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Le Parlement chilien convoque un référendum pour réviser la Constitution de Pinochet

La décision intervient alors que le pays est secoué par une importante crise sociale.

Un référendum va être organisé en avril 2020 au Chili en vue de réviser la Constitution chilienne, a annoncé le président du Sénat Jaime Quintana. Après plusieurs heures de négociations au Parlement, la coalition gouvernementale et les principaux partis d'opposition ont signé un "Accord pour la paix et la nouvelle Constitution" qui prévoit un référendum comportant deux questions: l'une sur la révision ou non de la Constitution et l'autre, le cas échéant, sur la méthode pour la rédiger.

La décision du Parlement intervient alors que le pays est secoué depuis près d'un mois par une violente crise sociale. Le référendum fait d'ailleurs partie de la réponse au mouvement en cours au Chili puisque la révision constitutionnelle  figure en bonne place parmi les revendications. Les Chiliens souhaitent mettre un terme à ce texte fondamental en partie hérité de la période de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). 

Un avis que ne partageait pas, au départ, le gouvernement conservateur de Sebastian Pinera, l'actuel président. Quelques jours après son accession à la présidence pour un deuxième mandat en 2018, il avait annoncé qu'il ne permettrait pas l'examen d'un nouveau projet de loi soumis au Congrès par Michelle Bachelet pour une nouvelle modification de la Constitution. 

Le texte fondamental avait déjà été modifié à plusieurs reprises depuis 1990. La révision de 2005, intervenue sous le mandat du président de centre gauche Ricardo Lagos (2000-2006) à la suite d'un large accord politique, avait éliminé les principes les plus anti-démocratiques : ainsi les chefs militaires peuvent être limogés sans l'accord préalable du Conseil de sécurité nationale, qui n'a plus qu'un rôle consultatif. Les sénateurs sont désormais tous élus.  

La présidente socialiste Michelle Bachelet, présidente une première fois de 2006 à 2010, avait fait voter lors de son deuxième mandat (2014-2018) une refonte du système électoral, remplaçant l'élection binominale par une proportionnelle qui assure une plus grande représentativité des forces politiques.

Contrairement à une idée largement répandue, la Constitution chilienne ne prévoit pas que la santé, l'éducation et le système de retraites, objets de revendications des manifestants, relève du secteur privé. "Mais elle a établi des principes qui limitent l'action de l'Etat et promeuvent l'activité privée", explique le professeur de droit constitutionnel, Sebastian Zarate, de l'Université des Andes. 

Pour rappel, la Constitution chilienne d'origine a été approuvée le 11 septembre 1980 lors d'un plébiscite controversé en plein régime militaire. Son idéologue est le professeur de droit et sénateur d'extrême droite Jaime Guzman, assassiné en 1991 par un commando d'extrême gauche. Le fondateur de l'UDI, parti de la droite conservatrice et un des maîtres à penser du régime Pinochet expliquait :  "La Constitution doit faire en sorte que si les adversaires viennent à gouverner, ils soient contraints de suivre une action qui n'est pas si différente de celle à laquelle on aspirerait".

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