28.08
22:40

"Si nous lâchons le Liban, ce sera la guerre civile"

Comme il l'avait promis, Emmanuel Macron retourne la semaine prochaine au Liban pour tenter de débloquer l'impasse politique qui empêche la formation d'un "gouvernement de mission" capable de relever le pays après l'explosion dévastatrice du 4 août.

"Si nous lâchons le Liban, (...) ce sera la guerre civile", a prévenu vendredi le président français, qui est attendu lundi soir à Beyrouth.

C'est donc "maintenant qu'il faut agir", a-t-il ajouté, en rappelant qu'il avait pris l'engagement de soutenir le Liban le 6 août lors de sa visite éclair à Beyrouth, deux jours après l'explosion dans le port d'une grande quantité de nitrate d'ammonium, qui a fait environ 180 morts.

Sa visite d'un peu plus de 24 heures s'annonce extrêmement dense, avec un retour dans les quartiers ravagés, une évocation symbolique des "liens d'affection franco-libanais" et surtout de nombreuses heures à discuter avec les responsables politiques.

"Le but de sa visite est clair : faire pression pour que les conditions soient réunies pour la formation d'un gouvernement de mission capable de mener la reconstruction et des réformes", explique-t-on à Paris. Avec, en contrepartie, l'assurance que la communauté internationale soutiendra le Liban, exsangue financièrement.

Pour cela, Emmanuel Macron aura trois séquences de discussion avec les responsables politiques : le lundi soir à la résidence des Pins, celle de l'ambassadeur de France à Beyrouth, le mardi lors d'un déjeuner au palais présidentiel, puis le soir lors d'un tour de table avec les représentants des neuf forces politiques.

 

"Exigence sans ingérence"

Suivant une ligne d'"exigence sans ingérence", il a cité les réformes à conduire : "passer la loi anti-corruption, réformer les marchés publics, réformer le secteur de l'énergie" et le système bancaire. "Si on ne fait pas cela, l'économie libanaise va s'effondrer" et "la seule victime sera le peuple libanais (...) qui ne peut pas s'exiler", a-t-il mis en garde.

Tout en restant très prudent, l'Elysée "a bon espoir" de faire avancer les discussions après l'annonce, vendredi, de la tenue lundi des consultations parlementaires qui doivent décider du nom du futur chef du gouvernement.

Jusqu'à présent, aucun consensus n'a émergé en raison des profondes divergences entre les forces politiques traditionnelles.

L'ex-Premier ministre Saad Hariri, chef du plus grand bloc sunnite au parlement, a renoncé le 25 août à former un gouvernement, n'ayant pas pu imposer qu'il soit neutre et qu'il jouisse des pleins pouvoirs. Un tel scénario a été rejeté par le chef du puissant mouvement chiite Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui exige pour sa part "un gouvernement d'union nationale ou rassemblant un large éventail des forces politiques".

Emmanuel Macron a défendu sa stratégie de "parler à tout le monde", dont le Hezbollah, "une force politique qui est représentée au parlement", tout en disant "désapprouver" une partie du "projet" politique de ce mouvement soutenu par l'Iran.

 

Le cèdre et la diva

Le chef de l'Etat retournera mardi matin dans les quartiers ravagés, où il fera le point sur les opérations de déblaiement et la distribution de l'aide. 

Il rencontrera des ONG et les agences de l'ONU, mais aussi une partie des 400 militaires français déployés ces dernières semaines pour aider à débarquer les quelque 1.000 tonnes d'aide médicale, alimentaire ou de reconstruction acheminées depuis la France.  

Avant de se rendre sur le port, Emmanuel Macron plantera un cèdre avec des enfants libanais dans la forêt de Jaj, au nord-est de Beyrouth, où prospère l'arbre emblématique du pays. Cette "cérémonie simple" célébrera le centenaire de la création de l'Etat du Grand Liban le 1er septembre 1920 par le général français Henri Gouraud. Pour l'occasion, la Patrouille de France survolera le site en colorant le ciel avec les couleurs du drapeau libanais.

Le président rencontrera également lundi soir une icône libanaise: la diva Fairouz qui, à 85 ans, est considérée comme la plus grande chanteuse arabe vivante depuis la disparition d'Oum Kalthoum. Ce sera "une manière de dire l'admiration pour une dame qui a œuvré pour un Liban rêvé dont beaucoup de Libanais ont la nostalgie", a expliqué le président français.

Au cours de sa visite, Emmanuel Macron devra limiter ses contacts avec la population, de nouveau confinée depuis le 21 août à la suite du rebond de l'épidémie de Covid-19. Une décision qui assène un coup supplémentaire à la capitale, déjà meurtrie par la crise économique et l'explosion du 4 août.

Paris n'a ni confirmé ni infirmé les informations de médias irakiens annonçant qu'il pourrait se rendre à Bagdad après Beyrouth. Mais Emmanuel Macron a réaffirmé son souhait de "construire une initiative forte avec l'ONU sur la souveraineté de l'Irak", qui doit avoir "son destin en main".

 

AFP

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