16.04.21
08:05

Des politiques hors-la-loi face aux juges

Une ouverture des terrasses est prévue le 8 mai, mais cela ne plaît pas vraiment au secteur et à plusieurs bourgmestres qui se sont hier fait rappeler officiellement à l’ordre.

C’est d’abord le procureur du Roi de Liège qui est sorti du bois. En envoyant une missive au bourgmestre Willy Demeyer et à son chef de corps pour lui rappeler les règles.

Non, l’autorité administrative n’est pas seule juge, l’unique garante de l’ordre public. Car la communication du maïeur liégeois avait semé le trouble, l’embrouille sur l’application de l’arrêté ministériel et des sanctions.

Et cette fièvre de la Cité Ardente a rapidement contaminé toutes les zones du pays, de Namur à Middelkerke. D’édiles locaux qui sentent le pouls, la température de leurs villes et craignent des échauffourées, actions clandestines ou émeutes. Ils préfèrent ainsi fermer les yeux en encourageant les citoyens à commettre des infractions pénales.

Mais le Collègue des Procureurs généraux n’a pas tardé à réagir. Il a remis l’église, la mosquée, la synagogue, le tribunal, ce que vous voulez, au milieu du village. Face à des restaurateurs obstinés à ouvrir et des bourgmestres pas prêts à prendre les mesures, nécessaires pour faire respecter la loi, et cela reste la loi, aussi déplaisante soit-elle, il a tenu à rappeler ses prérogatives.

Oui le pouvoir judiciaire peut poursuivre de sa propre initiative les infractions, poursuites et transactions. C’est la mission du service public. De décider qui est verbalisé. Et depuis le début de la crise Corona, les infractions Covid-19 représentent une priorité pour les parquets…Au nom de la lutte collective contre l’épidémie.

Quels risques pour les personnes qui n’obéiraient pas ?

750 euros d’amendes et 250 pour les clients…si c’est la première infraction et 4.000 euros, pour l’organisateur, si c’est considéré comme un rassemblement illégal, avec la saisie des bénéfices des consommations et la fermeture de l’établissement.

Et c’est là que les choses se corsent. Les bourgmestres, responsables du maintien de l’ordre sur le territoire communal, accusent les procureurs de ne pas être attentifs aux risques de révoltes ou d’émeutes. Et on va se retrouver avec des chefs de corps pour la police, pris le popotin, pour parler correctement de bon matin, entre 2 chaises.

Entre les directives du bourgmestre et du procureur, il faudra choisir. Et le choix sera, en théorie, simple : le procureur du roi a un pouvoir d’injonction, en gros c’est lui le boss. Imaginez, ce serait inédit, le gouverneur pourrait réquisitionner la police.

Pendant ce temps, l’état fédéral ne dévie pas de sa ligne de conduite pas d’un iota. Stoïque.

De Croo, Verlinden, Vandenbroucke, à l’unisson, telle une chorale, appellent les communes à respecter les règles. De garder son sang-froid. De tenir, pour vacciner 500.000 personnes supplémentaires. De ne pas créer de nouveaux foyers épidémiques.  Le Ministre Wallon des Pouvoirs Locaux, Christophe Collignon, (PS) appelle à la concertation. "Le rôle d’un Bourgmestre n’est pas de jeter de l’huile sur le feu, ni de prôner la désobéissance civile".

Sinon ce sera le Far-West…reste à voir qui in fine dégainera le premier.

 

Romuald La Morté

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