02.01.20
06:58

Affaire Ghosn: perquisition à Tokyo, interpellations en Turquie

Une perquisition a eu lieu jeudi au domicile provisoire de Carlos Ghosn à Tokyo et plusieurs personnes ont été interpellées en Turquie, où une enquête est ouverte pour comprendre comment l'ex-patron a réussi à s'enfuir au Liban en passant par Istanbul.

Les télévisions nippones ont montré jeudi des images d'inspecteurs entrant dans la maison de Tokyo habitée par l'ancien patron de Renault et Nissan jusqu'à sa mystérieuse fuite. En outre, les autorités turques ont interpellé jeudi plusieurs personnes dans le cadre d'investigations sur son transit par Istanbul.

L'ex-PDG se trouve depuis lundi à Beyrouth, d'où il a émis un communiqué et une conférence de presse doit avoir lieu dans les jours à venir dans la capitale libanaise,

Les circonstances de son départ surprise sont encore très floues et les officiers du bureau des procureurs de Tokyo vont exploiter toutes les données disponibles, dont les images de la caméra de surveillance placée à l'entrée de son domicile et celles des caméras du quartier, selon des informations livrées aux médias locaux par des « personnes en relation avec l'enquête ».

Carlos Ghosn, qui possède trois nationalités -française, brésilienne et libanaise- ne sera pas extradé s'il vient en France parce que la France n'extrade « jamais » ses nationaux, a par ailleurs affirmé jeudi la secrétaire d'Etat française à l'Economie, Agnès Pannier-Runacher, sur la chaîne BFMTV.

M. Ghosn fait l'objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan, et deux autres pour abus de confiance aggravéArrêté en novembre 2018, le magnat a toujours nié toutes ces accusations, assurant avoir fui un « système judiciaire japonais partial ».

 

Pas de Carlos Ghosn enregistré

D'après la chaîne de télévision publique japonaise NHK, la justice japonaise lui avait permis exceptionnellement de conserver son deuxième passeport français dans un étui, dont la clef était détenue par ses avocats.

Ce document lui tenait lieu de visa de court séjour dans l'archipel et il devait donc l'avoir à portée de main pour ses déplacements internes, a expliqué la même personne. M. Ghosn n'avait pas le droit d'aller à l'étranger, mais il vivait relativement libre de ses mouvements à l'intérieur du Japon, moyennant quelques restrictions de durée de séjour hors de la capitale.

Ce passeport, M. Ghosn ne l'a pas utilisé pour partir, car les autorités japonaises n'ont pas de données informatiques indiquant qu'il se serait présenté sous sa réelle identité aux contrôles aux frontières du Japon avant son départ, dans aucun des aéroports du pays.

Il est donc soupçonné d'avoir employé un « moyen illégal » de sortie du territoire (sous une autre identité ou en échappant aux contrôles), souligne la chaîne publique de télévision NHK citant des sources proches des enquêteurs.

Par hypothèse, il aurait pu se trouver dans des bagages non passés aux rayons X, ce qui est possible dans le cas d'un avion privé, ou avoir bénéficié d'une aide diplomatique pour éviter les contrôles habituels, expliquent des médias nippons.

En revanche, ce deuxième passeport français aurait pu être sorti de force de son étui et présenté à son arrivée pour les formalités habituelles. Selon une source à la présidence libanaise, le patron déchu est entré dans le pays, en provenance de Turquie, avec un passeport français et sa carte d'identité libanaise.

En outre, pour sa fuite, M. Ghosn est soupçonné d'avoir emprunté un jet privé parti de l'aéroport du Kansai (ouest). Un petit avion de ce type a décollé le 29 décembre vers 23H00 (heure locale) de cette infrastructure cogérée par les groupes français Vinci et japonais Orix, en direction d'Istanbul, ont indiqué les médias locaux.

La fuite de M. Ghosn a provoqué la consternation au Japon où il était jusqu'à son arrestation en novembre 2018 qualifié de « patron charismatique sauveur de Nissan » même si son aura avait pâli ces dernières années. Son départ illégal a aussi sidéré son équipe de défense qui juge cette attitude « inexcusable », même si elle dit comprendre les raisons de son mécontentement vis-à-vis de la justice japonaise.

 

Pas de réception présidentielle

La présidence libanaise a démenti jeudi les allégations selon lesquelles le président Michel Aoun a accueilli à son arrivée au Liban Carlos Ghosn.

Des médias ont rapporté que l'homme d'affaires avait été reçu par M. Aoun, ce qu'un responsable au sein de la présidence a démenti. « Il n'a pas été reçu à la présidence et n'a pas rencontré le président de la République », a affirmé ce responsable à l'AFP.

Certains Libanais voient en lui un symbole de réussite au sein de l'importante diaspora libanaise. Mais son retour au Liban, théâtre d'un vaste mouvement de contestation depuis octobre contre une classe politique jugée corrompue, est perçu par les protestataires comme la démonstration de l'impunité et des privilèges dont jouissent les plus riches.

 

Source AFP

Partager cet article

En lien avec l'article