08.04.21
20:41

#Sofagate: "J’ai rembobiné 150 fois dans ma tête": après l'affront, les explications de Charles Michel

La diplomatie a-t-elle pris le pas sur l'humain lors de la réunion des présidents des institutions de l'UE avec le président Erdogan? Charles Michel, président du Conseil européen revient en détail sur cet incident.

Un affront infligé à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, par le protocole en retrait sur un divan lors de la réunion des présidents des institutions de l'UE avec le président turc Erdogan a provoqué une polémique et beaucoup de ressentiment à Bruxelles.

La scène a été filmée et largement diffusée sur les réseaux sociaux. Sous le hashtag #Sofagate, elle a suscité de nombreux commentaires sur l'inégalité de traitement entre les deux chefs des institutions européennes, et son caractère sexiste.

"En termes d'images, le résultat est abominable pour Charles Michel", a reconnu un responsable européen.

Dans un entretien exclusif LN24, Charles Michel, le président du Conseil européen est revenu sur cet incident diplomatique. 

"J'aimerais beaucoup rembobiner et veiller à ce qu'il n'y ait aucune ambiguïté (...) mais j'avais la conviction que réagir aurait créé des dégâts bien plus graves sur nos relations diplomatiques avec la Turquie", déclare le président du Conseil européen.

"Cela aurait détruit nos chances d'avoir une relation moins négative avec la Turquie" se défend-il, en pointant du doigt les enjeux de lutte contre le terrorisme, de politiques économiques et migratoires, qui se jouaient lors de cette réunion.  

"Je voudrais que l'on mesure la perspective plus générale de ce moment politique dans l'histoire des relations entre l'Europe et la Turquie" ajoute Charles Michel. Pour lui, le "Sofagate" a occulté les enjeux majeurs de la réunion entre les présidents de l'UE et le président turc. 

En effet, après plus d'une année de tension, turcs et européens doivent encore régler un certain nombre de conflits portant entre autres sur la frontière maritime gréco-turque en Méditerranée orientale et le rôle de la Turquie dans les conflits en Syrie et en Libye qui constituent des éléments-clés dans la régulation des flux migratoires et la lutte anti terroriste. 

"L'instabilité diplomatique est une menace et le rôle clé de la Turquie en Libye a des effets très clairs sur l'Union européenne" déclare Charles Michel. 

À l'issue de cette rencontre, les dirigeants européens ont demandé des "gestes crédibles" et des "efforts durables" de la part d'Ankara et l'ont placé sous surveillance jusqu'au mois de juin tout en agitant la menace de sanctions.

Ils réclament du président turc des actes pour démontrer sa volonté d'apaisement, notamment en lien avec son contentieux en Méditerranée orientale avec la Grèce et de Chypre, le retrait de ses troupes de Libye et le respect des droits fondamentaux dans son pays. 

Pour rappel, la Turquie s'est retirée le mois dernier de la Convention d'Istanbul de 2011 qui oblige les gouvernements à adopter une législation réprimant la violence domestique et les abus similaires, y compris le viol conjugal et la mutilation génitale féminine.

La Turquie a également été pointée du doigt pour ne pas respecter la liberté d'expression et la liberté de la presse.

 

LN24 et AFP

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