10.09
15:01

Des milliers de réfugiés sur la route après les incendies du camp de Lesbos

Des milliers de réfugiés sans abri attendaient jeudi sur la route l'arrivée d'une aide d'urgence sur l'île de Lesbos après les incendies qui ont ravagé le camp de Moria, le plus grand et sordide camp de réfugiés de Grèce.

Un ferry a été dépêché jeudi vers l'île, où "l'état d'urgence" a été déclaré, pour héberger les sans abri et deux bâtiments de la marine nationale grecque doivent augmenter la capacité d'hébergement. Le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, est attendu pour une visite d'inspection.

"Des milliers de tentes sont maintenant dans la rue", a déclaré le vice-ministre grec en charge de l'immigration, Giorgos Koumoutsakos, à la chaîne Skai TV.

En réalité, de nombreuses familles n'ont même pas de tentes et viennent de passer une seconde nuit à la belle étoile et à même le sol, manquant de tout, y compris de matelas et de produits de première nécessité.

La majorité des milliers de migrants, sortis en panique des tentes et des conteneurs dans la nuit de mardi à mercredi, se sont retrouvés assis au bord de la route reliant le camp au port de Mytilène, formant de longues files d'attente de trois kilomètres, a constaté une journaliste de l'AFP.

Certains se sont réfugiés dans les champs d'oliviers environnants. D'autres, l'œil hagard, erraient dans les villages voisins à la recherche d'eau.

 

"Nous avons tout perdu"

"Nous avons tout perdu", soupire Fatma Al-Hani, une Syrienne de Deir-Zor portant son enfant de deux ans dans les bras sur la route menant de Moria au petit port de Panagiouda. 

"Nous sommes abandonnés à nous-mêmes, sans nourriture, sans eau, sans médicaments", ajoute cette jeune femme qui a juste réussi à sauver des flammes ses papiers d'identité. 

"Où on peut aller ?", demande Mahmout, originaire d'Afghanistan. A côté de lui, sa compatriote Aisha cherche ses enfants: "Deux de mes enfants sont là, mais je ne sais pas où sont les autres".

Cornille Ndama, Congolais, a aussi fui Moria dans la nuit. "Je n'ai rien, rien avec moi et pourtant nous ne savons pas où nous allons dormir".

Mercredi soir, un nouvel incendie s'est déclaré dans une partie du camp qui avait été relativement épargnée, entraînant les mêmes scènes de chaos.

Le ministre grec des Migrations, Notis Mitarachi, avait souligné qu'"aucune victime" n'avait été signalée, saluant l'intervention des pompiers et policiers, tout en reconnaissant qu'au moins 3.500 migrants étaient sans abri.

"Nous prenons des mesures d'urgence pour ces personnes: les plus vulnérables, environ 1.000, seront hébergés sur un ferry", au port de Mytilène, chef-lieu de l'île, avait-il assuré.

Les habitants et les autorités locales s'opposent à l'installation provisoire de tentes en dehors du camp. 

"Nous faisons face à des difficultés de la part des autorités locales et des habitants", a déploré le vice-ministre Yiorgos Koumoutsakos.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a souligné que l'UE se tenait "prête à aider": la Commission a déjà annoncé qu'elle prenait en charge le transfert immédiat vers la Grèce continentale de 400 enfants et adolescents.

L'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'UE, a demandé aux pays membres d'accueillir des migrants du camp. Des milliers de manifestants ont exigé mercredi à travers l'Allemagne que leur pays prenne aussi en charge des migrants.

 

"Réactions violentes"

L'Autriche va proposer un million d'euros d'aide pour acheter "des tentes et des couvertures". La France s'est dite prête à "prendre sa part dans la solidarité".

La présidente grecque Katerina Sakellaropoulou a appelé l'UE à ne "pas fermer les yeux". "Les réfufiés et l'immigration sont d'abord un problème européen", a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a attribué l'origine du désastre à "des réactions violentes contre les contrôles sanitaires" effectués après la détection de 35 cas de Covid-19 dans le camp.

Le premier cas de coronavirus avait été détecté à Moria la semaine dernière et le camp a été placé à l'isolement pour quinze jours.

La partie principale du centre d'enregistrement d'identification a été complètement détruite, selon Notis Mitarachi.

Outre cette partie principale du camp abritant près de 4.000 personnes, le camp de Moria s'étendait dans les oliveraies avoisinantes où habitaient près de 8.000 personnes dans des tentes.

Le camp hébergeait quelque 12.700 demandeurs d'asile, quatre fois sa capacité d'accueil, dont 4.000 enfants.

Lesbos, île de la mer Egée forte de 85.000 habitants, est la principale porte d'entrée des migrants en Grèce en raison de sa proximité avec la Turquie. 

Les ONG s'inquiètent. "De nombreuses personnes sont dispersées", explique Giovanna Scaccabarozzi, de Médecins sans Frontières (MSF) à Lesbos, qui ressent "détresse et désespoir". 

Le camp de Moria a été souvent décrié pour son manque d'hygiène et son surpeuplement par les ONG qui appellent les autorités grecques à transférer les demandeurs d'asile les plus vulnérables vers le continent. 

 

AFP

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