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07:14

Amnesty: le modèle économique de Facebook et Google, une « menace pour les droits humains »

Amnesty International a vivement critiqué mercredi le modèle économique « fondé sur la surveillance » des géants du net Facebook et Google, le qualifiant de « menace systémique pour les droits humains ».

Dans un rapport, l'ONG argue qu'en rendant leurs services en ligne, gratuits, indispensables à des milliards de personnes, puis en utilisant les données personnelles ainsi collectées pour des publicités ciblées, ces groupes menacent les libertés d'opinion et d'expression.

« Leur contrôle insidieux de nos vies numériques sape le fondement même de la vie privée et c'est l'un des défis majeurs de notre époque en termes de droits humains », a déclaré Kumi Naidoo, secrétaire général d'Amnesty, cité dans un communiqué.

« Google et Facebook ont progressivement rogné le respect de notre vie privée. Aujourd'hui nous sommes piégés. Soit nous nous soumettons à cette vaste machine de surveillance – où nos données sont facilement utilisées pour nous manipuler et nous influencer – soit nous renonçons aux avantages du monde numérique », a-t-il ajouté.

Plusieurs scandales ont éclaté ces dernières années

La protection des données personnelles est l’un des enjeux majeurs de la régulation du numérique. Plusieurs scandales de fuites de données d’utilisateurs de sites ont éclaté au cours des dernières années. Ainsi le Financial Times révélait le 13 novembre que des sites de santé au Royaume-Uni avaient transmis des données sensibles aux mêmes géants du web dénoncés par Amnesty.

Deux semaines plus tôt, le 30 octobre, le réseau social a accepté de payer l’amende infligée par l’ Information Commissioner’s Office, l’organisme britannique en charge de la protection des données personnelles, pour le scandale de Cambridge Analytica. En 2018, un lanceur d’alerte avait révélé que cette entreprise britannique avait mené des campagnes de manipulation massives, via des applications tierces sur Facebook, pour influencer les électeurs américains et britanniques.

Pour Amnesty International, la façon dont sont gérées nos données personnelles les grands du numérique ne respecte les droits fondamentaux du respect de la privée.

« L'extraction et l'analyse des données personnelles, dans des proportions aussi gigantesques, sont incompatibles avec les différentes facettes du droit à la vie privée, notamment la liberté de ne pas subir d'intrusion dans nos vies privées, le droit de contrôler les informations nous concernant et le droit à un espace nous permettant d'exprimer librement nos identités », écrit Amnesty.

Selon l'ONG, « la vaste architecture publicitaire de Google et Facebook est une arme puissante entre de mauvaises mains », car « elle peut être détournée à des fins politiques » et « laisse le champ libre à toutes sortes de nouvelles stratégies publicitaires aux relents d'exploitation, comme le fait de s’en prendre à des personnes vulnérables qui luttent contre la maladie, les troubles mentaux ou l'addiction ».

Les gouvernements responsables de la protection de la vie privée

L'ONG appelle donc les gouvernements à agir rapidement, en faisant notamment « appliquer des lois solides sur la protection des données et en réglementant efficacement les activités des géants de la technologie ». Bien que l’Union européenne ait pris certaines mesures, comme le Règlement général sur la protection des données, états mais aussi entreprises sont à la traîne dans la mise en application. La complexité des enjeux juridiques est également une difficulté majeure.  

Face au rapport d’Amnesty International, Facebook s’est défendu contre ce qu'il a qualifié d'inexactitudes. « Le modèle économique de Facebook n'est pas, comme le suggère votre synthèse, axé sur la collecte de données des personnes », a dit le groupe en réponse à un résumé du rapport d'Amnesty. « Comme vous le relevez de manière correcte, nous ne vendons pas des données, nous vendons des publicités ».

Le patron et cofondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a appelé les gouvernements à davantage de régulation sur la gestion des données personnelles, au lieu de laisser des compagnies privées prendre des décisions cruciales concernant par exemple les limites de la liberté d'expression. En septembre, le géant des réseaux sociaux a dit avoir suspendu « des dizaines de milliers » d'applications posant potentiellement un risque en termes de respect de la vie privée de ses utilisateurs. Cette mesure avait été prise suite à une enquête en réponse au scandale de Cambridge Analytica.

Google n'a de son côté pas répondu à des sollicitations sur le sujet.

Elise Feron avec AFP.

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