16.11.19
07:14

Nouvelles révélations contre Trump lors des auditions au Congrès

Le président des Etats-Unis a attaqué l'ex-ambassadrice américaine à Kiev en direct sur Twitter.

Deux auditions dans le cadre de la procédure en destitution visant Donald Trump ont donné lieu à de nouvelles révélations hier au Congrès. L'ex-ambassadrice américaine en Ukraine, Marie Yovanovitch et un diplomate américain ont livré vendredi leurs témoignages. Un invité surprise a également surgi durant ces auditions, mais à distance. Il s'agit du président des Etats-Unis.

Durant plus de cinq heures, l'ex-ambassadrice américaine en Ukraine, Marie Yovanovitch, a livré un témoignage public saisissant au Congrès américain. Des élus républicains l'ont assaillie de questions sur les affaires du fils de Joe Biden en Ukraine. Hunter Biden siégeait au conseil d'administration du groupe gazier Burisma au moment où son père était vice-président des Etats-Unis. "Je pense que cela pouvait ressembler à un conflit d'intérêt", a-t-elle reconnu. Une déclaration largement reprise sur les réseaux sociaux par les républicains et même le compte "trump War Room", promouvant la campagne pour sa réélection en novembre 2020.

Marie Yovanovitch a aussi déclaré que son brusque rappel de Kiev, ajouté à une situation déjà tendue au département d'Etat, avait profondément affecté les diplomates américains. Elle a laissé entendre qu'elle était déçue de ne pas avoir été plus soutenue par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo. L'affaire "a eu un effet glaçant", a-t-elle dit. "Les gens ne savent pas si leur travail va être soutenu. C'est une position dangereuse".

Dans la salle d'audition, le démocrate menant l'enquête a interrompu le déroulé de l'interrogatoire après une heure trente pour révéler à l'intéressée, en direct à la télévision, que le président des Etats-Unis venait de l'attaquer. Donald Trump venait de publier un tweet au vitriol contre la diplomate aux plus de 30 ans de carrière: "Partout où Marie Yovanovitch est passée, les choses ont mal tourné". 

"Elle a débuté en Somalie, et regardez comment ça s'est terminé", a-t-il ajouté en référence à ce pays de la Corne de l'Afrique plongé dans le chaos depuis 1991.

"Un président américain a un droit absolu de nommer les ambassadeurs", a-t-il poursuivi, assurant avoir "une politique étrangère très forte et puissante, très différente de celles des administrations précédentes".

Visiblement surprise, elle a pris quelques secondes de réflexion avant de répondre: "Je ne crois pas avoir de tels pouvoirs, ni à Mogadiscio en Somalie, ni ailleurs". Puis, en pesant ses mots, elle a ajouté: "C'est très intimidant".

Dans un timing frappant, Marie Yovanovitch venait justement, de confier s'être sentie "bouleversée" par ce qu'elle avait perçue être une "menace diffuse" venant de Donald Trump, lorsque ce dernier a tweeté. Elle faisait référence à un échange au coeur de la procédure de destitution: l'appel lors duquel le président américain a demandé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, le 25 juillet, d'enquêter sur le démocrate Joe Biden, bien placé pour l'affronter lors de la présidentielle de 2020. Dans cet appel, il avait fait allusion à Marie Yovanovitch, qui n'était déjà plus en poste à Kiev: "Il va lui arriver des choses".

"J'ai été choquée, absolument choquée, et franchement bouleversée" en lisant ces mots, a explique cette dernière. La diplomate a confié à quel point elle avait été affectée par une "campagne de désinformation", menée selon elle par l'avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani, jusqu'à son soudain rappel à Washington au printemps. "Je ne comprends pas les motivations derrière les attaques de Rudy Giuliani", a-t-elle déclaré. 

Désormais enseignante à la prestigieuse université de Georgetown, à Washington, mais toujours rattachée au Département d'Etat, elle a souligné qu'elle avait servi aussi bien sous des présidents républicains que démocrates. "Je ne mets évidemment pas en doute le droit du président de rappeler un ambassadeur à tout moment pour n'importe quelle raison, mais je me demande pourquoi il était nécessaire de salir ma réputation sans fondement"", a-t-elle confié. "Je ne voulais pas finir ma carrière comme cela".

Le diplomate américain, David Holmes s'est aussi livré vendredi lors d'une audition. Cette dernière s'est déroulée à huis clos au Congrès. Selon CNN, il a expliqué avoir entendu une conversation téléphonique prouvant potentiellement l'implication directe de Donald Trump dans les pressions exercées sur l'Ukraine afin qu'elle enquête sur l'un de ses rivaux politiques.

Selon une copie de la déclaration liminaire de David Holmes, obtenue par CNN, Gordon Sondland aurait dit au milliardaire républicain qu'il avait volodymyr Zelensky "dans (sa) poche".  

"Est-ce qu'il va donc enquêter?", sur Joe Biden, aurait alors demandé le président américain avant de se voir répondre que le président ukrainien était prêt à faire "tout" ce qu'il lui demandait.

David Holmes a indiqué n'avoir pas pris de notes de la conversation, mais assuré qu'il s'en souvenait "clairement" et que la voix du président était "très forte et reconnaissable". 

Son témoignage pourrait mettre à mal les arguments des républicains selon lesquels l'opposition démocrate ne dispose que d'une preuve directe dans l'enquête visant à destituer Donald Trump: la retranscription de son appel avec M. Zelensky, que le milliardaire estime "parfait".

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