30.04.21
13:10

Guerre ouverte entre Spotify et Apple

Le géant américain Apple, accusé vendredi par l'UE d'avoir "abusé de sa position dominante" sur le marché de la musique en ligne, a estimé que son rival Spotify voulait profiter des atouts de sa boutique d'applications App Store "sans payer".

Spotify, qui avait porté plainte devant l'UE, "veut tous les avantages de l'App Store mais ne pense pas qu'il doive payer quoi que ce soit pour ça", s'est justifié le groupe californien dans un communiqué, jugeant les arguments de Bruxelles "contraires à une concurrence équitable". Le géant suédois paye à Apple "une commission de 15% sur les abonnements souscrits par l'App Store" et concernant l'interdiction de publicité pour des offres alternatives, "aucune boutique (d'applications) dans le monde n'autorise cette pratique", argumente l'entreprise à la pomme.

 

L'UE accuse Apple d'abus de position dominante

L'UE estime que le géant américain Apple a "faussé la concurrence" sur le marché de la musique en ligne, en "abusant de sa position dominante" pour évincer ses rivaux, selon un communiqué de la Commission européenne publié vendredi.

Bruxelles avait ouvert une enquête à la suite d'une plainte de la société suédoise Spotify accusant l'entreprise de Cupertino d'utiliser son App Store de manière déloyale pour promouvoir sa propre application Apple Music. Dans cet "avis préliminaire" transmis au groupe californien, la Commission critique l'obligation imposée aux développeurs d'applications de musique en ligne de recourir au système de paiement d'Apple, condition sine qua non pour que leurs services soient accessibles dans la boutique App Store du groupe.

De même, Bruxelles se dit "préoccupé" par le fait qu'Apple soumet les développeurs d'applications à des "restrictions les empêchant d'informer les utilisateurs des (smartphones) iPhone et (tablettes) iPad d'alternatives potentielles moins chères".

"En fixant des règles strictes sur l'App Store qui désavantagent les services concurrents de musique en ligne, Apple prive les utilisateurs d'alternatives moins onéreuses et fausse la concurrence. Elle le fait en prélevant des commissions élevées sur chaque transaction effectuée via les applications rivales", souligne la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager.

 

Rébellion croissante

Dans sa plainte déposée en 2019, Spotify reproche à Apple d'imposer un droit de 30% aux services de musique en ligne qui vendent leur abonnement via sa boutique, ce qui constitue, selon la société suédoise, une violation des règles de concurrence loyale.

Apple aura l'occasion de défendre sa position, mais aussi de proposer des réponses aux reproches formulés, avant que l'UE ne rende un verdict final, pouvant aller jusqu'à des amendes ou à l'obligation de changer certaines de ses règles.

Apple a pour sa part renvoyé à une déclaration de 2019 soulignant que son App Store avait aidé Spotify à devenir le plus grand service de streaming musical en Europe.

Le groupe technologique est confronté à la rébellion croissante d'entreprises du monde entier face aux conditions d'utilisation de l'App Store, sa plateforme de téléchargement de logiciels pour ses terminaux informatiques et mobiles. Les autorités de la concurrence américaine, britannique et sud-coréenne, s'intéressent également à la question.

Cette affaire intervient au moment où Apple se prépare à une bataille épique avec Facebook sur sa nouvelle politique visant à mieux protéger les données personnelles des utilisateurs d'iPhone.

L'affaire est une des quatre ouvertes l'année passée par la Commission européenne contre Apple. 

 

Rare bénéfice pour Spotify

Spotify avait annoncé mercredi un rare bénéfice net au premier trimestre mais déçu sur la hausse de son portefeuille d'abonnés après une année 2020 en trombe, ce qui lui a valu de dévisser en Bourse. Au premier trimestre, Spotify, basé à Stockholm mais coté à New York, est passé dans le vert avec un petit bénéfice net de 23 millions d'euros, contre un million un an plus tôt, grâce à l'effet paradoxal de la récente baisse de son action qui réduit ses charges de rémunération.

Fin mars, le nombre d'utilisateurs a atteint un total de 356 millions, avec une hausse de 21% du nombre d'abonnés payants sur un an, à 158 millions, dans la fourchette haute des prévisions du groupe et proche des attentes des analystes.

Pour autant, le PDG Daniel Ek a reconnu, lors d'une interview à la chaîne américaine CNBC, que la progression était "un peu plus faible" que prévue par le groupe. Pour lui, cela tient d'abord au contrecoup de l'accélération enregistrée en 2020, avec un gain net de 31 millions d'abonnés payants,(+24%). Du fait de l'effet persistant de la crise du coronavirus, "certains des marchés où nous enregistrons habituellement une forte croissance sont encore en phase de rétablissement", a expliqué Daniel Ek, les données montrant un ralentissement en Europe et en Amérique latine. Le marché a surtout retenu ce chiffre en demi-teinte de la publication trimestrielle et sanctionné le titre, qui perdait 8,88% à 266,90 dollars vers 16H10 GMT au Nasdaq.

Au deuxième trimestre, Spotify prévoit de gagner entre 4 et 8 millions d'abonnés payants en net et entre 10 et 17 millions d'utilisateurs actifs, ce qui le rapprocherait du seuil symbolique de 400 millions, qui pourrait être franchi avant la fin de l'année (entre 402 et 422 millions attendus fin 2021).

Le chiffre d'affaires a lui progressé de 16% sur un an, à 2,15 milliards d'euros, indique la plateforme audio dans son rapport trimestriel. Il provient à 90% par les abonnés payants, pour seulement 10% pour les utilisateurs du service diffusant des publicités.

En février, le groupe suédois a annoncé son lancement dans plus de 80 nouveaux pays réunissant un milliard d'habitants, dont des pays très peuplés comme le Nigeria, le Pakistan ou le Bangladesh. Ces lancements ont porté sa présence à la très grande majorité des pays du monde - près de 170. "Nous sommes satisfaits des contributions des nouveaux marchés, la Corée du Sud étant le moteur principal", a souligné Spotify mercredi.

La plateforme investit également massivement dans le podcast, avec plusieurs acquisitions dont l'américain Megaphone et plusieurs lancements de prestige, dont une série d'émissions réunissant l'ancien président Barack Obama et le géant du rock américain Bruce Springsteen.

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