de lieu où a été retrouvé le 4X4 du militaire de carrière.

Le Premier ministre et la ministre de la Défense ont répondu aux questions des députés à ce sujet à la Chambre ce jeudi. 

"Les services de sécurité ont d'emblée pris cette situation très au sérieux," a indiqué Alexander De Croo. "Le dossier a été fédéralisé, l'enquête est aujourd'hui dans les mains du procureur fédéral. Actuellement plus de 400 personnes sont en train de balayer les lieux pour essayer de résoudre cette situation dangereuse."

"Les premières analyses discutées au sein du CNS ce matin," a poursuivi le Premier, "démontrent que depuis le 17 février de cette année, cette personne figurait dans la liste de l'OCAM. La mission pour la Défense est interne: les procédures internes et les contrôles internes doivent absolument être durcis. Il est inacceptable que quelqu'un qui est considéré par les services de sécurité comme potentiellement dangereux puisse avoir un accès libre à des armes. Pour quelqu'un qui est fiché, c'est inacceptable et nous attendons que la Défense puisse prendre des actions rapidement."

 

"La menace d'extrême droite de plus en plus présente"

"Nous restons vigilants et la liste de l'OCAM est une manière de cartographier d'où vient la menace dans notre pays. La liste des loups solitaires a été rédigée au départ pour cartographier la menace djihadiste mais depuis quelques années, nous constatons également une menace du côté de l'extrême droite. L'OCAM confirme qu'aujourd'hui, un militaire professionnel se trouvait sur cette liste. Cette liste contient de plus en plus de noms d'extrême droite. De manière plus générale, outre la menace djihadiste, la menace d'extrême droite, et d'extrême gauche, est de plus en plus présente dans notre pays."

 

"Que ce soit très clair, dans notre société, il n'y a pas de place pour les discours haineux. Appeler à la haine et à la violence, c'est quelque chose d'inacceptable. Qu'il s'agisse de virologue, de scientifique, d'adversaire politique... C'est punissable par la loi et c'est quelque chose que la société ne peut jamais accepter. Nous ne pouvons pas le tolérer et certainement pas au coeur de nos services de sécurité."

 

"Il aurait dû ne plus avoir accès à des armes"

A la suite du Premier ministre, la ministre de la Défense Ludivine Dedonder (PS) a pris à son tour la parole. "Jurgen Conings est militaire depuis 1992. Jusqu'en 2019, il a mené une carrière sans histoire comme fusilier et sniper. Il a été déployé en opération, il a ensuite intégré la police militaire. Depuis 2019, il a été repéré pour sa proximité avec les mouvements d'extrême droite. Il a tenu des propos racistes sur Facebook. Et l’Etat-major a alors réagi en portant plainte auprès de la police. Lorsque le dossier a été classé sans suite par le parquet, quatre jours d’arrêt simple lui ont été infligés. En juin 2020, il a été muté dans une fonction de support, en appui des instructeurs en charge des missions à l’étranger. Il avait accès à des armes et munitions pour les mettre à disposition des militaires qui étaient formés. En 2020 toujours, son habilitation de sécurité lui a été retirée pour des menaces proférées sur Facebook."

 

"L'individu était donc suivi et une enquête approfondie était en cours. Des mesures avaient été prises. Plainte pénale, sanction disciplinaire, retrait de son habilitation  Mais force est de constater que ça n'a pas suffi. Jusqu'aux événements de ces derniers jours, son comportement n'avait par contre plus été jugé problématique par sa hiérarchie. Il n’est pas acceptable que ce type d’individus ait accès à des armes. Dès que ces comportements sont apparus, il aurait dû ne plus avoir accès à des armes et faire l’objet d’un suivi plus strict par sa hiérarchie militaire. Une organisation qui est responsable de la protection de notre pays et de sa population doit être à même, à tout moment, de réaliser ces processus internes sans faire de compromis. Cette évolution récente démontre qu'il n'y a plus de cadre étanche au niveau de la sécurité."

 

"J'hérite du chaos"

"Je suis résolue à agir fermement, comme je l’ai déjà fait à l’égard de militaires ou d’anciens militaires, qui sont injurieux, racistes, ou sexistes sur les réseaux sociaux, ou qui bafouent l’uniforme en l'utilisant à des fins politiques Il n'y a pas de place à la Défense pour les extrémistes et les fascistes. A court terme, des mesures strictes seront prises, comme des interdictions d’accès à certains quartiers ou aux chambres d’armes, des suspensions et des licenciements. Ces contrôles ne suffisent plus et j'étudie depuis plusieurs semaines une modification de la loi sur les habilitations de sécurité et des règles sur le screening des candidats militaires. Je souhaite pouvoir multiplier les vérifications tout au long de la carrière des militaires. On étudiera la possibilité de lier ces screenings à l'accès aux armes et matériel dangereux."

"Je ne veux pas non plus que le travail dur et la réputation des milliers d'autres militaires soient compromis par quelques individus qui n'ont pas leur place à la Défense. Plusieurs enquêtes internes sont en cours par rapport à ce qui s'est passé. L'inspection a également lancé une enquête indépendante."

En réponse au député N-VA Peter Buysrogge qui mettait en cause sa responsabilité, Ludivine Dedonder a conclu en affirmant "j'hérite du chaos. Oui, mais du chaos dont vous êtes à l'origine. Par votre désinvestissement dans ce département. Pour avoir fermé les yeux, atténué la norme, accepté ce qui n'était pas acceptable. Pour avoir alimenté depuis des années le populisme et la haine de l'autre. Ce type d'invididus, avec ce gouvernement, n'aura plus sa place à la Défense."

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