01.04.21
14:45

Lasse de jouer les faire-valoir, l'opposition française se rebiffe

Le divorce est consommé en France entre exécutif et oppositions, ulcérées d'être écartées de la gestion de l'épidémie. Gauche et droite ont boycotté jeudi le vote à l'Assemblée, et la "pratique solitaire" du pouvoir d'Emmanuel Macron est pointée jusque dans la majorité.

"Mascarade", "piétinement du Parlement", "humiliation": les oppositions ont tiré à boulets rouges, au lendemain des nouvelles restrictions annoncées à la télévision par le chef de l'Etat. Loin de "l'union nationale" vantée par le Modem Patrick Mignola, lors du premier confinement il y a un an. Et c'est sous les huées de la droite et de la gauche que le Premier ministre Jean Castex a justifié le nouveau tour de vis, avant un vote que les oppositions ont massivement boycotté.

"Nous ne sommes invités que pour vous acclamer", a ironisé Jean-Luc Mélenchon, chef de file des LFI. "Ce jour de chienlit est de trop", a-t-il tonné. Pour la présidente du RN Marine Le Pen, le gouvernement cherche "à diluer sa responsabilité" en demandant de le soutenir, ce qui est "indigne". 

Qui peut croire que ce débat à l'initiative du gouvernement n'est pas juste un "hochet tiré du coffre à jouets" pour "faire comme si on était une démocratie"? a interrogé le patron des députés communistes, André Chassaigne.

M. Castex, particulièrement remonté, s'est élevé en retour contre ceux "qui cherchent à tirer des avantages politiques d'un drame national". Il ne devrait pas recevoir meilleur accueil au Palais du Luxembourg dans l'après-midi. 

"Le Sénat n'est pas le greffier des décisions présidentielles. Arrêtons ce jeu qui fausse le jeu démocratique", a cinglé Bruno Retailleau, président des sénateurs LR qui boycotteront le vote. Les groupes PS, communiste et écolo n'y participeront pas non plus.

Il y a une semaine, un débat à l'Assemblée avec le gouvernement sur le "suivi de la crise sanitaire" avait déjà été qualifié de "grande farce" par le socialiste Boris Vallaud, deux mois après la fin abrupte d'une mission d'information sur le Covid-19. Le ressentiment s'accumule, en dépit d'un "comité de liaison" depuis décembre entre Matignon et les parlementaires.

 

"Hyperprésidence"

Sur fond de réquisitoire général contre la stratégie anti-Covid, les oppositions dénoncent une gestion de crise qui porte à son paroxysme "l'hyperprésidence" macronienne, avec un Conseil de défense omnipotent et un Parlement réduit à une "chambre d'enregistrement", selon le chef de file des députés LR Damien Abad.

A la tête des "marcheurs", Christophe Castaner a lui pointé "les critiques faciles, les fanatiques des théories du complot, qui font croire que le Conseil de défense dirigerait la France dans le plus grand des secrets".  "Depuis un an l'Assemblée nationale a été au rendez-vous, tout comme d'ailleurs, le gouvernement", a-t-il plaidé, estimant que les oppositions fuient devant "leur responsabilité: celle du vote".

Bon nombre de députés LREM estiment que l'opposition verse dans la caricature et ne souhaite pas vraiment être "dans la construction", selon l'un d'eux.  "On est associé, informé et on débat comme nulle part ailleurs dans le monde. Que la décision soit centralisée se comprend", défend Roland Lescure, porte-parole LREM.

Mais derrière le vote uni jeudi de la majorité, symbole de sa "cohésion" selon M. Castex, des voix dissonantes se font jour. "Tant qu'il n'y aura pas la proportionnelle, on n'aura pas de vie parlementaire digne de ce nom dans ce pays", grince Jean-Louis Bourlanges (MoDem), considérant le vote de jeudi comme "superflu et sans portée". "Je ne suis pas à l'aise avec la pratique verticale et solitaire du pouvoir. La personnalité du président est peut-être plus comme ça que je ne l'imaginais", remarque un macroniste.  C'est l'ADN de la Ve République, nuancent d'autres "marcheurs".   "C'est moins ce vote de validation" qui pose problème, que "les prorogations successives de l'état d'urgence ou le caractère non constitutionnel du Conseil de défense", souligne un autre élu francilien. 

Alors que ce régime d'exception de l'urgence sera vraisemblablement encore prolongé, "on sent un retrait global des oppositions et une forme de fatigue de la majorité", s'inquiète cette même source. "Il faudrait que le gouvernement parvienne à une réflexion d'importance sur le sujet."

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