07.05.21
08:01

Liège Airport, nid d’espions?

La sûreté de l’Etat a confirmé qu’elle soupçonnait Alibaba, le géant chinois du commerce en ligne, d’espionnage via ses installations à l'aéroport de Liège.

 Liège Airport est bien connu – notamment – pour son activité cargo et de fret en plein développement. L’aéroport est bien connu aussi pour accueillir le tout gros hub européen du géant chinois de la vente en ligne Alibaba. Alibaba, c’est le Amazon chinois: une société tentaculaire qui dispose également de filiales financières pesant 700 milliards d’euros, un vrai poids lourd. Et Alibaba termine la construction de ses 30.000 mètres carrés de son hub logistique européen à Liège Airport…

Mais, chaque médaille a son revers… Ici, les Belges viennent de découvrir l’eau chaude. Ils viennent, rendez vous compte, de découvrir que les Chinois ne sont pas si désintéressés que cela et qu’ils pratiquent potentiellement  de l’espionnage via la société Alibaba… Quelle surprise… de la part d’une entreprise venant d’un pays ou c’est le Parti communiste qui régente et dirige tout, a une vue sur tout et  - de surcroît - engagé dans une compétition économique, diplomatique, voire militaire, exacerbée avec le reste du monde…

Ici, donc, on a découvert que Alibaba était, potentiellement, un acteur, un instrument dans l’arsenal d’espionnage chinois et on l’a accueilli à bras ouverts à l'aéroport de Liège…

C’est le député ecolo Samuel Cogolati qui une fois encore a pris Pékin dans son collimateur. Lui qui a déjà été sanctionné par la Chine, -il ne peut plus se rendre sur place-, pour son travail au Parlement en faveur de la minorité ouïgoure, Cogolati ne lâche pas l’affaire chinoise, puisqu’en se basant sur une enquête du FT qui révélait la porosité entre Alibaba et l’Etat Chinois, il a interrogé au Parlement Vincent Van Quickenborne, notre ministre de la Justice, qui a la tutelle sur la sûreté de l’Etat. Il confirme que la sûreté de l’Etat a bien la situation dans son périscope et suit de très près le déploiement d’Alibaba à Liège, pour plusieurs raisons.

D’abord, parce qu’il y a une perméabilité totale entre Alibaba et l’Etat chinois, comme on l’a dit, et cela se traduit notamment par un transfert des données des clients de la société  vers les autorités chinoises. Un article de la Loi chinoise stipule que l’Etat chinois peut collecter et disposer des données de tous les clients qui transitent par le plateforme en ligne, et cela fait beaucoup de données et c’est très utile pour le profilage.

Secundo, Alibaba est tenu d’accepter des « collaborateurs » chinois dans ses équipes, ce qui veut dire des espions chinois potentiellement dans les zones sécurisées de l’aéroport de Liège. Ça pose évidemment beaucoup  de questions pour les autorités aéroportuaires de Liège Airport, et on se demande évidemment dans quelle mesure elles ont fermé les yeux la dessus.

Samuel Cogolati, lui-même Liégeois, enfin Huttois, ne peut donc pas être accusé d'être anti- liégeois. Alors, il est cité ce matin dans Le Soir et dans L’Echo sur cette affaire. Il dit ceci :

“le modèle Alibaba représente une menace pour les droits et les données personnelles des Belges, mais aussi des Européens et autres populations. L’idée n’est pas de jouer le jeu d’une guerre froide des superpuissances du numérique. Car peu importe qu’il soit chinois ou américain, nous devons refuser l’impérialisme numérique et investir dans le contrôle démocratique et public du numérique chez nous, sans sacrifier nos libertés fondamentales sur l’autel de l’e-commerce”. 

Bim. Avouez, ça claque. En attendant, silence, on espionne.


Martin Buxant

 

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