10.02
14:54

Annegret Kramp Karrenbauer ou le pari perdu de la "mini Merkel"

Mal aimée et contestée par ses troupes, Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a renoncé lundi à briguer la chancellerie, aura été une éphémère présidente du parti conservateur allemand dans une atmosphère lourde de "fin de règne" d'Angela Merkel.

Surnommée autrefois "Merkel bis" ou "mini Merkel" pour sa proximité avec la chancelière, la Sarroise de 57 ans avait remporté de justesse la présidence de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) en décembre 2018 lors d'un congrès historique où sa mentor avait cédé les rênes du parti après presque 20 ans dans de règne.

Le poste lui ouvrait en théorie la voie vers la chancellerie quand Angela Merkel aurait bouclé en 2021 son quatrième et dernier mandat. Mais depuis le début, "AKK" comme on la surnomme par ses initiales en Allemagne, a donné l'impression de ne pas être à la hauteur de la tâche

Le cataclysme politique en Thuringe, où la CDU et l'extrême droite ont pour la première fois voté ensemble pour porter à la présidence de la région un candidat libéral, a constitué le coup de grâce. 

Son incapacité dans la foulée à s'imposer face au chef régional des conservateurs, qui refusait de nouvelles élections, a été l'expression "d'un manque d'autorité absolu", a sévèrement jugé le politologue Albrecht von Lucke sur la radio publique.

Dans la continuité politique d'Angela Merkel

Son choix comme nouvelle présidente se voulait comme une volonté de continuité de la politique centriste d'Angela Merkel , face à l'avocat d'affaires Friedrich Merz partisan d'un net virage à droite, propre selon lui à récupérer les électeurs conservateurs partis vers l'extrême droite d'Alternative pour l'Allemagne (AfD). 

Peu après son élection, AKK a appelé à l'unité de son mouvement dans un paysage politique de plus en plus fragmenté, où les grands partis traditionnels -CDU et Sociaux-démocrates- perdent des électeurs au profit de l'AfD à droite, et des Verts au centre. Mais elle n'a pas réussi à réconcilier ses troupes, au contraire.

La volonté d'Angela Merkel de conserver son poste de chancelière tout en abandonnant les rênes d'un parti qu'elle dirigeait d'une main de fer n'a certes pas facilité la tâche de sa dauphine. Ce qu'AKK a de facto souligné en annonçant qu'elle jetait l'éponge lors d'une réunion interne lundi: "ll est évident que présidence du parti et chancellerie doivent être entre les mêmes mains", a-t-elle dit selon une source proche du parti à l'AFP.

Mais après de rudes revers électoraux aux Européennes, puis lors de scrutins régionaux en 2019, AKK a accumulé aussi plusieurs maladresses qui n'ont fait qu'augmenter le mécontentement.

"Courage du désespoir"

Cette catholique, mère de trois enfants, a particulièrement choqué en attaquant la liberté d'expression sur le net après une vidéo anti-CDU d'un Youtubeur en vue. Une blague sur la communauté transgenre pendant le carnaval est également très mal passée. 

Sa proposition de créer une zone de sécurité internationale dans le nord de la Syrie sans consulter ses collègues du gouvernement, ou ses alliés de l'OTAN, a achevé de la discréditer, cette fois au niveau international. Pour le Spiegel ses efforts permanents pour acquérir une stature nationale en devenant ministre de la Défense ont relevé du "courage du désespoir".

Annegret Kramp-Karrenbauer était peu connue au niveau national avant d'être propulsée à la tête de la CDU. Auparavant, elle a réalisé toute sa carrière en Sarre, petite région d'Allemagne à la frontière de la France, où elle est très populaire. Y compris pour un sens certain d'autodérision.

Chaque année lors du carnaval, elle aime se produire sous les traits de "Gretel la femme de ménage" qui râle en dialecte sarrois contre la politique berlinoise. Performance à laquelle elle a renoncé cette année.

AFP

Partager cet article

Contenu sponsorisé

En lien avec l'article