02.04.20
07:01

Une "renationalisation" de Brussels Airlines est à l’étude

La compagnie aérienne, filiale de Lufthansa, est en faillite virtuelle. Un groupe d’experts étudie la meilleure manière de la sauver.

C’est un des effets économiques collatéraux de la pandémie que traverse actuellement la Belgique et la planète entière : la compagnie aérienne Brussels Airlines pourrait à court terme revenir, en tout ou en partie, dans le giron de l’Etat belge. Plusieurs sources de haut niveau ont détaillé à LN24 comment un groupe de haut niveau, entre autres conduit par Pierre Wunsch (Banque nationale), Koen Van Loo (SFPI) et Olivier Vanderijst (SRIW), entre autres, planche sur différents plans de sauvetage de la compagnie.

Car c’est bien de sauvetage qu’il s’agit : frappée de plein fouet par la crise Covid19, Brussels Airlines, dont la santé financière n’était pas florissante avant la pandémie, est désormais en état de "faillite virtuelle", selon un expert.

Rappel : la compagnie aérienne belge est détenue à 100% par le groupe allemand de Lufthansa qui a racheté la société belge en deux tranches : en 2008, les Allemands avaient allongé 65 millions et 1 million supplémentaire en 2016 pour compléter le deal et détenir 100% de la compagnie. Celle-ci détient à l’heure actuelle 45 avions.

Or les besoins urgents en liquidités de Brussels Airlines sont désormais évalués officiellement à quelque 200 millions d’euros, mais certains experts estiment que c’est de 290 millions d’euros qu’aura besoin la compagnie pour franchir cette crise.

Et outre les liquidités, il faudra aussi recapitaliser la société…

Bref, alors que les Allemands de Lufthansa sont eux-mêmes confrontés à des difficultés énormes chez eux, il est hautement improbable qu’ils viennent à la rescousse de leur filiale belge.

Dans un état-major de parti, un haut-gradé dit ceci : "C’est très simple, il est hors de question que les montants délivrés par la Belgique filent en Allemagne. Soit Lufthansa renfloue les caisses de Brussels Airlines soit ils nous cèdent la compagnie pour un euro symbolique".

Les Belges veulent sauver Brussels Airlines

D’une part, la compagnie est une maille importante du tissu aéronautique belge dont dépendent de nombreuses autres compagnies comme Sabena Aerospace ou Skeyes Belgocontrol. Avec de nombreux emplois à la clé. 

D’autre part, Brussels Airlines est d’une importance capitale pour l’aéroport de Bruxelles qui lui aussi souffre terriblement de la crise Covid-19. Brussels Airlines représente 40% du trafic de Brussels Airport mais est aussi la charnière centrale du hub Star Alliance à Bruxelles.

Comme le dit une source proche du dossier, "Brussels Airlines est une pièce essentielle de l’écosystème aéronautique belge".

Mais si les Belges sont décidés à aider Brussels Airlines, certains hésitent à mettre des billes dans un puits sans fond. "Cette compagnie n’a jamais rien rapporté tout est dans le symbole, il faut faire attention à ne pas maintenir artificiellement en vie une compagnie qui est déjà aux soins intensifs", pointe un expert.

Des mécanismes financiers tels que des prêts convertibles en capital ou des lignes de crédit conditionnelles sont étudiées. A ce stade, les Belges attendent que les Allemands mettent leurs cartes sur table et formulent des demandes précises en liquidités et ou en capital de la société. Plusieurs sources précisent également que la Banque Belfius, détenue par l’Etat belge et disposant de liquidités, pourrait être un des vecteurs de cette reprise pour mobiliser les capitaux. Le CEO de Belfius Marc Raisière a d’ailleurs déjà été consulté à ce sujet.

Dans une réaction, la compagnie Brussels Airlines a démenti être en état de faillite mais a néanmoins reconnu que la crise qu’elle traversait était sans précédent.

Martin Buxant

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