09.03.21
19:54

Le système hospitalier brésilien sous la pression de nouveaux variants

Le relâchement des mesures de lutte contre la propagation de l’épidémie au mois de février pourrait bien être fatal pour le système hospitalier brésilien. Plusieurs variants potentiellement plus contagieux et plus létaux circulent sur l’ensemble du territoire. Le nombre de malades explose, de même que les décès.

Le Brésil s’attend à un mois de mars dur avec l’explosion d’une deuxième vague de covid-19. Les soins intensifs de la majeure partie du pays approchent les 100% d’occupation, voire les dépassent. En cause, des variants plus contagieux, mais également un manque de mesures au niveau fédéral.

De nouveaux variants, source d’inquiétude mondiale

« Nous avons le variant anglais, le variant sud-africain, le variant de l’Amazonie brésilienne et maintenant le variant américain, de Californie. C’est un terrain fertile pour de nouveaux variants et de nouvelles mutations » explique Miguel Nicolelis, neurologue et médecin installé à São Paulo. Après avoir dirigé l’un des centres de coordination de lutte contre le covid-19 du pays jusqu’en février, il suit maintenant l’évolution de la pandémie sur le territoire brésilien.

Les variants constituent la principale inquiétude des scientifiques et de l’Organisation Mondiale de la Santé. Miguel Nicolelis estime que près de 100.000 personnes sont infectées chaque jour par le nouveau coronavirus au Brésil. Un véritable laboratoire à ciel ouvert pour le développement de nouvelles mutations potentiellement dangereuses du virus, et un danger qui pourrait dépasser les frontières brésiliennes.

« Il est plus que probable que nous allons voir apparaître de nouveaux variants qui se répandront dans tout le Brésil. Et si un variant, un mauvais variant, apparaissait ici, il se répandrait certainement en Amérique du Sud puis en Amérique Latine. Cela devient non plus un problème local ou régional, mais bien un problème mondial » alerte le médecin.

En attendant, les hôpitaux brésiliens sont dépassés par le nombre de malades.

Le sud du pays débordé

Les hôpitaux de la ville de Porto Alegre, dans l’état de Rio Grande do Sul, sont dramatiquement dépassés. Les soins intensifs de la ville étaient occupés à plus de 100% samedi 6 mars, et les files de malades en attente d’un respirateur sont apparues le 7 mars.

À l’image d’autres pays, les hôpitaux brésiliens ont créé des lits covid supplémentaires mais le personnel manque cruellement. Et ce, alors que les chiffres poursuivent leur augmentation vertigineuse.

« Les mesures instaurées au cours de la première vague n’ont pas été prises au sérieux cette fois-ci. Les grandes agglomérations du sud du pays, qui condensent la plus grand partie de la population, n’ont pas pris suffisamment de précautions » déplore Miguel Nicolelis. Les états de São Paulo et de Rio de Janeiro ont annoncé des mesures de reconfinement au cours des derniers jours, mais les chiffres n’en finissent pas d’augmenter, avec des conséquences dramatiques.

Jusqu’à 3.000 décès quotidiens attendus au mois de mars

Au niveau national, la moyenne des décès dépasse les 1.500 victimes quotidiennes et les scientifiques brésiliens prévoient des pics dépassant les 3.000 victimes quotidiennes, pour des hôpitaux déjà saturés ce 10 mars.

« La plus grande partie des cinq régions du Brésil sont tout simplement en train de sombrer. On se rapproche de la saturation ou des 100% de la capacité des unités de soins intensifs. Il ne reste aucun lit. C’est une situation telle que nous pourrions nous retrouver dans le chaos total dans quelques semaines » dépeint le scientifique.

À travers le pays, plus de 60% des personnes intubées en soins intensifs décèdent. Début mars, 900.000 personnes avaient été hospitalisées. Le nombre de contaminations quotidiennes est évalué à 70.000, mais il pourrait bien être plus proche de 100.000, sachant que certaines personnes restent asymptomatiques selon le médecin.

L’absence de réaction du gouvernement fédéral ne fait rien pour arranger la situation.

« Arrêtez de pleurnicher »

Le président Jair Bolsonaro continue à minimiser la gravité de l’épidémie. Afin de ne pas étrangler l’économie, le président brésilien s’est refusé jusqu’à présent à prendre des mesures drastiques au niveau fédéral. Lors d’une inauguration le 4 mars, le président a par ailleurs prié ses compatriotes de cesser de « pleurnicher », leur demandant « jusqu’à quand ils avaient l’intention de pleurer ? ».

Il a également critiqué les maires et les gouverneurs des états qui ont pris des mesures pour tenter d’endiguer l’épidémie. Le 9 mars, la capitale brésilienne, Brasilia, instaurait un couvre-feu. Mais il n’est pas certain que ces mesures locales suffiront à stopper la propagation des multiples variants qui circulent dans tout le pays.  

« Si rien n’est fait, pour la première fois dans l’histoire du pays, le système de santé pourrait s’effondrer, et nous pourrions avoir le mois le plus terrible en termes de pertes de vies humaines dans l’histoire du Brésil » avertit Miguel Nicolelis.

Elise Feron

Partager cet article

En lien avec l'article