08.09
14:33

Reprise tendue des négociations entre Londres et l'UE

Les négociations reprennent mardi dans un climat tendu entre le Royaume-Uni et l'Union européenne pour définir leur relation post-Brexit, Londres menaçant de claquer la porte si des progrès ne sont pas réalisés cette semaine.

Quelques heures avant l'arrivée à Londres de Michel Barnier pour des pourparlers qui doivent débuter à 12H30 GMT et se poursuivre jusqu'à jeudi, le négociateur britannique David Frost a appelé l'UE à "faire preuve de plus de réalisme sur le statut de pays indépendant" du Royaume-Uni.

"Nous ne pouvons plus nous permettre de ressasser les mêmes choses" après "six mois de dialogue" a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le Royaume-Uni a formellement quitté l'UE le 31 janvier, près de quatre ans après un référendum historique marquant la fin de 46 ans d'un mariage houleux. Mais il reste régi par la réglementation européenne jusqu'à fin décembre, tandis que les deux parties tentent de conclure un accord de libre-échange.

Les négociations butent notamment sur la pêche et les conditions de concurrence équitable. Le temps presse, Bruxelles voulant un accord d'ici à la fin octobre pour permettre une ratification dans les temps.

Le Premier ministre Boris Johnson a averti de son côté que faute de compromis d'ici au sommet européen du 15 octobre, il se satisferait d'un "no deal" malgré les risques de dégâts économiques en période de crise historique en raison de la pandémie de nouveau coronavirus.

Il a même estimé lundi que cela représenterait "une bonne issue" permettant au Royaume-Uni de "prospérer" car il aurait "la liberté de conclure des accords commerciaux avec tous les pays du monde".

Dans son communiqué, David Frost a affirmé vouloir faire passer mardi un "message clair" à son homologue européen Michel Barnier: "Nous devons progresser cette semaine si nous voulons parvenir à un accord dans les temps".

 

Spectre du "no deal"

Les discussions s'annoncent tendues, au lendemain de l'annonce par le gouvernement britannique de sa volonté de revenir sur certaines parties de l'accord encadrant la sortie de l'UE.  

Le gouvernement britannique veut retoucher de manière "limitée" pour le "clarifier" le protocole prévoyant des arrangements douaniers pour l'Irlande du Nord.

Ce texte vise à garantir l'absence de frontière physique entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, membre de l'UE, et à éviter la résurgence de tensions dans cette région, ensanglantée par trois décennies de "Troubles" jusqu'à la signature de l'accord de paix du Vendredi saint en 1998.

Selon le quotidien conservateur The Telegraph, Boris Johnson compte dire aux dirigeants de l'UE que ce texte est "contradictoire" et doit être révisé pour protéger l'unité de son pays.

Ce revirement britannique a surpris les Européens qui ont rappelé à Londres ses engagements et mis en garde sur un coup porté à la "confiance" qui affecterait les négociations en cours sur l'après-Brexit.

Pour David Hening, Directeur au Royaume-Uni du groupe de réflexion European Centre For International Political Economy, "découvrir aujourd'hui que le texte soulève des problèmes pour l'Irlande du Nord relève du cynisme absolu" de la part du gouvernement britannique.

Selon le Financial Times, le directeur des services juridiques du gouvernement britannique Jonathan Jones a démissionné en raison de cette révision.

Outre l'UE, le gouvernement britannique tente de décrocher d'ici à la fin de l'année un accord ambitieux avec les autres grandes puissances, notamment les Etats-Unis avec lesquels le quatrième round de négociations débute mardi. 

"La semaine dernière, nous avons échangé nos premières offres d'accès au marché, une étape importante dans les négociations", s'est félicité la ministre du Commerce Liz Truss sur Twitter.

Mais rompre ses engagements au péril de la paix en Irlande du Nord pourrait nuire aux  négociations du Royaume-Uni avec d'autres pays.

"Si le Royaume-Uni, en quittant l'Union européenne, (...) le fait d'une façon qui viole l'Accord du Vendredi Saint, il n'y aura pas d'accord de libre-échange entre les États-Unis et le Royaume-Uni", a prévenu Brendan Boyle, membre du congrès américain sur la BBC mardi.

 

AFP

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