24.03
13:52

Le Japon et le CIO d'accord pour reporter d'un an les JO de Tokyo

Face à la pandémie de coronavirus, le Japon a dû se résoudre mardi à demander un report d'un an des Jeux olympiques d'été de Tokyo 2020, ce que le Comité international olympique (CIO) a accepté.

S'il est officiellement approuvé par le CIO, ce report sera une première pour des JO de l'ère moderne en temps de paix. Auparavant seuls les deux conflits mondiaux du 20e siècle avaient entraîné le report technique puis l'annulation de Jeux.

"J'ai proposé de les reporter d'environ un an et le président du Comité international olympique (Thomas) Bach a accepté à 100%", a annoncé le Premier ministre japonais Shinzo Abe devant les caméras de télévision mardi, à l'issue d'une conférence téléphonique avec M. Bach.

C'est un énorme coup dur pour la ville de Tokyo et le Japon, qui se préparaient minutieusement depuis des années à accueillir le plus grand événement sportif de la planète du 24 juillet au 9 août, suivis des Paralympiques du 25 août au 6 septembre.

Les autorités japonaises et le CIO ont été longtemps réticents à envisager officiellement de modifier le calendrier des JO.

Le CIO avait indiqué dimanche qu'il se donnait quatre semaines pour prendre une décision mais la pression d'athlètes, puis de fédérations sportives nationales et internationales, devenait de jour en jour plus forte avec la propagation inexorable du coronavirus, apparu en Chine fin 2019 et qui sévit désormais massivement ailleurs dans le monde, notamment en Europe.

"Le Comité international olympique va discuter aujourd'hui avec le gouvernement japonais, le comité d'organisation des Jeux de Tokyo 2020 et la commission exécutive du CIO au sujet du scénario incluant un report des Jeux, et communiquera en temps voulu", avait expliqué le CIO.

 

"Ni faisable ni souhaitable"

"Mon interprétation de l'annonce du CIO (de dimanche) est qu'ils ne veulent pas annuler les JO et qu'ils ne pensent pas pouvoir continuer de les maintenir à la date du 24 juillet", avait expliqué à l'AFP le Canadien Dick Pound, membre historique du CIO.

La très puissante fédération internationale d’athlétisme, sport numéro un aux JO, avait pris clairement position, estimant qu'ouvrir les Jeux le 24 juillet n'était "ni faisable ni souhaitable", selon son président Sebastian Coe.

Une prise de position tranchée qui est intervenue alors que la plupart des compétitions sportives sont à l'arrêt sur l'ensemble des continents, où plus d'un milliard de personnes doivent rester chez elles, avec des mesures de confinement souvent drastiques.

Le coronavirus Covid-19 a fait au moins 16.961 morts dans le monde depuis son apparition en décembre, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles mardi à 11h00 GMT. 

Plus de 386.350 cas d'infection ont été officiellement diagnostiqués dans 175 pays et territoires depuis le début de l'épidémie.

 

Le Canada abandonne

Un nombre grandissant de fédérations sportives nationales avaient appelé ces derniers jours à un report de l'événement, emboîtant le pas à des critiques d'athlètes d'abord isolées.

Les comités olympique et paralympique du Canada est allé jusqu'à annoncer dimanche qu'ils n'enverraient pas leurs athlètes si les JO étaient maintenus cet été. "La bonne décision à prendre", a jugé le Premier ministre Justin Trudeau.

Le Comité national suisse a officiellement demandé lundi le report des JO. Le Comité australien a estimé que les Jeux ne pourraient se tenir en juillet. 

Se rangeant derrière l'avis de ses sportifs, consultés dimanche, et favorable pour les deux tiers à un report des Jeux, le comité olympique américain, plus grosse délégation aux JO, s'est positionné en faveur d'un renvoi de l'échéance.

En France le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'était aussi déclaré dimanche peu enclin à envoyer des sportifs au Japon dans quatre mois.

Au-delà des questions de santé, la pandémie actuelle de coronavirus pose d'énormes difficultés pour les sportifs qui ne peuvent ni s'entraîner en vue des JO, ni même, dans un certain nombre de disciplines, tenter de se qualifier, faute de compétition.

Un report d'un événement aussi gigantesque est toutefois une "opération très complexe", a prévenu samedi le président du CIO, Thomas Bach, dans un entretien avec le média régional allemand SWR. "Reporter les Jeux olympiques n'est pas comme décaler un match de football au samedi suivant".

 

Seules les deux guerres mondiales ont eu raison des JO par le passé

Certains Jeux olympiques ont souffert de boycotts (Moscou 1980, Los Angeles 1984), d'attentats terroristes (Munich 1972, Atlanta 1996), et d'autres avaient déjà été menacés par des virus (Athènes 2004 par le SRAS, Rio 2016 par le Zika).

