06.07
21:19

Londres vise la Russie et l'Arabie saoudite pour ses premières sanctions post-Brexit

Figurent aussi dans la liste britannique deux généraux birmans soupçonnés d'exactions envers la minorité musulmane des Rohingyas et deux organisations impliquées dans "du travail forcé, de la torture et des meurtres dans les camps de Corée du Nord".

Le Royaume-Uni a visé surtout la Russie et l'Arabie saoudite lundi avec ses premières sanctions introduites indépendamment après le Brexit, dans le cadre d'un nouveau mécanisme mis en place par Londres pour punir les violations des droits humains.

Avec une liste noire de 49 personnes et organisations, dont 25 Russes et 20 Saoudiens, Londres, centre international majeur pour les grandes fortunes de la planète, adopte le mécanisme utilisé par les États-Unis avec leur loi dite "Magnitski". Ce texte de 2012 interdit l'entrée sur le sol américain et gèle les avoirs aux États-Unis des individus et entités accusés d'enfreindre les droits humains.

Les Russes visés par les nouvelles sanctions britanniques sont d'ailleurs accusés d'être impliqués dans la mort en détention en 2009 du juriste Sergueï Magnitski, qui avait dénoncé un réseau de corruption. Parmi eux figure Alexandre Bastrykine, patron du puissant Comité d'enquête, organisme dépendant directement du Kremlin chargé des principales enquêtes.

Le fondateur britannique du fonds d'investissement Hermitage Capital qui employait le juriste, Bill Browder, a salué sur Twitter un "énorme tournant", avant de rencontrer le chef de la diplomatie britannique Dominic Raab en présence de la veuve et du fils de son défunt employé.

Via son ambassade à Londres, la Russie a averti "se garder le droit de prendre des mesures de rétorsion en lien avec la décision hostile du Royaume-Uni", qui selon elle "ne va pas améliorer les relations" entre les deux pays.

Les relations diplomatiques entre Londres et Moscou sont déjà au plus bas en raison des nombreux sujets de tension accumulés ces dernières années, dont en 2018 l'empoisonnement de l'ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille en Angleterre. L'attaque, qui a causé la mort d'une Britannique, a été attribuée par Londres aux renseignements militaires russes, ce que Moscou dément.

La liste inclut également 20 Saoudiens soupçonnés d'avoir joué un rôle dans l'assassinat en 2018 de l'éditorialiste critique du régime saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. Ce meurtre a plongé l'Arabie Saoudite dans l'une de ses pires crises diplomatiques et terni l'image du prince héritier Mohammed ben Salmane, dit "MBS", désigné par des responsables turcs et américains comme le commanditaire du meurtre.

Figurent aussi dans la liste britannique deux généraux birmans soupçonnés d'exactions envers la minorité musulmane des Rohingyas et deux organisations impliquées dans "du travail forcé, de la torture et des meurtres dans les camps de Corée du Nord".

 

Achats de Noël et écoles privées 

 

Avec une liste amenée à être complétée, ce nouveau régime de sanctions s'appliquera à "ceux qui facilitent, incitent, promeuvent ou soutiennent ces violations, ainsi qu'à ceux qui tirent un avantage financier des violations des droits de l'Homme", a expliqué la diplomatie britannique. Elles pourront viser notamment les meurtriers de journalistes et d'employés des médias, ou les responsables "d'actes motivés par la religion ou une croyance". 

Devant les députés, Dominic Raab a décrit ces sanctions comme "un outil permettant de viser les auteurs (de violations des droits humains, ndlr) sans punir plus largement la population d'un pays".

Elles "envoient un message clair du peuple britannique à ceux qui ont du sang sur leurs mains, aux hommes de main des despotes, aux sbires des dictateurs: ils ne peuvent pas venir dans ce pays acheter des propriétés sur King's Road, venir faire leurs achats de Noël à Knightsbridge ou siphonner leur argent sale via les banques britanniques", a-t-il averti en référence à des quartiers chic de Londres, prisés des riches visiteurs étrangers.

"Londres est un important acteur financier", a relevé Emil Dall, chercheur au centre de réflexion RUSI. Les autorités britanniques vont pouvoir pouvoir "refuser à certaines personnes la capacité d'effectuer des opérations financières au Royaume-Uni" ou empêcher "les personnes sanctionnées d'envoyer leurs enfants dans les écoles privées" du pays.  

Avec ce mécanisme, le Royaume-Uni adopte pour la première fois de manière autonome des sanctions relatives aux droits humains, indépendamment de l'ONU ou de l'Union européenne qu'il a quittée le 31 janvier.

"Cela va permettre au Royaume-Uni de travailler de manière indépendante avec des alliés comme les États-Unis, le Canada, l'Australie et l'Union européenne", a précisé la diplomatie britannique.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo s'est réjouit de cette initiative, estimant dans un communiqué que "ce régime de sanctions marque le début d'une nouvelle ère pour la politique de sanctions britannique et la coopération entre nos deux démocraties". 

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