14.09
14:43

A Lesbos, les riverains du nouveau camp redoutent une catastrophe

"On n'a pas peur du Covid, on a peur d'eux". Sur l'île de Lesbos, les riverains du nouveau camp de migrants, érigé à la hâte après l'incendie de la mégastructure de Moria, craignent un "drame", une "catastrophe" et blâment tour à tour l'Europe, le gouvernement grec et les ONG.

Depuis le port de Panagiouda, on voit à l'oeil nu les tentes blanches du nouveau camp censé héberger d'ici la fin de la semaine les milliers de personnes chassées du centre de Moria ravagé par les flammes la semaine dernière.

"Un désastre", commente Vassilis Kiosia, 35 ans, lui même arrivé d'Albanie il y a 16 ans.

"En tant que migrant, je comprends la situation", explique-t-il, "moi-même j'ai été attaqué quand je suis arrivé". "Mais la situation, ici, c'est un désastre pour les riverains. Il n'y a pas d'emplois. Et je crois qu'il n'y a pas de solution".

Un peu plus haut sur la route, Savvas Afentoulis, 70 ans, attablé à un café de ce petit village, se souvient de l'arrivée des premiers demandeurs d'asile, en 2015, principalement des Syriens chassés par la guerre.

"Avec les Syriens, on était positifs. On leur donnait de l'eau, de la nourriture... on les aidait. Mais c'étaient des familles, paisibles, avec des enfants". 

A l'époque, au pic de la crise migratoire, l'île a vu arriver des centaines de milliers de personnes, et la solidarité de Lesbos s'était organisée sous les yeux du monde entier.   

"Mais après", affirme M. Afentoulis, "quand Moria s'est rempli, ils ont commencé à voler nos moutons, à générer des problèmes". Alors, ajoute-t-il, "on a peur. 90% des personnes ici sont contre le nouveau camp. Tous, ici, on veut qu'ils partent. La Grèce ne peut pas gérer seule la situation. L'Union européenne doit trouver une solution. Les autres pays doivent accueillir" des migrants.

 

"Je les hais"

 

Evangelia, 80 ans, se souvient elle aussi de 2015. "Les premiers, je les ai aidés. Maintenant, je les hais", raconte-t-elle, devant l'église d'où sortent d'autres femmes.

"On n'a pas peur du Covid, on a peur d'eux", confie-t-elle à l'AFP. Et de blâmer les ONG, qui ont selon elle aidé à pérenniser la situation. 

A ses côtés, Maria montre une photo, dont elle ignore l'origine, sur laquelle on voit une lame attachée à un bout de bois. Preuve, selon elle, que les migrants leur veulent du mal.

Les incidents entre migrants et habitants, dont des sympathisants d'extrême droite, sont fréquents sur l'île depuis l'année dernière, les insulaires s'opposant au maintien des migrants à Lesbos. 

Le nouveau camp ? "C'est une catastrophe. Le gouvernement doit trouver une solution, et les emmener sur le continent", souhaite Maria.  

"Un drame", résume un vieux monsieur assis à l'ombre sur un banc, à côté de deux pêcheurs qui reprisent tranquillement leur filet. "J'ai le sentiment que ce sera comme Moria, mais en pire".

A quelques kilomètres, des milliers de personnes, dont de très jeunes enfants, venus pour beaucoup d'Afghanistan et d'Afrique de l'Ouest, passent leur sixième journée sous des abris de fortune. Parmi eux, beaucoup sont hésitants à se rendre vers ce nouveau camp, craignant, une fois à l'intérieur, de ne plus pouvoir quitter l'île.

Selon les autorités grecques, au moins 500 personnes s'y sont installées dans le week-end, dont 35 testées positives au Covid-19 seront mises en quarantaine.

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