18.04.20
08:16

Gestion de la crise: des chercheurs veulent donner une place à l'humain

Ils sont 123 chercheurs en sciences sociales et humaines à s'être rassemblés pour élaborer une série de recommandations pour la gestion de la crise, pendant et après. Académiciens engagés, ils veulent lancer le débat et redonner une place à l'humain dans le processus de déconfinement et la société de l'"après".

La composition du "comité déconfinement" de Sophie Wilmès avait fait se hausser plus d'un sourcil: face à une crise dont tous les impacts ne sont pas encore mesurables, le gouvernement a sélectionné des experts au profil avant tout sanitaire et économique. La question avait fusé : et l’humain dans tout ça ?

Un groupe de chercheurs ne s’est pas arrêté à la question : plus d’une centaine d’entre eux s’est rassemblée afin de mettre en avant une série de recommandations concernant aussi bien le déconfinement lui-même, que la société de l’après covid-19. Car le monde est unanime, une crise d’une telle ampleur laissera des traces profondes sur nos sociétés.

Justice, enseignement, santé, éducation ou migration

Les réflexions partagées par ces académiciens concernent de nombreux domaines, des technologies à l’égalité hommes-femmes.

Souplesse et réorganisation approfondie dans l’enseignement

Les chercheurs de cette initiative sont unanimes sur la nécessité que la réouverture  se fasse dans des conditions bien déterminées. Ils ajoutent aussi que ces conditions ne pourront se décider ni être mises en place du jour au lendemain: ce sera un processus long de plusieurs semaines voire de plusieurs mois pour que tous les acteurs sachent précisément quel sera leur rôle et de quels moyens ils disposeront.

À leurs yeux, il est nécessaire de :

  • Annuler les examens et laisser passer les élèves directement à l’année supérieure;
  • Prévoir une « possibilité d’accueil prolongé pendant les congés d’été » ;
  • Reporter les examens pour les élèves en année de diplomation, et constituer des groupes de travail coordonnés pour gérer l’organisation ultérieure des épreuves;
  • Organiser une réouverture uniquement pour les équipes éducatives dans un premier temps ;
  • Puis une réouverture progressive, par exemple d’abord pour les enfants ayant été testés et donc plus en mesure de transmettre le virus ;
  • Rééchelonner les apprentissages manqués pour « résorber autant que possible les inégalités d’apprentissage générées par la situation de confinement ».

Ils recommandent également une certaine souplesse au niveau de la reprise de l’enseignement dans son ensemble au vu des circonstances exceptionnelles, "il faut en effet anticiper que certains – enseignants ou élèves – ne seront pas en mesure de réintégrer leur établissement pour des raisons personnelles (hospitalisation ou décès d’un proche, nécessité de s’occuper des membres du ménage, etc.). De telles situations, qui seront sans doute loin d’être exceptionnelles, ne devraient en aucun cas menacer les personnes concernées en termes d’emploi ou de parcours scolaire".

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Et le climat dans tout ça ?

Les impacts des mesures de confinement imposées dans le monde entier sont apparus évidents dans un domaine clé de notre époque : l’environnement, et juste derrière, l’urgence climatique. Face à une crise d’ampleur mondiale, nos gouvernements sont donc bel et bien capables de prendre des mesures drastiques, fût-ce au détriment de l’économie. De nombreuses personnes dans le monde ont donc appelé à des mesures similaires à la sortie de la crise pour faire au réchauffement de la planète.

Aujourd’hui de plus en plus de voix s’élèvent pour souligner que les crises majeures que notre monde a connu jusqu’à présent ont au contraire débouché sur une aggravation de la situation : les émissions de CO2 augmentent, l’injection de milliards pour relancer l’économie sans distinction des secteurs plus ou moins polluant au sein de cette économie ou encore la levée de mesures de protection de l’environnement pour permettre à l’industrie de se relever plus facilement (c’est déjà le cas en Chine et aux Etats-Unis).

 Ici aussi, les chercheurs font plusieurs propositions :

  • Mise en place d’une taxe carbone, « seule mesure qui bénéficiera le plus au climat », et une « opportunité historique » d’instaurer une telle mesure ;
  • Réorientation des subsides destinés aux énergies fossiles ;
  • Renforcement des lois et des engagements environnementaux ;
  • Une plus grande attention doit être accordée aux impacts en matière de santé dus au changement climatique. Ces derniers sont bien documentés et ont des conséquences sur les maladies infectieuses ;
  • Faire de la COP26 une opportunité pour relancer la coopération internationale.

Ils soulignent également la nécessité de fixer des objectifs plus immédiats pour le climat. Les objectifs actuels fixés souvent à 2050 impliquent un délai que beaucoup d’habitants de la planète ne verront pas. Il est nécessaire d’opérer là comme cela est fait pour la crise actuelle : faire le maximum dès maintenant, plutôt que s’arrêter à des objectifs situés au-delà de la vie de nombreux habitants.

E. Feron

 

10 recommandations à court terme retenues par les coordinateurs de l'initiative:

« Un gel des loyers, pendant toute la durée de la crise, pour le logement public. Pour le secteur privé, l’étalement des paiements sur plusieurs mois.

Le développement des aides aux acteurs et victimes à finalité publique : associatif, culture, médias, etc.

Annulation de tous les examens, tous les élèves passent automatiquement à l’année supérieure.

Limitation de l’approche répressive : la peur de la contagion et la limitation des libertés suscitent suffisamment d’angoisse et de frustration.

Régularisation des sans-papiers et accès au marché du travail en lien avec la main-d’œuvre urgente, notamment dans l’agriculture locale et durable.

Organisation humaine de la possibilité de rendre hommage à ses défunts pour chaque citoyen, en associant les acteurs de terrain.

Réorganisation des maisons de repos en petites unités de 6 à 15 résidents soignés par une équipe multidisciplinaire de 6 à 8 soignants.

Représentation des femmes et des métiers de première ligne dans les organes de décision (comité d’experts), notamment pour le déconfinement.

Mise sur pied, comme partie intégrante du processus de sortie du confinement, d’un débat public.

Communication sur la sortie du confinement qui ne marquera pas le retour à un état antérieur, mais le début d’un processus complexe d’adaptation à long terme. »

 

 

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