09.09
14:41

Londres défend une révision du Brexit qui fâche l'UE

Le gouvernement britannique a défendu sa décision de revenir sur certains engagements pris dans le cadre du Brexit, en violation assumée du droit international, qui plombe des négociations déjà difficiles avec l'UE.

Publiées mercredi à la mi-journée, ces modifications visent à "garantir la fluidité et la sécurité de notre marché intérieur britannique", a justifié le Premier ministre Boris Johnson devant les députés. Concernant en particulier les arrangements douaniers en Irlande du Nord, elles sont destinées à faciliter les échanges commerciaux au sein du Royaume-Uni après la fin de la période de transition post- Brexit qui s'achèvera fin décembre.

Mais en retoquant un document ayant statut de traité international, ce texte "viole le droit international d'une manière très spécifique et limitée", du propre aveu du ministre chargé de l'Irlande du Nord, Brandon Lewis. 

Le projet de loi britannique "violerait le droit international et saperait la confiance" entre les deux partenaires, a affirmé de son côté la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Ce revirement surprise de Londres met de l'huile sur le feu dans les négociations déjà pénibles avec l'Union européenne sur un accord commercial post-Brexit. Il expose Londres à de "graves conséquences" de la part de Bruxelles, a averti le président du Parlement européen, David Sassoli.

Le vice-Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, a comparé la manoeuvre du gouvernement britannique à un acte "kamikaze", qui s'est "retourné" contre lui en suscitant une vague de réactions négatives.

Critiqué jusque dans son propre camp, y compris par l'ancienne cheffe du gouvernement Theresa May, Boris Johnson a défendu son projet devant les députés lors de la séance hebdomadaire des questions au Premier ministre.

Le leader des indépendantistes écossais du SNP à la Chambre des communes, Ian Blackford, l'a accusé de vouloir créer un "état voyou" et de se considérer "au dessus de la loi".

 

Barnier veut des explications

 

Tout en défendant sa manoeuvre, le gouvernement pilote une huitième session de négociations hautement délicate avec l'UE qui s'est ouverte mardi, et doit durer jusqu'à jeudi. Arrivé à Londres, le négociateur de l'UE Michel Barnier cherchera des clarifications sur ces derniers rebondissements.

"Nous sommes dans un esprit constructif, mais fermes sur le fonds", a déclaré à l'AFP le secrétaire d'Etat français aux affaires européennes Clément Beaune, dans un entretien commun avec son homologue allemand Michael Roth à Berlin.

Le texte initial, le protocole nord-irlandais, vise à garantir l'absence de frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, membre de l'UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de "troubles" jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Le retour de contrôles douaniers fait craindre un regain de tensions dans la province britannique. 

Il s'agit de "protéger notre pays contre l'interprétation extrême ou irrationnelle du protocole, qui pourrait conduire à une frontière dans la mer d'Irlande d'une manière qui, à mon avis serait préjudiciable à l'intérêt de l'accord du Vendredi Saint et préjudiciable aux intérêts de la paix dans notre pays", a plaidé M. Johnson.

 

"No deal" ? 

 

Le Royaume-Uni a formellement quitté l'UE le 31 janvier, près de quatre ans après un référendum historique marquant la fin de 46 ans d'un mariage houleux. 

Mais il reste régi par la réglementation européenne jusqu'à fin décembre, période de transition pendant laquelle les deux parties tentent de conclure un accord de libre-échange. L'issue de ces pourparlers reste incertaine.

Avant le démarrage de la huitième session de discussions, le négociateur britannique David Frost avait appelé l'UE à "faire preuve de plus de réalisme sur le statut de pays indépendant" du Royaume-Uni.

Les négociations butent notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable. Le temps presse, Bruxelles voulant un accord d'ici à la fin octobre pour permettre une ratification dans les temps.

Le Premier ministre Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d'ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d'un "no deal" malgré les risques de dégâts économiques en période de crise historique provoquée par la pandémie de coronavirus.

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