19.03
11:45

Le coronavirus, une bombe à retardement pour les bidonvilles asiatiques

Le nouveau coronavirus a tout de la bombe à retardement pour des centaines de millions de personnes entassées dans les habitats insalubres d'Asie où on ne peut pas survivre en restant chez soi.

Mary Grace Aves est terrorisée par les informations sur la pandémie qui se propage, car les consignes d'hygiène et de distanciation sociale sont tout simplement impossibles à appliquer dans le bidonville surpeuplé où elle vit à Manille.

"Le confinement peut être possible pour les autres qui sont riches, qui ont de l'espace", reconnaît Mary Grace Aves, dans son domicile de la taille d'un placard dans le secteur déshérité de Tondo.

"Ici nous sommes les uns sur les autres", observe cette mère de quatre enfants âgée de 23 ans. "Vous ne pouvez pas croiser quelqu'un sans le toucher."

Les capitales asiatiques ont elles aussi durci les mesures pour se protéger du coronavirus. La moitié des 110 millions de Philippins ont ainsi reçu pour consigne de rester chez eux.

Une mesure de quarantaine qui inclut Manille. Mais mercredi, elle n'était nullement appliquée dans les bidonvilles et largement ignorée dans le reste de la métropole.

 

Vie en commun 

Compte tenu des modes de transmission du coronavirus, les autorités sanitaires du monde exhortent avant tout à rester chez soi et à se laver régulièrement les mains.

"Mais qu'est ce qui se passe pour ceux qui ne peuvent faire ni l'un ni l'autre?", s'interrogeait récemment dans une tribune Annie Wilkinson, chercheuse à l'Institut pour les études sur le développement, basé en Grande-Bretagne.

"Le risque est réel que l'impact sur les populations urbaines les plus pauvres soit beaucoup plus lourd qu'ailleurs."

En 2017, la Banque mondiale estimait que 250 millions de personnes vivaient dans des taudis dans la zone de l'Asie de l'Est et du Pacifique, en particulier en Chine, aux Philippines et en Indonésie.

Ces bidonvilles comptent une densité de logements très élevée, des habitations d'une superficie si petite qu'elles ne sont utilisées que pour dormir, et souvent dépourvues d'eau courante.

La cuisine, la lessive, la toilette et les loisirs se concentrent généralement dans des espaces communs bondés, ce qui implique que l'essentiel de la vie se passe avec les autres.

Dans le quartier où vit Mary Grace Aves, il n'y a ni masques chirurgicaux, ni gel hydroalcoolique, et l'on fait ses besoins dans des seaux qui sont directement vidés dans les eaux noires de l'Estero de Vitas.

 

"Ils mourront de faim" 

Les passages crasseux entre habitations sont si étroits que les habitants, souvent, ne se croisent pas sans se toucher.

Des conditions parfaites pour la propagation d'un virus.

Le coronavirus pourrait en outre être catastrophique pour tous ceux qui développeront des formes graves de la maladie Covid-19 et seront dans l'incapacité matérielle de se payer des soins.

Plus de 210.000 cas ont été détectés dans le monde entier et près de 9.000 personnes ont succombé.

Et les populations les plus pauvres d'Asie sont largement livrées à elles-mêmes, au moment où la pandémie s'aggrave.

Ni l'Indonésie ni l'Inde n'ont imposé de mesures de confinement ou pris de décisions sanitaires spécifiquement destinées au bidonvilles.

Au Pakistan, le Premier ministre Imran Khan s'est refusé à imposer des mesures de confinement à grande échelle en affirmant qu'elles auraient un impact économique trop lourd.

"La situation n'est pas la même que celle des Etats-Unis ou de l'Europe", a lancé mardi soir Imran Khan lors d'une allocution télévisée. "Si nous confinons les villes, (...) nous sauverons (ses habitants) du coronavirus d'un côté, mais ils mourront de faim de l'autre."

Les habitants de Tondo disent avoir arrêté de travailler quand les mesures de confinement sont entrées en vigueur. Mais ils avertissent qu'ils devront aller travailler quand leurs maigres économies auront été dépensées, c'est-à-dire dans quelques jours.

Les accès du bidonville sont en outre grand ouverts.

"Il se peut que l'épidémie arrive car nous ne contrôlons pas qui entre et qui sort", observe Fely Tumbaga, 48 ans, qui gère une échoppe dans le quartier.

A l'en croire, les habitants se montrent de plus en plus méfiants à l'égard des têtes inconnues.

 

Source AFP

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