25.02.21
15:21

Arménie: le Premier ministre dans la rue pour dénoncer une tentative de putsch

Le Kremlin, se disant "préoccupé" par la situation, a appelé "au calme" dans cette ex-république soviétique du Caucase, un allié traditionnel de la Russie. La Turquie, ennemi juré de l'Arménie, a dit pour sa part "fermement" condamner la "tentative de putsch" en Arménie.

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian a dénoncé jeudi une tentative de coup d'Etat militaire et pris la tête d'une manifestation de ses partisans afin de réaffirmer son autorité, affaiblie par la défaite de l'armée au Nagorny Karabakh. 

M. Pachinian avait dénoncé jeudi matin une "tentative de coup d'Etat militaire" sur Facebook, son moyen de communication favori. Puis il a appelé ses partisans à le rejoindre dans la rue pour dénoncer l'état-major de l'armée qui a diffusé un communiqué réclamant sa démission à cause du limogeage d'un gradé de haut rang.

Le pas décidé, mégaphone en main, le Premier ministre de 45 ans a pris la tête de centaines de ses partisans. 

"La situation est tendue mais tout le monde est d'accord qu'il ne doit pas y avoir d'affrontements (...)  la situation est gérable", a-t-il dit, qualifiant l'appel des militaires à son départ de "réaction sous le coup de l'émotion".

"Nous avons besoin de dialogue plutôt que de confrontation", a-t-il ajouté, la foule l’applaudissant et scandant son nom. 

M. Pachinian a en outre estimé que les généraux ayant réclamé sa démission restaient des "frères", à l'instar du chef d'état-major, Onik Gasparian, qu'il a limogé jeudi matin.

 

 

Guerre civile

 

L'opposition, qui réclame le départ de M. Pachinian depuis la défaite militaire arménienne face à l'Azerbaïdjan au Nagorny Karabakh fin 2020, a elle réitéré cette revendication, estimant qu'il risquait de conduire l'Arménie à la "guerre civile". 

"La déclaration de l'armée est un tournant. Nous appelons Nikol Pachinian à ne pas mener le pays vers la guerre civile et une effusion de sang. Pachinian a une dernière chance de partir sans qu'il y ait de troubles", a jugé le parti Arménie Prospère, principale formation d'opposition.

La puissante Eglise apostolique arménienne a appelé les forces politiques à trouver une solution "à la table des négociations pour le bien de la patrie et du peuple".

Mercredi, M. Pachinian avait limogé Tigran Khatchatrian, l'adjoint du chef d'état-major, déclenchant la colère du commandement militaire qui a en retour réclamé sa démission, jugeant que le Premier ministre n'était "plus en mesure de prendre les décisions qui s'imposent".

Ils l'ont accusé "d'attaques destinées à discréditer les forces armées".

Tigran Khatchatrian s'était moqué dans la presse de déclarations de M. Pachninian mettant en cause la fiabilité d'un système d'armement russe, les lance-missiles Iskander, durant le conflit du Karabakh.

 

 

Défaite dans le Karabakh

 

Le Premier ministre arménien est depuis des semaines sous la pression de l'opposition et de manifestations récurrentes, qui réclament sa démission à cause de la défaite militaire de l'Arménie face à l'Azerbaïdjan, à l'automne 2020, dans le conflit du Nagorny Karabakh.

Jusqu'ici, il avait le soutien de l'armée. A la fin de la guerre, celle-ci et Nikol Pachinian, confrontés au risque d'une véritable débâcle, avaient accepté les conditions d'un cessez-le-feu négocié par le président russe Vladimir Poutine et qui impliquaient d'importantes pertes territoriales pour l'Arménie. 

Erevan contrôle de facto encore, grâce à la présence de séparatistes arméniens, l'essentiel de la région du Nagorny Karabakh. Mais l'Arménie a perdu la ville symbolique de Choucha, ainsi qu'un glacis de territoires azerbaïdjanais entourant la région et qu'elle contrôlait depuis les années 1990.

Cette défaite a été vécue comme une humiliation nationale, et l'opposition tente depuis d'arracher le départ du Premier ministre qui avait assuré presque jusqu'au bout du conflit, qui a duré de septembre à novembre 2020 et fait plus de 6.000 morts, que ses forces avaient l'avantage.

Nikol Pachinian, ancien journaliste et opposant historique passé par la prison, a été porté au pouvoir au printemps 2018 par une révolution en promettant de sortir ce pays du Caucase de la pauvreté et de déraciner une élite corrompue. Selon lui, l'opposition est pilotée par cette classe politique que la rue a justement chassée.

L'Arménie, depuis son indépendance à la chute de l'URSS en 1991, a connu une succession de crises et de révoltes, dont certaines furent meurtrières.

 

AFP

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