30.05
19:53

C'est la pagaille aujourd'hui à la frontière belgo-française

Le soleil brille en ce long week-end de Pentecôte. Mais au poste-frontière de Saint-Aybert, pagaille et déception dominent : contrairement à ce qu'ils croyaient, les Belges ne peuvent toujours pas se rendre en France.

Vendredi, le ministre de l'Intérieur, Pieter De Crem avait autorisé à partir de samedi les Belges à se rendre dans un pays limitrophe pour "faire leurs courses" et "voir leurs proches"

Ces déplacements étaient interdits depuis le 20 mars dans le cadre des mesures de confinement mises en oeuvre pour lutter contre la pandémie provoquée par le coronavirus. Seules les visites d'un parent âgé en maison de repos ou les déplacements d'un enfant en garde partagé ou d'un travailleur frontalier étaient autorisés.

Or si en Allemagne, au Luxembourg et aux Pays-Bas, les Belges ont pu passer sans problèmes la frontière -le chef de la diplomatie luxembourgeoise, Jean Asselborn s'est d'ailleurs félicité de cette décision-, il n'en est rien en France.

En France en effet, la police réclame toujours une attestation avec de bonnes raisons professionnelles ou familiales pour laisser entrer les voisins étrangers, belges ou autres.

"Depuis ce matin, plus de cent véhicules ont dû faire demi tour",

explique sous couvert d'anonymat l'un des trois policiers en faction au poste-frontière de Saint-Aybert, sur l'autoroute reliant Bruxelles à Paris.

"Nous n'avons reçu aucune nouvelle directive, on nous a dit de continuer les contrôles comme avant",

a-t-il ajouté.

 

Plusieurs familles belges attristées

Parmi les conducteurs refoulés, la tristesse domine. "Nous sommes déçus", réagit les larmes aux yeux Renée-France Ringard, une Belge d'une cinquantaine d'années qui comptait retrouver son père demeurant à Croix, dans la banlieue de Lille. 

Elle ne l'a pas vu depuis le confinement, il y a maintenant plus de deux mois et demi.

"Le policier nous a expliqué qu'il n'y a pas de concertation entre les Français et les Belges",

raconte-t-elle. "Nous avons promené la voiture", conclut cette Bruxelloise pour résumer sa journée.

Même déconvenue pour Yvon Mathurin et Paule Wetz, un couple d'une cinquantaine d'années, qui s'étaient fait une joie de voir leur fille et leurs petits-enfants, résidant à Aniche (France). "A la télévision, nous avons vu le ministre belge dire que les visites étaient autorisées, ainsi que les courses. On est fort surpris, cela paraît injuste, il n'y a pas de coordination en Europe", dit la quinquagénaire.

Et son mari d'ajouter : "On ne sait pas à quoi s'en tenir, il faudrait que les gouvernements se mettent d'accord".

Résidant à Pont-à-Celles (au sud de Bruxelles), ils sont repartis avec les pâtisseries achetées pour fêter leurs retrouvailles avec leurs petits-enfants qu'ils n'ont pas vu depuis février.

 

Pas de courses non plus en France

Légèrement moins amer, André Dhaeyer, vivant à Quaregnon, voulait se rendre en France pour "acheter de l'eau et du fromage". "Ce matin, en écoutant la radio, j'y ai cru. L'information ne circule pas bien", se plaint-il, avant d'ajouter qu'il "n'allait pas mourir de soif", néanmoins.

"Il y a eu un peu de confusion dans la presse qui a parlé de pays voisins",

reconnaît de son côté le porte-parole du ministère belge de l'Intérieur, Karl Lagatie.

Cette situation "dépend des mesures en vigueur en France", explique son confrère du ministère belge de l'Intérieur, Erik Eenaerts. "Quand on se rend dans un pays, on doit toujours tenir compte des mesures qui sont en application", continue-t-il.

"Les Français, avec de la famille en Belgique, peuvent venir en Belgique. Je ne peux pas changer la situation en France (...) Nous, on a pris les mesures pour notre territoire",

ajoute-t-il.

Les ministres belge et français des Affaires étrangères sont en contact pour évaluer la situation, selon les deux porte-parole. Mais, sauf changement, la situation en France devrait perdurer au moins jusqu'au 15 juin, ont-il dit.

AFP

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