Alors que les Jeux de Tokyo 2020 sont les premiers à être reportés en temps de paix, en raison de la pandémie de Covid-19, voici un retour sur les JO annulés dans l'histoire moderne, victimes des deux Guerres mondiales.

 

Berlin 1916  

En 1912, le Comité international olympique (CIO) décerne les futurs Jeux de la VIe olympiade à Berlin, préférée à pas moins de cinq autres villes candidates (Alexandrie, Amsterdam, Bruxelles, Budapest et Cleveland aux Etats-Unis).

L'Empire allemand ne fait pas les choses à moitié: dès 1913, un stade d'environ 33.000 places est inauguré à Berlin, dans les temps pour y célébrer en grande pompe les 25 ans de règne de l'empereur Guillaume II.

Le stade a été construit en à peine 200 jours, selon le comité olympique allemand (DOSB), et il comprenait aussi une piscine de 100 mètres de long.

Pour la première fois dans l'histoire des Jeux, des athlètes féminines devaient concourir dans quelques disciplines (natation et plongeon, tennis et netball).

Mais le 28 juin 1914, alors même que des épreuves tests se déroulent à Berlin, l'Archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l'Empire austro-hongrois, est assassiné à Sarajevo avec son épouse par un nationaliste serbe.

Ce meurtre va provoquer l'embrasement généralisé de la Première Guerre mondiale à partir d'août 1914.

Les circonstances précises de l'annulation des Jeux de Berlin ne sont pas connues. Cependant le fondateur des Jeux modernes, le baron Pierre de Coubertin, décrétera que cette édition serait malgré tout comptée comme la VIe olympiade, bien que n'ayant jamais eu lieu.

Après la Grande Guerre, l'Allemagne vaincue fut exclue des JO de 1920, organisés à Anvers (Belgique).

 

Tokyo 1940

Au début des années 1930, les autorités japonaises avaient présenté la candidature de Tokyo pour les JO de 1940 comme un moyen de montrer au monde sa reconstruction après le grand séisme du Kanto de 1923.

Une similitude troublante avec les Jeux de Tokyo 2020, présentés par le gouvernement nippon comme les "Jeux de la reconstruction" après le séisme, le tsunami et la catastrophe nucléaire de Fukushima en mars 2011.

Tokyo est choisie après une habile campagne de lobbying du Japon, parvenant à persuader le dictateur italien Benito Mussolini de retirer Rome de la course en lui promettant un renvoi d'ascenseur pour l'olympiade suivante...

Cependant la tenue des Jeux devient progressivement compromise, l'expansionnisme japonais en Chine entraînant une pression diplomatique croissante des puissances occidentales.

Dans le Japon militariste de l'époque, des voix commencent par ailleurs à remettre en cause l'utilité d'organiser des Jeux plutôt que de se consacrer entièrement à l'effort de guerre.

Le comité olympique japonais finit par jeter l'éponge en juillet 1938, expliquant que "les problèmes avec la Chine" rendaient impossible la tenue des Jeux à Tokyo.

Le Japon renonce aussi aux Jeux d'hiver de 1940, qui devaient se tenir dans la ville septentrionale de Sapporo. 

Les Jeux d'été de 1940 doivent alors échoir à Helsinki et les Jeux d'hiver à Saint-Moritz (Suisse), mais les deux événements sont balayés par le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en septembre 1939.

Dix-neuf ans après la fin de la guerre, en 1964, Tokyo deviendra finalement la première ville asiatique à accueillir des JO.

 

Londres 1944

Bien que les nuages noirs s'amoncelaient au-dessus de l'Europe, sur laquelle l'Allemagne nazie allait bientôt déferler, le CIO se réunit à Londres en juillet 1939 pour désigner la ville hôte des Jeux de 1944.

La capitale britannique a été choisie aux dépens de Rome, Detroit (Etats-Unis), Lausanne (Suisse) et Athènes.

Mais à peine deux mois plus tard, la guerre avec l'Allemagne était déclarée et les Jeux de 1944 tombaient aux oubliettes.

Les Jeux d'hiver, qui devaient se tenir la même année à Cortina d'Ampezzo connurent le même sort. La station de ski italienne se rattrapera en accueillant les Jeux d'hiver de 1956 et doit remettre le couvert avec Milan en 2026.

Londres accueillera finalement ses premiers JO en 1948, qui furent surnommés les "Jeux de l'austérité" en raison des conditions d'accueil spartiates offertes aux athlètes, trois ans seulement après la guerre. Vaincus, l'Allemagne et le Japon ne furent pas conviés.

 

 

Source AFP

Les dernières informations de ce mardi 24 mars sur l'évolution de la pandémie de Covid-19 à travers le monde et en Belgique.

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