20.03
20:25

Pourquoi la Grèce a réagi rapidement au covid-19

La Grèce a réagi rapidement face au coronavirus pour éviter "l'écroulement" de ses hôpitaux "affaiblis" par une décennie de crise, et empêcher une propagation incontrôlable dans les camps surpeuplés de migrants, selon des analystes.

"Notre priorité est de sauver des vies et la santé publique, c'est pourquoi nous avons imposé plus tôt que d'autres pays européens des mesures extraordinaires (...) pour limiter l'expansion du virus et renforcer le système de santé", a souligné mardi le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis.

Dès son premier mort, le 12 mars, et avec à peine 117 cas de Covid-19, le gouvernement dégainait des mesures drastiques: fermeture des écoles, universités, crèches, des cinémas, théâtres et lieux de divertissement. Avant de monter en puissance les jours qui ont suivi, en fermant encore, sous peine d'amende, les musées et sites archéologiques, les bars et restaurants, les commerces et les hôtels.

Depuis dimanche, les voyageurs arrivant de l'étranger sont placés en quarantaine pour 14 jours. Les rassemblements de plus de 10 personnes sont interdits et les autorités ont exhorté les Grecs à "limiter leurs déplacements non indispensables" et à se rendre seulement au travail, chez le médecin ou à faire des courses "qui ne peuvent être livrées à domicile".

Depuis le 12 mars, un bilan de 8 morts et 495 cas pour 10,7 millions d’habitants

Vendredi, une semaine après les premières mesures, le pays comptait huit morts et 495 cas sur une population de 10,7 millions.

"La Grèce a pris des mesures à temps, l'exemple de l'Italie voisine a choqué tout le monde", explique à l'AFP Kyriakos Souliotis, professeur de politique de la santé à l'Université du Péloponnèse.

Le pays n'avait pas d'autre choix que "de réagir rapidement avant que les cas se multiplient et que les hôpitaux soient surchargés. Son système sanitaire avec ses problèmes chroniques est très affaibli après la crise de la dette" (2010-2018), observe Penny Zorzou, spécialiste des maladies infectieuses à l'hôpital de l'île de Chios.

"L'objectif est de gagner du temps avec des mesures sévères pour éviter la multiplication soudaine des cas de coronavirus" et éviter "l'écroulement" éventuel du système de santé, estime encore Penny Zorzou.  

Un nombre de lit inférieur de moitié à la moyenne européenne

Pendant la crise, les coupes dans les dépenses publiques et la fuite à l'étranger de centaines de milliers de Grecs, dont de nombreux médecins, ont lourdement impacté le secteur public de santé qui peine à se redresser.

"Le pays ne dispose que de la moitié de la moyenne européenne du nombre de lits dans les unités de soins intensifs", précise Kyriakos Souliotis. Les hôpitaux manquent de personnel et d'équipements sanitaires essentiels, et des experts ont souligné la pénurie de tests de dépistage au Covid-19.

Certains analystes dénoncent aussi le caractère prohibitif et sélectif des tests en Grèce, empêchant d'avoir une image globale de la situation à travers le pays. 

Les camps de migrants, une "bombe sanitaire"

"Nous sommes au début d'une bataille qui sera difficile surtout pendant les deux prochains mois", a prévenu Kyriakos Mitsotakis.

Le Premier ministre a critiqué les pays "qui ont refusé de prendre des mesures dynamiques" contre le coronavirus, faisant allusion au Royaume-uni. 

Lui a décidé d'exhorter très vite ses concitoyens à "rester chez eux" afin de "laisser plus de temps au système de santé pour s'occuper des cas urgents". Pour combler les lacunes du secteur, le gouvernement a annoncé l'embauche pour deux ans de 2.000 médecins et personnels hospitaliers, ainsi que la mise à la disposition de 1.900 lits supplémentaires dans un hôpital près d'Athènes.

Autre casse-tête pour Athènes: les dizaines de milliers de migrants entassés dans des camps sordides. Une véritable "bombe sanitaire" pour le porte-parole du gouvernement Stelios Petsas, selon lequel les risques de propagation du coronavirus sont plus élevés quand les migrants sont libres de se déplacer.

Pour l'heure, aucun cas de coronavirus n'a été détecté dans les camps

Mais des restrictions ont été imposées dès cette semaine sur les allers et venues des migrants, qui ne sont plus autorisés qu'à sortir en petits groupes pendant des tranches horaires définies. Les visites dans les camps sont également réduites au minimum.

"Ces mesures sont très positives", se félicite Penny Zorzou. "L'objectif est de réduire le contact des migrants avec la population autochtone qui se déplace plus qu'eux et se trouve potentiellement plus exposée au virus que les résidents des camps", ajoute l'experte.

AFP

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