20.11
14:03

« Les Catalans vivent le sentiment de ne pas pouvoir faire valoir leurs droits en tant que citoyens »

Dans notre « 50 minutes avec », Joan Condijts était en Espagne et a rencontré Alfred Bosch, Conseiller aux relations Extérieures de la Catalogne. Au cœur du gouvernement ou Generalitat de la Catalogne, Alfred Bosch a longuement évoqué les crises qui ont secoué l’Espagne et la Catalogne depuis le référendum de 2017.

L’Espagne n’a toujours pas de gouvernement puisqu’aucune majorité claire n’a émergé à l’issue des élections du 10 novembre. C’était la quatrième fois que les Espagnols allaient voter quatre ans, mais ces élections désirées par le premier ministre sortant Pedro Sanchez n’ont pas permis de résoudre la crise. Au contraire, non seulement les socialistes emmenés par Sanchez n’ont pas obtenu la majorité qu’ils espéraient, mais le parti d’extrême-droite Vox a doublé son nombre de sièges au Congrès des députés. Entré en force lors des élections d’avril avec plus de 10% des voix, Vox dispose désormais de 52 sièges sur les 350 du Congrès.

Selon de nombreux observateurs, c’est la crise catalane qui a permis au parti de réaliser un tel score. Une observation formellement rejetée par Alfred Bosch « Il est extraordinairement injuste de rendre la Catalogne responsable de cette situation. Les citoyens catalans n’ont désiré qu’une chose, c’est de pouvoir voter pour leur futur. C’est un droit légitime et inaliénable. Vous ne pouvez pas expliquer la montée de l’extrême-droite parce qu’ils ont désiré exercer leurs droits » a déclaré le Conseiller catalan.

Pour Alfred Bosch, c’est avant tout le discours de Pedro Sanchez qui permis l’émergence de Vox. « En adoptant le même ton dans son discours, faisant appel à la force, la violence, entre autres vis-à-vis de la Catalogne, il a banalisé le ton de l’extrême-droite. Malheureusement les gens ont préféré voter pour l’original plutôt que la copie improvisée » a ajouté le Catalan, affirmant encore que « jamais Pedro Sanchez ne serait arrivé au pouvoir en Espagne sans notre soutien. Nous avons cru en son discours de modéré et modernisateur de l’Espagne, qui nous ferait rentrer dans le 21e. Nous avons été déçus. Il n’y a pas eu de dialogue ».  

Il a également dénoncé cette absence de dialogue de la part du gouvernement espagnol. Depuis l’organisation du référendum sur l’indépendance de la Catalogne en 2017, les relations sont extrêmement tendues entre gouvernements central, alors dirigé par Mariano Rajoy, et gouvernement régional mené par Carlos Puigdemont. Dès l’annonce de sa tenue, le Tribunal constitutionnel espagnol a déclaré ce référendum illégal, et le parquet de Catalogne a ensuite ordonné la saisie du matériel électoral. Par la suite, 14 responsables du mouvement indépendantistes ont été arrêtés, déclenchant des manifestations en Catalogne. Malgré cela, le référendum est organisé le 1er octobre 2017, et ponctué par des violences policières dénoncées par plusieurs observateurs internationaux. Près de 43% des électeurs ont participé aux votes, et 90% d’entre eux se sont prononcé en faveur de l’indépendance de la Catalogne.

Depuis lors, plusieurs responsables politiques ont été arrêtés, d’autres ont quitté le pays et se sont réfugiés en Belgique et font face à des mandats d’arrêts européens.

« Pourquoi ce qui a été possible – parfois difficile mais possible – en Ecosse ou au Québec, ne l’est pas en Espagne ? Pourquoi a-t-on pu trouver une solution politique là-bas, alors qu’ici, neuf personnes ont été condamnées à des peines de prison ? » a demandé le Conseiller aux relation extérieures. Le 12 octobre 2019, la Cour Suprême espagnole a condamné neuf indépendantistes Catalans à des peines allant de neuf à treize ans de prison pour sédition et détournement de fonds publics. Le prédécesseur d’Alfred Bosch, Oriol Junqueras a entre autres été condamné à 13 ans de prison et d’inéligibilité.

La question de la légalité de ce référendum est au centre des débats. Le principe du référendum en lui-même est extrêmement délicat. Il s’agit à la fois d’un processus démocratique, mais qui propose une réponse binaire à des questions généralement très complexes. Et dans une Europe fragilisée, la création de nouvelles frontières est un sujet difficile, bien que les Catalans se revendiquent pro-européens, et espèrent en cas d’indépendance pouvoir continuer à faire partie de l’UE.

Les positions internationales ont varié au fil de la crise. La Commission de Venise, issue du Conseil de l’Europe a ainsi déclaré le référendum illégal au moment de sa tenue. Cependant, à la suite de la condamnation d’Oriol Junqueras, l’avocat général de la Cour de Justice de l’Union Européenne Spuznar a émis un avis estimant qu’en le condamnant, la justice espagnole l’empêche de remplir son mandat d’eurodéputé, invoquant l’immunité parlementaire. Les réactions des différents états-membres ont-elles aussi évolué, soutenant d’un part la Constitution espagnole, dénonçant la violence et appelant au dialogue d’autre part.

Et le dialogue, c’est ce qu’espère Alfred Bosch. Au vu de la crise gouvernementale que traverse aujourd’hui l’Espagne, un nouveau référendum pourrait être une « monnaie d’échange » pour les indépendantistes, voire une solution, comme l’affirme Alfred Bosch. « C’est un problème qui doit trouver une solution politique et démocratique, et non à travers des peines de prisons et des exils politiques. Nous voulons ce référendum, faire valoir les droits de nos citoyens à s’exprimer dans les urnes. Parce que ce qu’il y a derrière les manifestations et les réactions des derniers mois, c’est ce sentiment que les Catalans ne peuvent pas disposer pleinement et librement de tous leurs droits de citoyens. »

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