10.12.20
12:37

Des problèmes "de communication" et culturels dans l'affaire Chovanec

Le rapport du Comité P sur l’affaire Chovanec, le ressortissant slovaque décédé lors d’une intervention policière, a été rendu, selon les information du "Soir". Il révèle de gros problèmes de communication et culturels.

Dans un rapport remis à la Chambre, le Comité P recense plusieurs "éléments déclencheurs" qui auraient dû alerter les autorités policières et politiques sur les événements survenus à l’aéroport de Gosselies en février 2018. Le rapport analysé par "Le Soir" révèle des dysfonctionnements dans la communication entre la police de l’aéroport de Gosselies et le sommet de la police fédérale.

 

Des problèmes de communications flagrants

Plusieurs événements successifs auraient dû déclencher une alerte pour les instances hiérarchiques. Trois faits auraient dû engendrer des réactions. Le premier est le transport de la victime à l’hôpital. Les policiers de l’aéroport n’ont pas averti leur direction. Ensuite, lorsque Mme Chovanec et son frère ont porté plainte à la police contre la police pour coups et blessures, aucune réaction n’a été rapportée par le rapport. Enfin, il n’y aura pas eu de réaction lorsque l’ambassadeur de Slovaquie demande des explications.

C’est seulement lors des premières informations révélées par la presse que la direction de la police aéroportuaire de Gosselies aurait été mise au courant, se contentant de préserver son équipe plutôt que de déclencher une enquête au prés de sa hiérarchie.

 

Jan Jambon mis en cause 

Jan Jambon, qui était ministre de l’Intérieur à l’époque, aurait participé à l’ignorance des plus hauts responsables de la police sur l’affaire. En effet, le ministre de l’intérieur avait été prévenu directement par l’ambassadeur de Slovaquie. L’actuel ministre-président flamand aurait choisi de ne pas avertir les plus hautes autorités de la police. Le cabinet du ministre s’est contenté de s’informer directement à la police aéroportuaire de Gosselies. Les policiers mis au courant par le mail du ministère ont également décidé de taire l’affaire en ne le transmettant pas au chef de leur service.

 

Quid du salut Nazi ?

Le signe nazi qu’on peut distinguer facilement sur la caméra de surveillance n’avait pas été relayé aux instances hiérarchiques au moment où la vidéo a fuité dans les médias. C'est seulement à ce moment-là que le cabinet du ministère de l'Intérieur et la police fédérale seront avertis, selon le rapport. La direction de la police de l’aéroport et le cabinet étant, par conséquent, pris de court. Ce qui ne facilitera pas la communication sur l’affaire.

 

Un problème de culture au sein de la police de l'aéroport Gosselies

Le comité P a également révélé un problème culturel dans la police aéroportuaire. Il s’agirait d’une habitude dans cette section de ne pas avertir les autorités pour préserver leurs collègues. Le salut nazi présent sur les images aurait même été un sujet de plaisanterie "dans les couloirs" de la police, selon les informations du Soir. Le Comité a réclamé  un audit "pour analyser le manque de responsabilité et les risques du point de vue de l’intégrité".

Annelies Verlinden, la ministre actuelle de l’Intérieur a demandé des résultats définitifs de l’enquête avant se prononcer sur d'éventuelles mesures. Le rapport sera examiné lundi par la commission de suivi du Comité.

 

 

Une affaire qui remonte à 2018

Rappel des faits. Un homme de nationalité slovaque, Jozef Chovanec, était tombé dans le coma après un arrêt cardiaque au cours d'une intervention musclée de la police de l'aéroport de Charleroi. Il était mort quelques jours plus tard à l'hôpital.

L'affaire remonte à la nuit du 23 au 24 février 2018, quand ce passager sur le point d'embarquer à Charleroi pour un vol à destination de Bratislava avait été interpellé par la police et placé en cellule en raison d'un comportement agité.

Elle a refait surface le 19 août dernier car une séquence vidéo inédite a été diffusée par les médias belges, à l'initiative de la veuve de la victime dénonçant la lenteur de la justice à déterminer les causes exactes du décès. Sur ces images de vidéosurveillance, on peut voir l'homme saignant abondamment du visage après s'être tapé la tête contre un mur, au bout de plusieurs heures de privation de liberté.  Il s'ensuit une intervention pour le maîtriser puis le menotter, lors de laquelle l'un des fonctionnaires de la police fédérale (six au total interviennent) s’assoit sur l'homme plaqué à plat ventre sur un matelas. 

Certains semblent s'amuser de la situation et une policière, debout légèrement en retrait, effectue brièvement un salut hitlérien, toujours selon ces images d'une caméra placée dans la cellule.

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