23.02
18:00

Coronavirus: onze villes en quarantaine en Italie, l'angoisse monte

Carnaval de Venise stoppé, 11 villes en quarantaine pour deux semaines: le Nord de l'Italie se prépare à vivre des jours d'angoisse et de restrictions après une soudaine et spectaculaire flambée des cas du nouveau coronavirus en trois jours.

La découverte de plusieurs foyers vendredi, jour où a été annoncé le premier décès d'un Italien (et d'un Européen), puis la multiplication rapide des cas, passés de six à près de 150 dimanche, préoccupe les autorités et la population locale.

"Virus Paralysie", titre le grand journal Repubblica. Tous les médias publient des décalogues sur la manière d'éviter la contagion ou d'expliquer l'épidémie aux enfants. 

Officiellement, l'Italie compte désormais 149 cas, ce qui en fait le pays le plus touché en Europe, depuis qu'a démarré l'épidémie de pneumonie virale en décembre en Chine. Près de 90 de ces cas se trouvent en Lombardie (région de Milan) et 25 en Vénétie (région de Venise). 

 

Le nombre de cas augmentera

Le Premier ministre Giuseppe Conte, interrogé dans la populaire émission télévisée Domenica In sur la chaîne publique Rai Uno, a appelé à "ne pas succomber à la panique et à suivre les consignes des autorités sanitaires". "Il ne faut pas avoir peur du fait que le nombre de cas augmentera encore", a-t-il ajouté.

Selon le chef de la protection civile Angelo Borrelli, des structures militaires et des hôtels sont déjà prêts à accueillir des milliers de personnes qui pourraient être placées en quarantaine.

Deux foyers principaux ont été identifiés: autour de Codogno, en Lombardie où un deuxième décès (une femme de 77 ans) a été annoncé samedi, et à Vo'Euganeo, près de Padoue (Vénétie), où le premier cas mortel d'un retraité de 78 ans avait été enregistré.

Les autorités de Lombardie ont aussi annoncé dimanche le décès d'une femme âgée, atteinte d'un cancer et qui avait contracté le nouveau coronavirus.

Le gouvernement a adopté un décret-loi très strict qui met à l'isolement 11 villes, dont 10 dans le périmètre de Codogno. "Ni l'entrée ni la sortie ne sera autorisée sauf dérogation particulière", a annoncé Giuseppe Conte.

Dimanche, la Vénétie a aussi décrété l'interruption des festivités du célèbre Carnaval qui devait se terminer mardi, et des manifestations sportives ainsi que la fermeture de toutes écoles. 

En Lombardie, les mesures restrictives touchent désormais la métropole de Milan, capitale économique de l'Italie, avec la fermeture des écoles, des universités, mais aussi des musées, cinémas et théâtres dont la prestigieuse Scala. Les autorités étudient la fermeture de certains magasins mais les services publics restent ouverts. 

Même la fashion week milanaise jusque là "tranquille", selon ses organisateurs, a été perturbée: le maestro Giorgio Armani, 85 ans, et la styliste Laura Biagiotti ont décidé de défiler dimanche portes closes et de   retransmettre leurs présentations pour l'automne-hiver 2020 sur leur site.

Dans les 11 villes en quarantaine, tous les lieux publics (bars, restaurants mairies, bibliothèques, écoles) sauf les pharmacies, avaient été fermés dès vendredi. 

Le principal foyer se trouve autour de Codogno, une localité de 15.000 habitants dont beaucoup travaillent aux alentours ou à Milan, à 60 km de là.

Les trains de la société privée Trenord ne s'arrêtent plus à Codogno ni dans deux villes voisines, dont beaucoup de résidents travaillent à Milan. Des panneaux lumineux annoncent: "Coronavirus, la population est invitée à rester chez elle, par mesure de précaution".

Dans la localité voisine de Casalpusterlengo, une voiture de la police arrête tous les véhicules circulant dans les deux sens sur la principale artère reliant les différentes bourgades. 

"Nous allons rapidement installer un blocus total", a expliqué dimanche après-midi à l'AFP un policier, en soulignant que les agents informent "les gens que s'ils entrent, ils ne pourront plus sortir et inversement".

Le gouvernement a prévu des sanctions allant jusqu'à trois mois de réclusion pour les contrevenants. 

Mais la grande crainte des habitants est celle de manquer de vivres. Toute la journée, à Casalpusterlengo, des files se sont formées devant le supermarché Lidl, l'un des seuls ouverts.

 

Pas de patient zéro pour le moment 

Le patient 1 pour la Lombardie est un homme de 38 ans, Mattia, cadre de la multinationale anglo-néerlandaise Unilever qui a un site important près de Codogno, à Casalpusterlengo, où 120 des salariés sur 160 ont été testés.

Sa contamination reste un mystère: il est exclu qu'il ait été contaminé par l'un de ses amis revenu de Chine en janvier, car celui-ci, "sur la base des tests effectués, n'a pas développé les anticorps", selon le ministère de la Santé.

L'OMS reconnait que "la hausse rapide des cas enregistrés en Italie depuis deux jours est inquiétante", selon un porte-parole. "Ce qui nous inquiète aussi c'est qu'on pas pas pu identifier dans tous les cas des liens épidémiologiques clairs comme des voyages en Chine ou des contacts avec un cas confirmé".

L'autre zone de contamination est Vo' Euganeo, près de Padoue. Les autorités ont soumis à des tests 8 ressortissants chinois qui fréquentaient le même bar que le maçon décédé vendredi mais qui se sont révélés négatifs. Le patron de la région Luca Zaia s'est dit "préoccupé" que le patient zéro n'ait pas été trouvé, ce qui prouve pour lui, que "le virus est bien plus omniprésent que ce qu'on pensait".

 

Source AFP

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