02.04.21
10:45

Pourquoi Marine Le Pen décide de quitter son parti?

La cheffe de file de l’extrême droite française Marine Le Pen a confirmé son prochain départ de la présidence de son parti, le Rassemblement National. Elle l’a annoncé hier, mais cela pourrait avoir lieu après l’été. Alors, pourquoi ce départ ? Ce n'est pas parce qu’elle arrête la politique, qu’elle renonce à une nouvelle présidentielle. Bien au contraire. Elle est déjà candidate et elle veut se débarrasser de l’étiquette Rassemblement national, tout en continuant à être soutenue par ce parti. Elle le justifie comme ça : “Avec une possibilité de victoire qui n’a jamais été aussi importante qu’aujourd’hui, je me dois d’être la candidate de tous ceux qui veulent mener le combat national"

Une décision qui suit sa logique de dédiabolisation. Ça fait 10 ans qu’elle préside ce parti d’extrême droite et qu’elle tente de changer son image, c’est qu’on a appelé la stratégie de dédiabolisation. Elle a d’ailleurs toujours refusé ce qualificatif d'extrême droite. Elle a cherché à gommer l’image raciste, effrayante du parti créé par son père, habitué des scandales, des phrases polémiques, négationniste, homophobe. Et pour adoucir cette image, par exemple, sur les affiches de campagne, elle employait de moins en moins le logo historique du parti, une flamme Bleu Blanc Rouge. Dans les manifs du Front, les crânes rasés aux croix gammées ont été priés de se faire plus discrets…Elle préférait s’afficher avec des chats sur son blog “Carnets d’espérances”, poser le regard doux au milieu d’une belle campagne. Mais, elle a vite compris que ça ne suffirait pas, qu’il ne fallait pas se limiter à son parti, qu’il fallait tenter de rassembler. En 2012, déja: durant la campagne des législative , elle crée le Rassemblement bleu Marine, elle associe différents partis et personnalités se réclamant patriotes. Et puis après son échec à la Présidentielle de 2017, elle change le nom : le Front national devient le Rassemblement national. Encore une fois le nom “rassemblement” revient, mais il ne suffit pas d’invoquer ce nom pour rassembler. Alors la suite logique: c’est de quitter le parti 

Cependant, cette stratégie risque de lui faire perdre ses soutiens de la première heure, les vrais frontistes. Sa marge de manœuvre est serrée. Elle doit rassurer quant à sa capacité à gouverner - ce qui lui a fait cruellement défaut la dernière fois -, tout en continuant à incarner la rupture avec le système. C’est son ”en même temps” à elle, et c’est toujours risqué de faire le grand écart, on risque le claquage. En se débarrassant de l’étiquette RN, en se montrant plus présidentielle, plus modérée, elle va affadir son discours et donc, démobiliser les plus extrêmes, tentés par l'abstention

Et d’un autre côté si elle ne change rien, elle ne dépassera pas son score de 2017 : 34 % des voix au second tour. C’est son plafond de verre. Mais ce dilemme, ce “en même temps”, elle commence à y être habitué. C’est pareil pour la crise du COVID: elle n’a pas nié la pandémie, comme certains homologues d'extrême droite à l’étranger. 

Elle peut même dire qu’elle est la première à avoir réclamé la fermeture des frontières. Mais dans certaines allusions, pour parler aux plus extrêmes, aux complotistes, elle regrette que l'hydroxychloroquine du Docteur Raoult ait été abandonné, elle s’abstient de prôner la vaccination. C’était la même chose avec les Gilets Jaunes: elle n’était pas descendue dans la rue avec les gilets jaunes pour ne pas être assimilée à leur débordement. Et en même temps, elle disait soutenir leurs revendications pour de meilleurs salaires, comprendre leurs discours anti-élites. 

Son programme va-t-il refléter cette stratégie du “en même temps”? Les points centraux du programme vont demeurer: immigration / insécurité / islamisme. Mais des inflexions seront faites sur des sujets économiques et sur l’Europe. Elle a déjà annoncé qu’elle renonçait à la sortie de l’Euro, à la sortie de la France des traités européens, à savoir le Frexit. En février dernier, elle a franchi un nouveau cap: elle a dit qu’elle rembourserait la dette publique, le plan de relance européen, si elle arrivait au pouvoir. Un véritable TOTEM idéologique. Mais toujours ce “en même temps”, elle annonce qu’elle remboursera tout ça sans hausse d'impôts et avec une retraite à 60 ans. On verra si elle tient ce grand écart encore pendant 13 mois.

 

Céline Martel

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