25.09
05:35

Seulement 1.000 spectateurs autorisés à roland-garros

Les organisateurs n'en font pas mystère, cette édition 2020 exceptionnellement reprogrammée à l'automne sous la contrainte du Covid-19, qui s'ouvre dimanche, n'atteindra pas ces sommets.

Public réduit à l'extrême, clientèle d'affaires aussi très affectée, poids additionnel du protocole sanitaire: le manque à gagner s'annonce considérable pour Roland-Garros au temps du Covid-19. Avec des implications directes pour le tennis français, très largement irrigué par le Grand Chelem parisien.

Un chiffre résume la "Roland-Garros dépendance" de la Fédération française de tennis: sur son budget de 325 millions d'euros en 2019 - qui en fait le plus important des fédérations sportives françaises -, plus de 255 millions d'euros viennent de son prestigieux tournoi. Soit près de 80%.

"On organise ce tournoi en sachant que nous aurons des recettes moindres", reconnaissait début septembre le président de la FFT Bernard Giudicelli.

Que restera-t-il alors de cette manne financière ?

Quand la jauge était encore fixée à 11.500 spectateurs quotidiens au maximum début septembre, le directeur de Roland-Garros Guy Forget tablait sur des "produits divisés par deux" et évaluait le manque à gagner entre 130 et 140 millions d'euros. Mais la situation s'est encore dégradée depuis.

Concrètement, rayon recettes, deux postes trinquent principalement: la billetterie et les prestations liées à la clientèle d'affaires (hospitalités). Chacun pèse 18% des rentrées totales.

"Paradis" perdu

Très, très loin des quelque 520.000 spectateurs accueillis Porte d'Auteuil en 2019, Roland-Garros a appris jeudi soir qu'elle ne pourrait en recevoir que 15.000 au long de la quinzaine parisienne - 1.000 par jour. Soit moins de 3% de son taux de remplissage d'il y a un an.

Un coup de rabot supplémentaire qui fait suite aux nouvelles restrictions de rassemblement annoncées mercredi soir par le ministre de la Santé Olivier Véran, en l'occurrence un millier de personnes maximum à Paris, classée en "zone d'alerte renforcée" comme dix autres grandes villes françaises.

"Roland-Garros, c'est aussi le paradis des hospitalités, avec les loges, les repas d'affaires, etc. C'est sûr que c'est une prestation largement touchée, impossible à maintenir au niveau d'avant, et vous avez des contrats qui se cassent", complète Lionel Maltese, professeur d'économie du sport à l'Université d'Aix-Marseille et membre du comité directeur de la FFT en charge du développement économique.

Au bout de la chaîne, la vente de produits dérivés (4%) va elle aussi plonger.

Dans ce climat morose, la bonne nouvelle pour le Grand Chelem parisien, c'est que son premier poste de revenus, les droits télé, qui compte pour plus d'un tiers (36%, environ 80 ME), tient lui le coup.

Rayon dépenses, s'ajoute le poids mouvant du protocole sanitaire à déployer et adapter au gré des décisions des autorités françaises.

Quant au "prize money", c'est à dire les primes de résultat pour les joueurs et joueuses, les organisateurs l'ont tempéré, mais maintenu à un haut niveau, à "un peu plus de 38 millions d'euros, de l'ordre de 90% de l'année précédente", compare Forget.

"Dépendance" 

"Cette dépendance devient un souci avec le contexte (sanitaire). Il ne faut pas que ça dure trop longtemps", souligne Lepetit. "Roland-Garros 2021 arrive vite."

Encore un coup de rabot pour Roland-Garros: à trois jours de l'ouverture du Grand Chelem parisien, exceptionnellement reprogrammé à l'automne en raison de la pandémie de Covid-19, sa jauge de spectateurs a été resserrée une fois de plus, de 5.000 à 1.000 spectateurs par jour.

Cet abaissement de plus, qui intervient à la dernière minute, fait suite aux nouvelles restrictions de rassemblement annoncées mercredi soir par le ministre français de la Santé Olivier Véran pour les zones en "alerte renforcée", dont fait partie Paris, pour contenir la recrudescence de la pandémie de Covid-19 en France.

C'est la troisième fois en moins de trois semaines que Roland-Garros est contraint de réduire cette jauge.

Dans l'après-midi, le directeur du tournoi Guy Forget avait pourtant déclaré toujours "espérer avoir 5.000 spectateurs". "Nous sommes capables d'accueillir cette population sur un stade de 12 hectares", avait-il souligné, en insistant sur l'extension du site - 1 km de long.

Mais le Premier ministre français Jean Castex, invité de la télévision France 2, a coupé court à ses espoirs par cette affirmation : "Nous appliquerons à Roland-Garros les mêmes règles qu'ailleurs".

"On passe de 5.000 à 1.000", a-t-il encore déclaré, en assurant que cette jauge concernait l'ensemble des personnes autorisées quotidiennement à entrer sur le site. Mais ses services ont ensuite précisé à l'AFP que les personnes accréditées (organisateurs, joueurs, staff, journalistes, etc.), "soumises à un protocole spécifique", n'étaient pas comptabilisées parmi le millier de personnes autorisées par jour.

3% du remplissage habituel

Une première fois, début septembre, la Fédération française de tennis (FFT), qui organise Roland-Garros, avait dû revoir ses ambitions à la baisse de moitié, d'un maximum de 20.000 à 11.500 spectateurs chaque jour.

Dans ces conditions, elle avait présenté une logique qui reposait sur le découpage en trois secteurs "hermétiques, indépendants et autonomes" de son stade, autour de ses trois courts principaux, Philippe-Chatrier (5.000 places), Suzanne-Lenglen (5.000) et Simonne-Mathieu (1.500), dans le jardin des serres d'Auteuil.

Mais, il y a une semaine, Roland-Garros était de nouveau forcé à resserrer les boulons, avec 5.000 spectateurs quotidiens. 

Avec ce troisième resserrement, en quinze jours de compétition - la semaine de qualifications a lieu à huis clos - ce sont seulement 15.000 spectateurs qui pourront garnir les tribunes tout au long de la quinzaine parisienne. Très, très loin - moins de 3% - des près de 520.000 accueillis en 2019.

Économiquement, pas du tout un détail pour la FFT et le tennis français, très largement irrigués par Roland-Garros, à hauteur de 80% en 2019 (255,4 M EUR sur un budget total de la FFT de 325 M EUR). Et alors que la billetterie génère près de 20% des recettes du tournoi.

Avec une jauge limitée à 11.500 spectateurs, Forget avait estimé que "les produits du tournoi (seraient) divisés par deux", ce qui correspondait à une somme entre 130 et 140 millions d'euros.

Cette réduction du curseur à 1.000 spectateurs va encore faire encore grimper le manque à gagner. Et va obliger les organisateurs à de nouvelles démarches de dernière minute auprès des détenteurs de billets.

 

Un reportage d'Emanuel Descours.

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