02.04
11:12

Télétravail et port du masque: les normes sanitaires sont-elles respectées au Parlement de Wallonie?

Les tensions sont vives entre l’institution parlementaire wallonne et l’inspection sociale. En cause: un différend sur l’application du télétravail. En interne, plusieurs employés se plaignent d’un manque de respect des règles sanitaires.

Selon nos informations, le parlement de Wallonie a reçu il y a 3 semaines une visite de l’inspection sociale. Qui a dressé ce jeudi 1er avril, non ce n’est pas un poisson, un constat officiel d’infraction aux normes télétravail mises en application au sein de l’hémicycle. Pas d'amende, mais un avertissement officiel.

En cause, une interprétation différente et contestée de l’Arrêté Royal (pris le 18 avril 2020 pour la 1ère fois) sur les services essentiels à la Nation. Que dit cet arrêté publié au Moniteur belge? Il définit les services essentiels comme "les commerces, entreprises et services privés et publics qui sont nécessaires à la protection des besoins vitaux de la Nation et des besoins de la population – appartenant aux secteurs exécutif, législatif et judiciaire, de la santé, alimentaire, de l’accueil, scolaire, de la sécurité, des transports, des médias, énergétique et les services de collecte et de traitement des déchets."

 

Les services du parlement wallon sont-ils essentiels?

Pour plusieurs employés, le secrétaire général interprète erronément l’article de loi. Et invoque un VPN défaillant pour que certaines personnes viennent effectivement prester sur le lieu de travail. Une version réfutée de A à Z par le principal concerné: "Oui, il y a bien eu un contrôle il y a quelques semaines. On a reçu un avertissement et on nous a demandé de condamner un urinoir sur 2. Il y avait eu un oubli à ce niveau et nous l’avons immédiatement corrigé."

 

Et sur le respect du télétravail? "L’inspection sociale considère que nous ne sommes pas un secteur essentiel. J’en prends acte. Mais si vous lisez comme moi l’arrêté royal, il me semble que c’est pourtant suffisamment clair. Je ne suis donc pas d’accord avec cette interprétation et je l’ai fait savoir. L’inspection sociale fait son travail. Nous faisons le nôtre." Pour lui, pas d’inquiétude à avoir, même en cas de nouvelles visites. Et il en profite pour rajouter: "Vous savez, cela fait 10 ans que nous exerçons le télétravail au parlement". Mais impossible de savoir s’il a augmenté depuis le début de cette crise épidémiologique. Aucune statistique ne nous a été fournie.

 

Contacté par nos soins, Régis Dandoy, politologue à l’ULB, confirme bien que le parlement wallon est un service essentiel mais nuance directement le propos. "On peut considérer que l’arrêté royal est un peu flou à cet égard dans la définition des fonctions. Et donc surviennent des différences d’interprétation. Même si pour moi, il est acquis que le pouvoir législatif et ses services sont effectivement essentiels. Néanmoins, j’ai l’impression que plusieurs activités telles que la retranscription des débats et la gestion des archives par exemple, peuvent se faire à distance sans altérer la qualité du travail. Oui, cela prendra plus de temps, mais nous sommes dans une période exceptionnelle après tout. Il est possible de faire pas mal de choses en ligne désormais." D’ailleurs, rappelons que le télétravail (obligatoire dans les secteurs "non essentiels") est lui aussi vivement recommandé dans les services essentiels là où il est possible de l’appliquer. 

 

No comment à tous les étages

Apparemment au courant du problème, le bureau du parlement wallon (qui rassemble les chefs de groupe de la majorité) ne s’est pas ému de l’affaire. Un cadre de la majorité précise tout de même: "Oui, il y a bien eu une visite classique, il y a quelques semaines, sur le contrôle des règles Covid mais nous n’avons pas creusé plus loin vu le caractère routinier de la chose." 

Une personne bien placée dans l'hémicycle souligne "nous sommes les seuls dans cette crise à ne pas avoir perdu un seul euro. Il ne faut jamais l'oublier, nous devons souvent travailler dans l'urgence. Il est donc essentiel de pouvolir compter sur notre personnel."

Du côté de l’opposition, le ton est tout autre. Si on affirme ne pas être au courant de la problématique, on en profite pour dénoncer un manque récurrent de transparence de la part du pouvoir en place. "Le bureau du parlement wallon préfère tenir l’opposition à l’écart systématiquement. C’est très dur pour nous d’avoir accès aux informations", souligne Germain Mugemangango, chef de groupe PTB au parlement de Wallonie. 

 

Au cabinet de Pierre-Yves Dermagne (Ministre fédéral de l’Economie et du Travail, PS), qui a la tutelle sur les services d’inspection, on joue la prudence. "Nous ne savons pas si cette information est exacte. Et de toute manière, nous ne commentons jamais les actions menées par les services d’inspection." Même discours du côté du SIRS. "Je ne peux rien vous confirmer ni infirmer. Nous n’avons d’ailleurs pas pour habitude de commenter des dossiers en cours", fait remarquer sa porte-parole. 

 

Des règles sanitaires peu suivies ?

Mais le constat ne s’arrête pas là. D’autres reproches sont adressés aux services du greffe. Selon des membres du personnel, on parle de "normes de distanciation sociale pas toujours respectée, de repas servis aux parlementaires par les huissiers, de gel hydroalcoolique pas disponible à plusieurs endroits (près des photocopieuses, par exemple), de plusieurs personnes prenant l’ascenseur en même temps, de ventilateurs non conformes, de défaillances dans le port du masque..."

"Quand l’inspectrice est passée nous voir, le téléphone arabe a fonctionné entre les services, on nous a demandé de vite mettre le masque et d’aérer les locaux. Mais il faut savoir que le port du masque n’est pas obligatoire chez nous. Une note de service conseille de le porter, c’est même vivement recommandé, mais pas obligatoire", nous confie un proche des événements, sous couvert d’anonymat.

Un permanent syndical qui suit les événements de loin nous confie que le climat social serait délétère au sein de l’institution. "Plusieurs personnes sont venues me parler de cas de burn-out, de dépression. Une grosse pression serait mise sur le personnel."

 

"Il y a le sentiment et puis la réalité"

Face à ces allégations, le porte-parole du président du parlement, Jean Claude Marcourt (PS) affirme ne pas être au courant et renvoie au secrétaire général. Qui parle d’accusations infondées. "Depuis le mois de mars 2020, nous avons veillé à ce que tout un chacun dispose de protections suffisantes. 2 masques chirurgicaux sont offerts par jour à l’ensemble du personnel. Des panneaux d’affichage ont été placardés un peu partout pour le respect de la distanciation sociale. Nous avons aussi installé des cloisons dans les bureaux partagés. J’entends évidemment la perception négative que vous me rapportez et je respecte ce sentiment d’avoir peur d’aller travailler, mais au-delà de tout cela, il y a la réalité des faits. Et la visite de l’inspection sociale a confirmé le respect des protocoles mis en place."

Difficile dans ce genre d’histoires de déterminer à 100% le vrai du faux, entre les faits et les "bruits de couloir" mais cela fait tout de même mauvais genre dans les rangs d’une institution parlementaire censée incarner la valeur d’exemple.

 

R. La Morté

Partager cet article

En lien avec l'article