22.05
14:44

Des femmes en guerre et en bandes dessinées

Le point sur les bandes dessinées ce vendredi dans la chronique culture, avec deux pépites sélectionnées par Matthieu Morvan.

Pandémie oblige, toutes les sorties ou presque du printemps ont été post-posées mais deux très très bons albums sont au menu de cette chronique culture.

 

Tout d’abord "Seules à Berlin" de Nicolas Juncker,aux éditions Casterman.

Berlin, printemps 1945. Ingrid est allemande et travaille pour la Croix-Rouge. Pendant que ce qu’il reste du IIIe Reich jette ses dernières forces moribondes dans la bataille, Ingrid elle, survit comme elle peut au milieu des décombres et des bombardements. Fiancée à un officier SS, la jeune femme sait que l’arrivée des Russes dans la capitale Allemande sera synonyme d’exactions pour elle et ses consœurs. Pour ne pas sombrer dans la folie, Ingrid tient à jour un journal de bord, témoin privilégié de son quotidien.

Nicolas Juncker s’est inspiré des témoignages de "Une femme à Berlin", récit anonyme édité par Gallimard, et de "Carnets d’une interprète de guerre" d’Elena Rjevskaïa, sorti aux éditions Christian Bourgois, pour construire son récit. Il existe donc un caractère authentique dans cette bande dessinée. C’est âpre, fort, poignant avec une mise en couleur grise teintée de couleur éparses collant très bien à ce que devait être l’ambiance dans le Berlin de cette époque. Brillamment mis en scène par un auteur certainement trop méconnu du grand public, “Seules à Berlin” est un très gros coup de cœur de cette année 2020 !

Le travail de l’auteur sera à découvrir au musée de la bande dessinée de Bruxelles à partir du 24 juin.

 

Un autre portrait féminin

Un autre portrait féminin fort avec "Pucelle" de Florence Dupré Latour, sorti chez Dargaud. On pourrait croire à une bande dessinée sur l’innocence des nouveaux nés. Mais bien évidemment, "Pucelle", c’est un petit peu l’antithèse de tout cela.


Florence a grandi au sein d’une famille catholique nombreuse. Une jumelle, Bénédicte, Violaine la grande sœur, sans oublier Jérôme, le petit dernier. Une naissance pour laquelle Florence se questionne: papa a-t-il vraiment mis sa petite graine dans le nombril de maman?


Décidément, "la chose qui ne doit pas être dite" recèle bien des mystères. Son imagination s’emballe, Florence s’angoisse. Mais son ignorance de la "chose" ne l’empêche pas d’être lucide: la soumission de sa mère à la tradition et à son mari, très peu pour elle. Car oui, chez les Dupré La Tour, le boss c’est papa et tout le monde est prié d’obéir même en cas d’abus de pouvoir flagrant

Ce qui saute aux yeux dès le départ ou presque, c’est ce ton tragi-comique présent tout au long du livre. On passe par des sentiments très divers à la lecture mais l’humour dont elle fait preuve constamment n’alourdit pas le récit. Au contraire, cela lui donne une grande force évocatrice.


Dans cette biographie, Florence Dupré La Tour n’hésite pas à convoquer des souvenirs heureux comme douloureux en n’épargnant personne à commencer par ses parents. La position patriarcale est clairement décriée et l’autrice rejette en bloc l’image de mère au foyer dont la seule fonction serait de se taire et de procréer.

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