13.03.21
14:29

Bolivie: arrestation de l'ex-présidente par intérim Jeanine Añez pour "sédition et terrorisme"

La télévision bolivienne a montré des images de l'ancienne dirigeante à son arrivée, non menottée, à l'aéroport de El Alto à La Paz, en présence du ministre de l'Intérieur et de plusieurs policiers, où elle a aussitôt qualifiée sa détention d'"illégale" devant la presse.

L'ex-présidente par intérim de Bolivie, Jeanine Añez, visée par un mandat d'arrêt pour "sédition" et "terrorisme", a été arrêtée samedi dans le cadre de l'enquête sur un présumé coup d'Etat contre l'ancien chef de l'Etat Evo Morales.

"J'informe le peuple de Bolivie que Mme Jeanine Añez a déjà été interpellée et se trouve actuellement dans les mains de la police", a annoncé le ministre de l'Intérieur bolivien Carlos Eduardo del Castillo sur Twitter et Facebook.

La télévision bolivienne a montré des images de l'ancienne dirigeante à son arrivée, non menottée, à l'aéroport de El Alto à La Paz, en présence du ministre de l'Intérieur et de plusieurs policiers, où elle a aussitôt qualifiée sa détention d'"illégale" devant la presse.

Dans les réseaux sociaux, l'ancienne présidente conservatrice, à la tête du pays de novembre 2019 à novembre 2020, a dénoncé un "acte abusif et de persécution politique". 

Le gouvernement "m'accuse d'avoir participé à un coup d'Etat qui n'a jamais eu lieu", a réagi sur Twitter Mme Añez dont le lieu de détention n'a pas été divulgué. La veille, les autorités avaient déployé un contingent de police devant sa résidence dans la localité amazonienne de Trinidad, à 600 kilomètres de la capitale.

"Le MAS (le parti d'Evo Morales) a décidé de revenir aux habitudes de la dictature. C'est dommage car la Bolivie n'a pas besoin de dictateurs, elle a besoin de liberté et de solutions", avait affirmé l'ancienne dirigeante peu avant son arrestation. 

A l'issue de l'élection présidentielle d'octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l'opposition avait crié à la fraude. Une explosion de violence dans tout le pays avait suivi le scrutin, finalement annulé.

Sur fond de manifestations qui avaient fait 35 morts, police et armée avaient retiré leur soutien à M. Morales. Ce dernier avait finalement démissionné avant de prendre le chemin de l'exil au Mexique puis en Argentine.

Jeanine Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, avait prêté serment le 12 novembre 2019. Le parti d'Evo Morales avait alors dénoncé un "coup d'Etat".

M. Morales est ensuite revenu dans son pays après la victoire de son dauphin Luis Arce à la présidentielle d'octobre 2020.

 

Deux ex-ministres arrêtés 

 

Avant Mme Añez, deux anciens membres du gouvernement avaient été arrêtés dans la ville de Trinidad (nord-est), les ex-ministres de l'Energie et de la Justice, Rodrigo Guzman et Alvaro Coimbra, selon des images retransmises par des télévisions locales. 

"Nous avons dit que nous nous soumettrons toujours à la loi", a déclaré M. Coimbra au moment de son arrestation, dénonçant l'"affaire montée de toutes pièces du +coup d'État+". 

L'enquête ouverte par le parquet fait suite à une plainte déposée en décembre par une ancienne députée du parti d'Evo Morales (2006-2019), Lidia Patty. 

L'ancienne parlementaire du Mouvement vers le socialisme (MAS) accuse Jeanine Añez, d'anciens ministres, responsables militaires et policiers d'avoir renversé en novembre 2019 M. Morales. Elle a déposé plainte pour "sédition", "terrorisme" et "conspiration". 

Le mandat d'arrêt concerne plusieurs autres ministres du gouvernement par intérim : Yerko Nuñez (Présidence), Arturo Murillo (Intérieur) et Luis Fernando López (Défense). Ces deux derniers ont quitté le pays en novembre. Il cible aussi les anciens commandants militaires, William Kaliman et Sergio Orellana, ainsi que l'ex-chef de la police Yuri Calderon. 

La plainte vise également le dirigeant régionaliste de Santa Cruz (est), Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans les manifestations ayant conduit au départ d'Evo Morales. Elu gouverneur dimanche, il ne fait toutefois pas l'objet d'un mandat d'arrêt. Dans un message envoyé au président de gauche Luis Arce l'accusant de "persécution politique", il a prévenu que "les Boliviens ne resteront pas inactifs face aux abus".

Les anciens présidents boliviens Carlos Mesa (2003-2005) et Jorge Quiroga (2001-2002), acteurs clés de la transition de pouvoir à Mme Añez en 2019, ont séparément dénoncé les arrestations et mandats d'arrêt. "Nous sommes dans un processus de persécution politique pire que dans les dictatures. Il est exécuté contre ceux qui ont défendu la démocratie et la liberté", a déclaré le centriste Carlos Mesa sur Twitter.

Des enquêteurs de la Commission interaméricaine des droits de l'homme (CIDH) sont actuellement en Bolivie pour enquêter sur les violences de fin 2019. 

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